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Analyse

Union africaine: Les dossiers prioritaires

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:4957 Le 09/02/2017 | Partager
Sécurité, maintien de la paix… l’expertise marocaine sollicitée
Infrastructures, énergie, industrie… des secteurs clés pour peser dans les activités des commissions
Rabat donne l’exemple avec le lancement de projets à dimension régionale
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Les commissions spécialisées de l’Union africaine ont été, pendant une longue période, dominées par les représentants des adversaires du Maroc. Aujourd’hui, Rabat peut inverser la tendance, en misant sur des dossiers stratégiques. Le Royaume pourrait également compter sur l’appui de certains présidents, ayant une connaissance des avancées réalisées par le pays dans certains secteurs, comme les infrastructures, à l’instar de l’Egyptienne Amani Abou Zeid, qui avait dirigé le bureau régional de la BAD à Rabat

«N’est-il pas l’heure de nous tourner vers notre continent? De considérer ses richesses culturelles, son potentiel humain?». L’appel du Souverain lors du Sommet de l’UA à Addis-Abeba interpelle plusieurs Etats africains sur les perspectives de développement de cette région qui regorge de richesses. Paradoxalement, c’est aussi l’une des moins développées au monde. Aujourd’hui, le Maroc veut passer à la vitesse supérieure en matière de mutualisation des efforts, pour assurer un co-développement. Cela devra se faire selon une logique de coopération Sud-Sud. Le passage de l’action bilatérale à la mise en place de projets portés par les différents Etats membres de l’UA exige une plus grande implication au sein des commissions spécialisées de cette organisation. L’apport du Maroc peut être décisif. Surtout pour certains dossiers dans lesquels il dispose d’une grande expertise. Ce processus ne doit pas être mené dans la précipitation. «Rabat doit prendre tout le temps nécessaire pour assurer la mise en œuvre de son agenda au sein de l’UA», selon Mohamed Amrani Boukhobza, professeur de relations internationales à l’Université Abdelmalek Essaâdi à Tétouan. Pour lui, le Maroc est aussi appelé à donner confiance à ses partenaires africains, notamment en veillant à la bonne exécution de tous les projets lancés dans le cadre des tournées royales dans les pays du continent.

Présidence de l’UA

Le Tchadien Idriss Deby Itno a passé la main au président guinéen Alpha Condé. Ce dernier veut faire de son mandat à la tête de l’Union africaine une période de restructuration, notamment sur la base de la réforme portée par le président du Rwanda Paul Kagamé. Il semble adopter la même logique prônée par le Souverain. Il veut que «les Africains parlent d’une même voix». Le nouveau président de l’UA aurait joué un rôle décisif pour barrer la route aux adversaires du Maroc, lors des travaux du dernier sommet. Il aurait fait preuve de fermeté face aux manœuvres voulant entraver le retour du Maroc.

Présidence de la Commission de l’UA

C’est le Tchadien Moussa Faki Mahamat qui a remplacé la Sud-africaine Nkosazana Dlamini Zuma à la tête de la Commission de l’Union africaine. Durant la campagne électorale, il était souvent considéré comme «le candidat d’Alger». Aujourd’hui, le Maroc est appelé à s’ouvrir sur la présidence de cette instance centrale au sein de l’UA, afin d’éviter la reproduction des dérives de l’ex-présidente. Surtout que le Maroc peut être d’un grand apport à l’agenda fixé par le nouveau patron de la Commission. Il a placé la lutte contre le terrorisme à la tête des priorités. Le Tchad est très engagé dans ce domaine, au moment où l’expertise marocaine dans ce domaine est reconnue au niveau international. «C’est sur la base de dossiers portés en commun, à l’instar de la lutte anti-terroriste, que les relations de confiance s’établissent», rappelle un professeur de relations internationales.

