Economie

Les grands projets et les ménages relancent le crédit

Par Franck FAGNON | Edition N°:4951 Le 01/02/2017 | Partager
Hausse de 4,2% de l'encours en 2016, à 818 milliards de DH
La solvabilité des ménages s'améliore
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L'encours des prêts au secteur privé a augmenté de 3,4% en 2016 à 637 milliards de DH. Un grand nombre de PME sont étrangères à l'accélération de la croissance des crédits à l'équipement (+11,7%). En revanche, elles alimentent les impayés qui ont progressé de 14%. La solvabilité des ménages s'améliore

La croissance du crédit a battu les prévisions de la Banque centrale. L'encours des prêts a progressé de 4,2% en 2016  à 818 milliards de DH contre une hausse de 3,5% anticipée au Conseil monétaire de décembre dernier. Même en retraitant les crédits accordés aux sociétés financières, la progression reste inchangée à 4,2%. Pour la deuxième année consécutive, l'évolution des prêts est décalée de l'activité, la croissance du PIB s'étant établie à 1,6%. L'année d'avant (2015) on était dans une configuration inverse: l'encours des crédits (hors prêts aux sociétés financières) avait enregistré une toute petite hausse de 0,4% alors que l'économie progressait de 4,5%.

Les emprunts des ménages et le financement des projets des grandes entreprises publiques et de quelques groupes privés ont essentiellement contribué au regain du crédit en 2016. Le total des prêts à l'équipement a augmenté de 17 milliards de DH (+11,7%) sur un an pour s'établir à 158 milliards de DH. La reprise est à rapprocher avec la flambée de 27,5% des acquisitions de biens d'équipements en 2016. L'OCP, l'ONCF ou encore les entreprises du secteur automobile sont à l'origine de cette accélération. Les PME n'investissent que très rarement, asphyxiées par des problèmes de financement des besoins en fonds de roulement. Ce qui explique le ralentissement de la croissance et la faible création d'emplois.

Malgré cette conjoncture difficile, les ménages ont bizarrement montré un appétit particulier pour l'équipement en voiture. Les concessionnaires automobiles ont établi un nouveau record de ventes de véhicules particuliers à 142.872 unités (+29% sur un an). Ce dynamisme contribue à la hausse de 5,5% de l'encours des crédits à la consommation à 49 milliards de DH. Sur un autre segment, les rabais des promoteurs immobiliers couplés à la baisse des taux d'intérêts ont permis de maintenir la croissance des crédits à l'habitat aux alentours de 5%.

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Les impayés des entreprises privées culminent à 38 milliards de DH. Les dossiers qui arrivent au tribunal mettent plusieurs années pour aboutir. Pour éviter une procédure longue et coûteuse, les banques préfèrent dans de nombreux cas abandonner une partie des créances pour les recouvrer plus rapidement, quitte à se faire redresser par le fisc (Ph. L'Economiste)

Le bémol dans le tableau publié par Bank Al-Maghrib reste le poids des créances en souffrance. Elles se chiffrent à 61 milliards de DH, soit un taux d'impayés de 9%. (créances en souffrance/crédits hors prêts aux sociétés financières). Les créances en souffrance des sociétés financières sont peu significatives. La progression de 7% des impayés en 2016 masque une amélioration chez les ménages (-3,2%) et la poursuite de la dégradation du portefeuille des entreprises (+14%). La baisse des commandes et des délais de paiement trop longs ont exacerbé les difficultés des PME. Plus de 7.000 entreprises ont fait faillite en 2016, sans compter les entreprises en difficulté qui n'ont pas enclenché l'ouverture d'une procédure judiciaire.

Toutes ces entreprises viennent alimenter les créances en souffrance dans les bilans des banques. Sachant que les sociétés ont souvent des dettes auprès de plusieurs banques, l'enjeu est d'être le premier à être remboursé lorsque la défaillance survient. Les services recouvrement des banques sont en alerte maximale. Les dossiers en contentieux se multiplient. Cela dit, ester en Justice est une solution que les banquiers préfèrent éviter à cause de la lenteur de la machine judiciaire. «C'est quelque chose qui pollue l'environnement des affaires», confie un banquier. En moyenne, il faut patienter trois ans et demi pour le recouvrement d'une créance, révélait Euler Hermès.

«Un dossier de 50 millions de DH par exemple qui met quatre à cinq ans pour aboutir est une perte pour la banque», indique une source. Quitte à se faire redresser, la banque préfère dans de nombreux cas accorder une remise pour recouvrer rapidement sa créance. L'administration fiscale redresse systématiquement les abandons de créances. Elle les considère comme une largesse tant que le dossier n'est pas passé devant la justice et que la procédure n'est pas allée à son terme. 

 

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