Analyse

Le transport urbain en panne de stratégie: Rabat confie la gestion du secteur au privé

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:4951 Le 01/02/2017 | Partager
La décision sera adoptée par le groupement Al Assima lors de sa session de février
Le futur délégataire devrait démarrer avant la fin de cette année
Une opération de DVD est lancée pour dégraisser l’effectif du personnel
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Avec le manque d’entretien régulier du parc, les pannes des bus sont devenues fréquentes, ce qui impacte fortement la qualité de service de Stareo (Ph. NEA)

Dans l’attente de la préparation de l’étude du Plan de déplacement urbain (PDU) de l’agglomération de Rabat, des mesures seront prises incessamment pour redresser la situation du secteur des bus, géré depuis fin 2009 par Stareo. Société qui se trouve actuellement dans un état financier critique. Le secteur a d’ailleurs englouti des subventions énormes accordées par le ministère de l’Intérieur et les communes sans pouvoir améliorer la qualité du service et l’équilibre financier de la société. «A la fin de chaque mois, on peine à mobiliser plus de 10 millions de DH pour permettre à Stareo de régler les salaires de ses employés», souligne Jamaa El Moatassim, président du groupement Al Assima.

Ce dernier signale également que le réseau fonctionne uniquement avec près de 300 bus, alors qu’il faut plus du double pour répondre aux besoins de l’agglomération. Cela s’explique par le taux élevé d’immobilisation des bus par manque d’entretien régulier. Une telle situation se traduit négativement sur le chiffre d’affaires de Stareo suite à une baisse du trafic qui est actuellement à près de 60 millions de personnes par an contre plus de 72 millions auparavant. Face à cette situation chaotique, la ville et le ministère de l’Intérieur préparent le terrain pour le retour à la gestion déléguée avec un opérateur privé. «A l’ordre du jour de la session de notre conseil prévue le 6 février 2017, il est prévu l’adoption des termes de référence de l’appel d’offres de présélection concernant la gestion déléguée du transport par bus au niveau de l’agglomération de Rabat», signale le président du groupement Al Assima. Les opérateurs sélectionnés devraient présenter leur offre sur la base d’un cahier des charges préparé par le groupement, ce qui va permettre de choisir le nouveau délégataire qui devrait être opérationnel avant la fin de cette année, précise-t-il.

«La durée du contrat peut aller même jusqu’à 15 ans, et ce pour permettre au nouveau opérateur de rentabiliser ses investissements», ajoute El Moatassim. Toujours dans le même ordre d’idée, le ministère de l’Intérieur a pris en charge une opération de départ volontaire du personnel de Stareo lancée ces derniers mois. Pour le moment, près de 200 demandes ont été déposées avec une quarantaine de départs à la retraite normale, signale une source de Stareo. Cette opération, qui devait être clôturée fin décembre 2016, a été prolongée de trois mois pour permettre de s’approcher de l’objectif fixé, à savoir près de 1.200 départs. Cette réduction va soulager financièrement le futur opérateur avec une masse salariale et des charges sociales réduites. Cette opération vise particulièrement la catégorie des receveurs du fait que leur activité sera assurée par un système de billetterie électronique qui sera mis en place avec le nouvel opérateur. Une fois le redressement du secteur des bus atteint, il sera enfin envisageable de mettre en place un ticket commun entre bus et tramway.

Des mesures sont déjà envisagées pour renforcer l’intermodalité entre les différents modes de transport: bus, tram, taxi, et même le train. Ainsi, à l’instar des gares ONCF de Rabat ville et Salé ville, la gare TGV de Rabat Agdal sera pour sa part desservie par une ligne du tramway. De même pour la future gare ferroviaire prévue à Hay Riyad qui sera située près de la nouvelle gare routière de Rabat. Mais pour réussir un système de transport en commun qui est, de nature, déficitaire, il faut trouver une solution définitive pour le règlement (par l’Etat et les collectivités) des subventions nécessaires dont le niveau à travers le monde dépasse 50% du prix du ticket. A ce titre, il convient de signaler que près de 60% des abonnés au réseau du tramway de Rabat sont des étudiants.
L’amélioration de la mobilité urbaine nécessite aussi une innovation en matière d’infrastructures en optant pour des trémies et des ouvrages souterrains permettant une bonne fluidité de la circulation, notamment dans les traversées du tram au niveau des grands boulevards de la capitale.

Stareo: Les raisons de la crise

En plus de la mauvaise gestion et le manque de professionnalisme, le projet de Stareo présente les éléments de l’échec depuis son démarrage en 2009. La société a hérité un parc vétuste et du personnel en sureffectif: plus de 3.000 agents contre un besoin ne dépassant pas 1.900 personnes, précise une source de la société. Cette dernière rappelle également que la société n’a pas pu réaliser deux augmentations de tarif en 2014 et 2015 prévues par le protocole d’accord signé en 2013. Il y a aussi les actes de vandalisme et la casse des vitres pour un coût estimé à 90 millions pour les trois dernières années.

 

 

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