Chronique

Qu’y a-t-il dans l’accord Alena qui fasse peur à Trump?

Par Hafid IDOUKHARAZ | Edition N°:4958 Le 10/02/2017 | Partager

Consultant et analyste en économie internationale, Hafid Idoukharaz a un master recherche en études internationales et européennes  de l’Université de Grenoble et un diplôme de l’ENCG d’Agadir. (Ph. HI)  

L’Alena  (Accord de libre échange Nord-Américain) que le président américain élu veut renégocier, voire supprimer,  est un processus d’intégration qui présente de nombreuses particularités. Il s’agit en fait du premier accord de libre échange dit de «seconde génération». Contrairement aux accords traditionnels dont le but ultime est de faciliter les échanges de biens à travers l’élimination des barrières tarifaires et autres obstacles au commerce, l’Alena aura une plus large portée s’étendant à la libéralisation des échanges de services et des mouvements, de capitaux, ainsi qu’à la protection des investissements et aux autres questions connexes au commerce (politique de la concurrence, protection de la propriété intellectuelle, accès aux marchés publics).

Intégration «passive»

Sur un autre plan, et contrairement au projet d’intégration européen, l’Alena s’est construit sur un modèle d’intégration «passive» dans la mesure où il n’a pas débouché sur la création d’une entité politique supranationale. En effet, l’Alena est doté d’une construction institutionnelle «soft» en comparaison avec l’architecture institutionnelle européenne complexe. Il s’est cantonné à mettre en place une instance de coordination, qui réunit trois hauts fonctionnaires représentant chacun un Etat membre, et qui veille à la bonne application de l’accord et qui surveille le travail des entités dépendantes (commissions sectorielles). 
L’UE de l’autre côté, a adopté un modèle d’intégration dite «active» qui envisage l’intégration économique comme une partie constitutive d’un projet politique qui engage la souveraineté des Etats participants. L’UE est construite autour d’une pluralité

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Donald Trump (cravate bleue) a nommé le milliardaire Wilbur Ross comme secrétaire d’état au commerce. Ross a vertement critiqué l’Alena au motif que la TVA sur les biens américains provoque un détournement de trafic au profit des biens importés 

d’institutions supranationales qui érige l’union en une entité politique distincte dotée d’un pouvoir exécutif (la commission européenne), d’un pouvoir législatif (le parlement européen) et d’un pouvoir judiciaire (la cour européenne de justice).
Enfin,  l’Alena est un projet d’intégration d’inspiration libérale et tourné vers l’extérieur. Il ne remet pas en question le processus plus large de libéralisation des échanges mené à l’échelle mondiale, en fondant une «forteresse»  créant des effets de détournement de commerce pour le reste des nations. Chaque Etat membre commerce avec le reste du monde tout aussi étroitement qu’avec les autres membres. Alors qu’au sein de l’UE, l’essentiel des échanges commerciaux sont des échanges intra-communautaires (le taux d’ouverture est de 13%).

Un peu d’histoire

La ratification du traité de l’Alena en 1992, entrée en vigueur deux ans après,  marqua un revirement dans la stratégie économique internationale des Etats-Unis. Le multilatéralisme laissa place au régionalisme. Ce revirement a été favorisé par un nouveau contexte international et régional: piétinement des négociations commerciales multilatérales et la crise de la dette latino-américaine qui a encouragé l’abandon des politiques de développement basées sur l’import-substitution au profit de celles basées sur l’export. Parallèlement, la situation économique des Etats-Unis s’était dégradée: érosion de la compétitivité industrielle,  déficit commercial gigantesque, et endettement extérieur massif.
La solution  fut d’accélérer la croissance grâce à l’expansion du commerce extérieur.  Un premier accord de libre échange est signé avec le Canada en 1988 et des négociations sont ouvertes avec le Mexique en juin 1990. Le tout à débouché sur la conclusion d’un accord de libre échange tripartite entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique en 1992 et l’Alena a vu le jour. 

 

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