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Doctorat: La recherche peine à séduire les étudiants

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4960 Le 14/02/2017 | Partager
Environ la moitié des thésards abandonnent leur thèse et à peine 14% envisagent une carrière universitaire
Or, le besoin en docteurs est criant dans plusieurs disciplines
Bourses d’excellence, CDD à l’université, coopération internationale,… les initiatives se multiplient
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Même si le délai de préparation des doctorats n’est que rarement respecté par les étudiants, les chiffres de 2014-2015 (les derniers disponibles au ministère de l’Enseignement supérieur) permettent de donner une idée sur les disciplines en manque de docteurs. Médecine dentaire, traduction, commerce & gestion, sciences de l’éducation, enseignement originel et sciences de l’ingénieur semblent à court de lauréats d’un doctorat. Les filles ne représentent qu’un peu plus du tiers des diplômés de troisième cycle (37%). Près de 7% sont d’origine étrangère

Le Maroc a besoin de plus de docteurs. D’ici 2020, quelque 1.010 enseignants-chercheurs partiront à la retraite. Cela aggravera encore plus le déficit en professeurs universitaires, dont le nombre s’est élevé à 13.127 en 2015-2016, pour un total de 826.114 étudiants. Les écoles d’ingénieurs en souffrent particulièrement. La majorité peine à préparer la relève. A la fois en raison du manque de postes budgétaires, et de la rareté de profils d’ingénieurs docteurs.
Même si le nombre de thèses soutenues a augmenté ces dernières années, passant de 785 en 2006 à 1.105 en 2014, il demeure insuffisant. Certaines disciplines accusent un déficit alarmant (voir illustration).

La recherche peine à séduire les étudiants. Près de la moitié des doctorants abandonnent, par exemple, leur thèse en cours de route, selon le ministère de l’Enseignement supérieur. Ceux qui vont jusqu’au bout de leur diplôme préfèrent en majorité le secteur privé. Ce constat a été relevé par une étude menée en 2014 auprès de 100 thésards dans 9 universités, par l’Association marocaine des doctorants en management (Amdem), en partenariat avec le Groupe de recherche sur les entreprises familiales et les stratégies des organisations (Grefso), et le cabinet LMS-CSA (Marketing et Sondages). 47% visent une place dans l’enseignement et la recherche privés, 27% espèrent se spécialiser dans le consulting et uniquement 14% se destinent à une carrière dans l’université publique. 

Un défi de qualité aussi

Cependant, la quantité de lauréats n’est pas le seul défi des doctorats marocains. La qualité fait, également, souvent défaut. Inutile de revenir sur le cumul de lacunes d’apprentissage des lauréats de l’école publique depuis le primaire, et qui aboutissent, in fine, à une perte de qualité des diplômes obtenus dans le supérieur. Les conditions d’encadrement ne sont, par ailleurs, pas toujours optimales. «Certains enseignants chapeautent jusqu’à 40 étudiants en même temps», avait confié à L’Economiste l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, Lahcen Daoudi. Cela se répercute automatiquement sur la qualité des travaux de recherche menés (défaut de rigueur scientifique, plagiat, non-respect des normes académiques,…).

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Faute de moyens financiers, près de six doctorants sur dix exercent une activité professionnelle en parallèle à leur projet de thèse, selon l’étude de l’Association marocaine des doctorants en management (Amdem, 2014). Cela explique probablement pourquoi la moitié d’entre eux finissent par abandonner leur doctorat

 

L’encadrement des étudiants n’est pas rémunéré.

En revanche, la multiplication des publications permet aux encadrants d’avancer plus vite dans les échelons. C’est ce qui pousserait certains profs à «diriger» un maximum de thèses. Avant son départ, Daoudi avait tenté de mettre de l’ordre dans le domaine, en limitant le nombre de thèses encadrées par enseignant à 5. Ceux souhaitant en prendre plus doivent obtenir une autorisation expresse du ministère.
La majorité des doctorants (60%) ne sont pas membres d’un laboratoire de recherche, selon l’étude de l’Amdem. Ils ne bénéficient donc pas d’un environnement favorable à la recherche. En outre, 82% n’ont jamais rien publié durant leur parcours doctoral.

Pour encourager les étudiants à s’investir dans la recherche, plusieurs initiatives ont été menées ces dernières années. Le nombre de bourses d’excellence est, par exemple, passé de 200 à 300, tandis que leur montant a grimpé à 3.000 DH par mois, contre 2.200 DH auparavant (+50%). Des contrats (CDD) ont, également, été lancés l’année dernière au profit des thésards dans les universités, dans le but de les initier à l’animation de cours et de travaux dirigés, avec à la clé, un salaire de 5.000 DH. Environ 300 ont été embauchés en 2015-2016.
Le ministère a aussi accordé une année supplémentaire pour la préparation de la thèse de doctorat. Les étudiants ont ainsi droit à trois années réglementaires, complétées par deux années à titre exceptionnel, auxquelles une année supplémentaire a été rajoutée.

Le CNRST, pour sa part, multiplie les programmes de coopération internationale avec plusieurs pays, prévoyant des bourses et aides pour les doctorants. Dernier en date, le doctorat Cifre France-Maroc, à travers lequel les étudiants peuvent être engagés par une entreprise installée en France, et décrocher une rémunération minimum de près de 24.600 euros par an (voir article ci-contre). Cela dit, ces programmes restent méconnus auprès de la majorité des étudiants. 

 

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