Société

Fès, centre de la déradicalisation religieuse

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:4962 Le 16/02/2017 | Partager
Des experts internationaux en conclave du 17 au 19 février
Azoulay, Skali, Bouzar… tenteront de déradicaliser la pensée
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Pour Faouzi Skali, «les événements de l’actualité liés aux dérives extrémistes et sectaires doivent, pour être compris et cernés, être abordés avec une certaine profondeur de champ historique». Le sage de la Haca sait de quoi il parle. Il est l’initiateur du colloque sur le radicalisme religieux qui se tient à Fès du 17 au 19 février (Ph. YSA)

Fès sera le centre de la déradicalisation religieuse les 17, 18 et 19 février. C’est sur une initiative ingénieuse de l’anthropologue Faouzi Skali que la capitale spirituelle reçoit, en effet, à partir de ce vendredi, un colloque international intitulé: «Les nouveaux territoires de l'identité: la fabrication du radicalisme».
Organisé sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, l’événement invite des conférenciers internationaux à esquisser des thématiques diverses parmi lesquelles «radicalisme et fracture sociale», «théologie et spiritualité face au radicalisme», «religion et politique» ou encore «clinique de la radicalisation, comment en sortir?».

«La grande originalité de ce colloque est d'avoir su réunir des spécialistes de renommée mondiale dans différents domaines et disciplines de recherche pour tenter de comprendre dans ses racines l'émergence du phénomène de l’extrémisme dans nos sociétés actuelles, que celui-ci soit de nature populiste ou religieuse», indique Faouzi Skali, président du centre international de dialogue et de recherche sur les identités subjectives et sociales (Idriss), initiateur de la rencontre. Et d’ajouter, «y participent des sommités intellectuelles, diplomates et anthropologues d’ici et d’ailleurs, à l’instar de André Azoulay, Victor Palleja de Bustinza, Josh Martin, Mohamed Tozy, Salma Belaala, Pierre Christophe Cathelineau, Abdellah Ouazzani et Dounia Bouzar».

Dans l’un de ses articles scientifiques, cette dernière souligne que «le processus de radicalisation comprend un embrigadement relationnel et un embrigadement idéologique». L’embrigadement relationnel provoque une adhésion du jeune à son nouveau groupe et l’embrigadement idéologique suscite une adhésion du jeune à un nouveau mode de pensée. «Les deux sont en lien direct, et même entre-mêlés puisque la fusion au sein du groupe s’opère sur la conviction de posséder «le vrai islam» et que cette conviction constitue le ciment qui relie l’individu à son nouveau groupe», explique Bouzar.

En tout cas, le colloque de Fès se veut une réponse à la prolifération des obscurantismes répandus au nom de la religion. Pour rappel, le discours royal du 20 août 2016, prononcé à l'occasion du 63e anniversaire de la Révolution du Roi et du peuple, était un appel à «tous, musulmans, chrétiens et juifs, à dresser un front commun pour contrecarrer le fanatisme, la haine et le repli sur soi sous toutes leurs formes». «L'histoire de l'humanité est la meilleure preuve que le progrès ne peut se réaliser dans toute société en proie à l'extrémisme et à la haine...», disait le Souverain.

Pour Skali, c’est en s'inscrivant dans cette perspective que les participants à ce colloque, théologiens, psychiatres et psychologues, politologues et islamologues, chercheront avant tout à cerner et comprendre un phénomène complexe dont les causes sont multiples et concomitantes. Aussi, les événements de l’actualité liés aux dérives extrémistes et sectaires doivent, pour être compris et cernés, être abordés avec une certaine profondeur de champ historique. «Par un ensemble d’amalgame et de confusion, que nous essayerons de dissiper et d’éclaircir lors de ce colloque, une version sectaire et dévoyée de l'islam se présente aujourd’hui, et jusque dans les discours des médias, comme la version intégrale, pure et orthodoxe de cette religion», estime Skali.

Pour y remédier, le centre Idriss qu’il dirige tentera de développer une méthode d'approche de «recherche-action» qui permette, au-delà de la dimension sécuritaire, de proposer des solutions basées sur des expériences de terrain et une compréhension objective. Et ce, pour mieux déconstruire les discours et les idéologies basés sur la haine et l’extrémisme violent, qui touchent aujourd'hui des jeunes de tous les pays et de toutes les cultures.

 

 

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