Culture

Aziz Abou Ali, peintre de la solitude

Par Aïda BOUAZZA | Edition N°:4951 Le 01/02/2017 | Partager
Le Musée de Bank Al-Maghrib rend hommage à l’artiste
Une importante collection d’œuvres est présentée jusqu’au 10 mars
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Gravures, gouaches, encre de Chine et mines de plomb, sculpture… sont présentés au Musée de Bank Al-Maghrib mettant en lumière un éventail de ses créations exceptionnelles (Ph. Bziouat)

Pour sa première exposition de l’année, le Musée de Bank Al-Maghrib a choisi de rendre hommage à un artiste parfois méconnu du grand public, mais qui a pourtant laissé derrière lui une œuvre importante. Aziz Abou Ali, peintre et graveur, est exposé à travers une pléiade d’œuvres laissant voir un éventail de ses créations exceptionnelles. En effet, à travers l’évènement intitulé «Entre art et mélancolie», qui se poursuit au Musée de Bank Al-Maghrib jusqu’au 10 mars, le visiteur pourra découvrir des gravures, des gouaches, des sculptures, des œuvres réalisées à l’encre de Chine et mines de plomb…

Né en 1935 à Marrakech, Aziz Abou Ali perd sa mère alors qu’il n’était qu’enfant et vivra avec un père qui se remarie 3 fois. L’artiste, ainsi que ses frères et sœurs quittent jeunes le domicile familial. Il travaille alors dans un petit atelier de réparation de bicyclette, qui lui servira également de toit pour passer ses nuits. «Parfois, les passants et les voisins le surprenaient en train de dessiner… Ceux qui lui commandaient un dessin, lui offraient des tubes de peintures et des pinceaux… Abdelaziz refusait souvent de recevoir une rémunération», raconte à son égard l’écrivain Mohamed Ouahi dans la monographie consacrée à l’artiste. Publié en 2015 par les Editions Marsam avec le soutien du ministère de la Culture, l’ouvrage intitulé «Le graveur de la solitude» a également été présenté à l’occasion de cette exposition-hommage.

 

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La plupart des expositions de Aziz Abou Ali ont eu lieu en Espagne où il produira la majeure partie de ses travaux. L’artiste et maître graveur y a côtoyé de grands noms de la scène artistique madrilène comme Miró ou encore Tapies (Ph. Marsam)

Au lendemain de l’indépendance, il fait une rencontre qui change le cours de sa vie. Alors que Aziz Abou Ali concevait les décors d’une pièce de théâtre, Rachid Chraïbi, aujourd’hui éditeur et galeriste (Marsam), qui faisait partie de cette troupe, débusque son talent et l’inscrit à l’école de dessin ABC où il apprendra à dessiner par correspondance. Parti d’un travail autodidacte, il apprendra également à lire et à écrire. Il se présentera peu de temps après à l’école de Tétouan avant d’intégrer l’Ecole des beaux-arts Sainte Isabelle à Séville. Il se rend par la suite à Madrid où il s’intéresse à la gravure. Suite à cette formation, il est consacré professeur maître graveur.

«Aziz était très ouvert et très intelligent. La littérature, la philosophie, la politique, l’art… n’avaient pas de secret pour lui. Ce qui est très intéressant c’est qu’il faisait partie du groupe 15 qui sollicitait des personnalités comme Miró, Tapies et bien d’autres grands noms. Et Aziz était là!», souligne Zineb Abderrazik Chraïbi, fondatrice de la galerie et des Editions Marsam. En tant que maître graveur, Abou Ali était souvent amené à exécuter les œuvres de ces grands maîtres qu’il fréquentait.
A travers son œuvre, il n’est pas difficile de déceler son univers émotionnel très intense et mélancolique suite aux déchirures et difficultés qu’il aura rencontrées lors de son enfance notamment.  Alors que la plupart de ses toiles sont très sombres, l’espoir jaillit parfois de quelques œuvres dans lesquelles s’invite la couleur. «Il n’y a pas de présence de femme, il ne s’est pas établi sur le plan familial, ni sur le plan personnel. Il y a dans son travail une ambiance de solitude.

On a même l’impression que toute son œuvre est une théâtralisation de sa mort, et il aura travaillé jusqu’au bout», note Zineb Abderrazik Chraïbi. Cette dernière précise également qu’à chaque voyage en Espagne avec son mari, ils lui rendaient visite et lui achetaient des œuvres. La famille restera jusqu’à ses derniers jours la plus proche de l’artiste. Elle rapatrie son œuvre afin de la faire connaître au grand public marocain et le «débusquer afin qu’il échappe à la mort une deuxième fois».
L’artiste prolifique aura laissé près de 1.500 œuvres qu’il aura produites majoritairement en Espagne où il aura vécu jusqu’à sa mort à Madrid en 1993 et il ne sera découvert que 45 jours après son décès. Son parcours singulier et atypique est raconté par plusieurs plumes dans la monographie «Le graveur de la solitude».

 

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