Tribune

Produits pétroliers: L’urgence d’un complexe de stockage souterrain

Par Omar ELFETOUAKI | Edition N°:4951 Le 01/02/2017 | Partager

Lauréat de l’ISCAE, Omar Elfetouaki est un ancien responsable au sein du ministère de l’Energie et des Mines. Il est actuellement consultant dans le domaine de l’énergie

Depuis que l’homme a découvert le pétrole, l’a apprivoisé et perfectionné son utilisation, le problème de  stockage de ce  produit,  pour pouvoir l’utiliser au moment où le besoin s’en ferait sentir, reste préoccupant. Si une législation clairvoyante et efficace en matière de stockage des produits pétroliers s’avère nécessaire, il n’en demeure pas moins que les capacités de stockage représentent, quand elles existent réellement,  la condition sine qua non pour assurer la sécurité  de l’approvisionnement en ces produits. Comme tous les pays non producteurs de pétrole, le Maroc importe la quasi totalité de ses besoins en produits pétroliers et reste, par conséquent, exposé  aux aléas du marché international  et vulnérable aux fluctuations du prix du baril de pétrole et aux conflits internationaux pouvant engendrer des pénuries difficilement gérables.

«Stocks stratégiques» au lieu de «stocks de sécurité»

En principe, le renforcement des capacités de stockage des hydrocarbures doit constituer l’action stratégique réaliste que le département de l’Energie doit mener pour réaliser et concrétiser sa mission. D’ailleurs, et à travers la tribune publiée dans L’Economiste du 27 octobre 2016, on avait attiré l’attention des responsables du secteur sur la nécessité de remplacer la notion de «stocks de sécurité» qui ne représentent qu’une connotation commerciale et qui leur confère un caractère ambulatoire, par la notion de «stocks stratégiques» dont la caractéristique est de n’être entamés que sur autorisation du ministère de tutelle.

Dans la même tribune, on avait également constaté que la capacité de stockage existante ne nous permet pas de détenir les stocks réglementaires quand bien même les sociétés de distribution disposeraient de fonds nécessaires à la réalisation de cette opération. De son côté, la Cour des comptes a publié le jeudi 11 janvier 2017 son rapport de mission qui relève l’insuffisance structurelle des stocks de sécurité en produits pétroliers et «incite les opérateurs du secteur à investir dans l’installation de nouvelles capacités de stockage».

Rappelons que  le ministère de l’Ene -rgie et des Mines  avait annoncé au début de l’année 2016 le  programme des investissements  futurs en vue de créer de nouvelles capacités de stockage  à travers le pays. Malheureusement, ce sont toujours des investissements projetés par les sociétés de distribution  juste pour faire face aux besoins de leur clientèle  et n’entrent aucunement dans le cadre  de la constitution et la conservation des stocks stratégiques.

Une occasion inespérée

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Actuellement, le Maroc dispose uniquement des réservoirs de stockage aérien du pétrole brut au sein de la raffinerie  et des produits pétroliers raffinés détenus par les distributeurs. Un complexe de stockage souterrain présenterait une véritable opportunité et  une occasion inespérée pour les sociétés de distribution et pour l’Etat de disposer d’un stock stratégique (Ph. Jarfi)

Actuellement, le Maroc dispose uniquement des réservoirs de stockage aérien du pétrole brut au sein de la raffinerie  et des produits pétroliers raffinés détenus par les distributeurs. Le butane en constitue une exception. En effet, la majeure partie du butane est stockée dans des cavités souterraines obtenues  par dissolution de sel extrait sous forme de saumure. Reliées au port de Mohammedia, ces cavités ont une capacité de stockage de 200.000 tonnes de butane  pouvant recevoir  de grands bateaux de 20.000 tonnes de butane réfrigéré. Ce qui permet de réaliser des gains substantiels et sur les prix et sur la sécurité d’approvisionnement en ce produit, compte tenu de leur caractère saisonnier.

Justement, un grand nombre de pays en Europe et en Amérique ont opté pour l’exploitation des capacités de stockage souterrain pour y loger leurs stocks stratégiques en produits pétroliers dans de bonnes conditions de sécurité et de coût. Le Maroc, et dans le cadre de la mise en valeur de son patrimoine national, serait en passe d’avoir, à son tour, la possibilité de stocker les produits pétroliers, à l’instar de ces pays, dans des galeries souterraines creusées au cœur d’une immense couche de sel gemme aux alentours de la ville de Mohammedia. Cette mine située à 500 mètres sous-sol, pourrait devenir, dans un proche avenir, un  grand complexe de stockage souterrain des produits pétroliers. La mine est exploitée en «chambre et piliers» permettant une sécurité maximum pour les galeries.

Situées à quelques kilomètres de la ville de Mohammedia, ces gigantesques capacités de stockage pourront être alors reliées au port pétrolier de Mohammedia par pipe; ce qui permettra au secteur de distribution, de pouvoir procéder à des importations massives de produits pétroliers raffinés. C’est un projet qui présente, s’il venait à être concrétisé, une véritable opportunité et une occasion inespérée pour les sociétés de distribution d’avoir les capacités pouvant abriter une partie de leurs stocks de sécurité et pour l’Etat de disposer d’un stock stratégique pouvant être mobilisé en cas de force majeure.

Capacité

Malgré l’effort financier considérable que le  secteur de distribution des produits pétroliers a dû consentir durant trente ans, pour la construction des réservoirs aériens  de stockage  des carburants, la capacité de l’ensemble des sociétés de distribution ne dépasse guère 1,5 million de m3. Elle reste toujours  en deçà du volume exigé par  les textes réglementaires en vigueur.
Par contre, le stockage souterrain d'hydrocarbure,  s’il venait à être réalisé par la conversion de plusieurs galeries, permettrait  au secteur d’avoir à sa disposition une capacité qui dépasserait largement celle dont il dispose actuellement.o

 

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