Commission paix et sécurité

C’est l’une des structures qui véhiculaient des positions hostiles au Maroc et imposaient l’implication du Polisario, qui n’est reconnu par aucune autre organisation internationale. Aujourd’hui, cette commission continue d’être dirigée par un représentant de l’Algérie, Smail Chergui. Pour plusieurs observateurs, le retour du Maroc signe la fin de la domination algérienne au sein de cette commission. Il devrait peser sur les décisions de cette instance. Surtout qu’il a joué un grand rôle en matière de préservation de la paix et de la sécurité sur le continent, même en dehors de cette organisation panafricaine. Considéré comme un partenaire fiable et crédible, Rabat sera certainement sollicitée pour des missions qu’elle avait menées auparavant. Cela concerne notamment des médiations dans les conflits entre Etats membres, la mise en place d’hôpitaux militaires dans les zones de combats, et la participation aux opérations de maintien de la paix…

Commission infrastructures et énergie

Une grande partie des projets lancés dans le sillage des tournées royales en Afrique concerne les secteurs des infrastructures et de l’énergie. L’exemple le plus édifiant est le projet de gazoduc, devant relier le Nigeria à l’Europe en passant par le Maroc. Il s’agit d’un chantier impliquant plusieurs Etats de la région. Idem pour la construction de la nouvelle capitale du Soudan du Sud. La présence du Maroc au sein de cette commission sera d’un grand apport, grâce à l’expertise qu’il a développée dans ces domaines. Au sein de cette structure, Rabat semble disposer d’un atout supplémentaire. La présidente de cette commission, l’Egyptienne Amani Abou Zeid, dispose d’une grande connaissance du Maroc et des différents chantiers qu’il a lancés dans les domaines des infrastructures et de l’énergie. Surtout qu’elle a dirigé, pendant plusieurs années, le bureau régional de la Banque africaine de développement à Rabat.

Commission commerce et industrie

C’est le cœur de la dynamique de développement lancée par le Maroc. Le commerce et l’industrie constituent de véritables leviers de croissance. Surtout pour un continent qui regorge de richesses naturelles, souvent exportées à l’état brut. Ce qui prive les pays africains de la valeur ajoutée pouvant être dégagée de la valorisation des produits locaux. D’où l’importance du lancement de projets industriels dans différentes sous-régions. Le Maroc a déjà initié certaines expériences dans des pays du continent. Aujourd’hui, le défi est de mettre en place des politiques industrielles et commerciales portées au niveau multilatéral. D’où l’importance d’assurer une grande implication dans cette commission, présidée par la Zambie.

Commission agriculture et économie rurale

«Ce n’est ni le gaz, ni le pétrole qui satisferont les besoins alimentaires de base». Le Souverain a été on ne peut plus clair face aux dirigeants africains lors du dernier sommet de l’UA. Il a rappelé que le véritable défi de l’Afrique reste lié à la garantie de sa sécurité alimentaire. Cela passe par le renforcement des capacités en vue d’aboutir à un secteur agricole performant. C’est décisif également dans l’ancrage de la population locale et l’atténuation des vagues migratoires. Rabat a donné l’exemple, à travers le lancement de projets d’envergure, avec une dimension régionale. C’est le cas notamment des usines de fertilisants, qui seront mises en place grâce à l’implication de l’OCP en Ethiopie et au Nigeria.

Vers un marché commun?

Au-delà des relations bilatérales construites par le Maroc depuis plusieurs années, le retour à l’Union africaine permet de passer à un niveau supérieur de partenariat. Rabat peut jouer un rôle central dans le processus d’intégration économique au niveau du continent. Le projet de marché commun est posé sur la table de cette organisation depuis plusieurs années. L’idée est d’aboutir à une zone continentale de libre-échange. Certaines institutions favorisant la synchronisation des politiques économiques et financières sont déjà prévues dans l’Acte constitutif de l’UA. C’est le cas notamment de la Banque centrale africaine, du Fonds monétaire africain… Mais au-delà des textes, la volonté politique des Etats membres reste décisive pour concrétiser cette ambition d’intégration économique africaine.

 

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