Société

Centre Trait d’Union pour le handicap, une formule qui marche

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:4952 Le 02/02/2017 | Partager
64 enfants touchés par un handicap mental ou moteur pris en charge
120 autres sur liste d’attente
Des besoins pour beaucoup de résultats

Les éveiller sur leur environnement. Au sens large. Passer les portes de l’association Trait d’Union pour le handicap à Marrakech n’est aucunement une épreuve. Le soleil brille et les enfants profitent du jardin pour s’essayer à la peinture, avec succès, chanter avec le guitariste, ou franchir le parcours destiné à une meilleure motricité. Ils sont porteurs d’un handicap mental ou physique, les plus jeunes ont 6 ans, les plus anciens la trentaine. Ici, toute l’équipe d’encadrement n’a qu’un seul but: les mener vers la plus grande autonomie et la meilleure insertion possibles, grâce à un accompagnement permanent adapté à leurs besoins, à leurs projets et à l’ampleur de leurs déficiences.

Dans ce centre d’accueil de jour, hébergé au sein de l’école primaire Khalid Ibn El Oualid à Marrakech, ils sont actuellement 64 enfants, alors que 120 sont encore sur liste d’attente. Le besoin est grand. Tout comme il l’était déjà en 2007 lorsque Trait d’Union voit le jour. Il y a 10 ans, en l’absence de structure officielle de prise en charge de leurs enfants et adolescents, un groupe de parents a pris les choses en main. S’unir, s’organiser, chercher des financements, un lieu où s’installer… leur indétrônable volonté a fait des miracles. Un de ces parents, Taoufik Bousfiha, président de l’association, explique que «au départ, il n’y avait que nos 8 enfants, mais très vite nous avons dû nous agrandir pour en accueillir plus. Car nous n’excluons personne. Ni limite d’âge, ni limite dans le handicap».

Et faire vivre ensemble des enfants autistes et d’autres très extravertis est un bénéfice pour tous. «Nous voulions les sortir de leur solitude, de leur isolement. L’essentiel est leur bien-être» rajoute-t-il. D’ailleurs, l’un des éducateurs confie que le regard a changé. «Les mamans nous expliquent que leur entourage ne regarde plus pareil aujourd’hui leurs enfants handicapés. La société progresse et évolue». Pour Trait d’Union, impliquer les parents est une nécessité pour que les stimulations et l’éveil continuent à la maison. Depuis un an maintenant, l’équipe a mis en place un système de fiches d’évaluation personnalisées. Les parents prennent ainsi conscience des progrès réalisés par leurs enfants, et que de nouveaux objectifs sont possibles pour leur avenir.

Lorsque l’on voit d’anciens bénéficiaires aujourd’hui embauchés comme agent de sécurité à la Mamounia, artisans, plâtriers… ou les résultats obtenus lors de la 9e édition du Spécial Olympics Marocain, organisée à Ifrane en 2016, on se dit que la méthode marche. En effet, parmi les 72 associations participantes à cet événement sportif, Trait d’union s’est classé 6e au niveau national et 1er au niveau régional. Parmi plus de 2.400 participants, les 14 enfants engagés de l’association ont tous décroché une médaille.
Les espoirs reposent sur une plus grande implication des institutions. Les aides privées permettent au centre de fonctionner depuis 10 ans, mais ne sont pas pérennes. Si le ministère de la famille, l’Entraide nationale et le Conseil communal de la ville participent à faire vivre Trait d’Union, l’INDH fournit le matériel nécessaire, et les associations Fourtou et Al Baraka sont des piliers essentiels sur le volet financier et formation. Pour chaque enfant, il faut débourser 2.000 DH tous les mois. La participation des parents s’élevant à 800 DH. Pour ceux qui le peuvent.

Les voir faire du vélo, nager, partir en colonie de vacances à Essaouira, monter chaque fin d’année leur spectacle, faire du poney ou jouer au football est une récompense. Et tout cela parce qu’une poignée de parents d’enfants en situation de handicap a refusé de les laisser enfermés à la maison. Tout au long de leur vie.

                                                                    

Une vente aux enchères pour récolter des fonds

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Le 31 mars prochain, le Royal Mansour à Marrakech ouvre sa table pour un grand dîner de gala avec vente aux enchères pour une douzaine d’oeuvres d’art au profit de l’association Trait d’Union pour le handicap (Ph. Culturebox)

Que les bonnes âmes lèvent la main! Une douzaine d’oeuvres d’art vont passer sous le marteau de Julien-Vincent Brunie, qui dirige les ventes aux enchères du département «bijoux» de Christie’s à travers le monde. Le 31 mars prochain, le Royal Mansour à Marrakech ouvre sa table pour un grand dîner de gala au profit de l’association Trait d’Union pour le handicap. Comme l’explique Annick Lashermes, aux commandes du comité de gestion, «cet événement va permettre de poser la première pierre du projet d’agrandissement du centre de jour, qui accueille actuellement 64 enfants en situation de handicap. Car 120 autres sont encore sur liste d’attente».

Et puis il faut pouvoir absorber la rémunération du personnel, les frais de formation continue, de fonctionnement, l’achat d’équipements… bref, plus de 960.000 DH en 2016. Alors faire connaître l’association, particulièrement auprès des Marocains, est une nécessité. Car actuellement, par manque de communication, l’établissement, pourtant si essentiel, peine à sortir de l’ombre. Il suffit de leur rendre visite pour comprendre à quel point ses actions méritent amplement d’être connues pour être soutenues.

Alors ils sont nombreux à avoir dit oui à l’énergique implication d’Annick. Des artistes ont fait don de toiles, Mahi Binebine en tête, tout comme la galerie Tindouf et la résidence artistique Jardin Rouge à Marrakech. Et de prestigieux établissements également dans la ville ocre comme à Paris qui jouent eux aussi le jeu en offrant les lots à gagner lors d’une loterie organisée cette même soirée. Une centaine de convives sont attendus pour cet événement baptisé «le printemps des enfants». Pour 2.000 DH, chaque bonne âme, tout en profitant d’une table et d’un lieu d’exception, participe à construire un nouvel avenir à ces enfants. Les toiles, estimées entre 20.000 et 30.000 DH en moyenne, auront une autre saveur elles aussi pour les acquéreurs. Car l’ensemble des fonds récoltés va leur permettre, qu’ils soient autistes, polyhandicapés ou trisomiques, de sortir de leur isolement. La meilleure des raisons.

 

 

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