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Finances-Banques

Les dates de valeur sont aujourd’hui injustifiées!

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:4948 Le 27/01/2017 | Partager
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Miloud Guermatha, chercheur et praticien de la finance des marchés. Victimes des délais de paiement excessivement longs, beaucoup de PME ne doivent leur survie qu’aux avances bancaires à court terme (Ph. MG)

Miloud Guermatha est docteur en sciences économiques d’Aix Marseille III et titulaire d’un master de projets de l’Ecole des mines de Paris. Il assure des vacations dans les écoles de commerce et universités marocaines. Il vient de publier l’ouvrage «Trésorerie d’entreprise». C’est sa troisième publication après celles de 2003 sur les techniques de gestion de trésorerie et de 2005 sur le marché de change et la gestion de la trésorerie en devises. Pour ce praticien de la finance de marché, les dates de valeur que pratiquent encore les établissements de crédit ne se justifient plus au regard des avancées technologiques. Entretien choc.
 
- L’Economiste: Les avances bancaires sont devenues la principale source de financement du cycle d’exploitation des entreprises en raison de l’allongement des délais de paiement. Quels sont les risques liés à cette évolution?
- Miloud Guermatha:
On ne le répètera jamais assez: une entreprise peut avoir un excellent produit, une très bonne clientèle,... et se retrouver in fine en difficulté seulement par manque d’anticipation des décalages de trésorerie. Casse-tête pour les entreprises marocaines depuis des années, les délais de paiement ont tendance à augmenter dans l’ensemble des secteurs.  Moralité: les entreprises sont de plus en plus confrontées à des difficultés de gestion de trésorerie (paiement des cotisations CNSS, des salaires et des échéances fiscales, etc.). Elles peinent notamment à assurer le recouvrement de certaines de leurs créances clientèle avec laquelle se traite une part significative de leur chiffre d’affaires. Dans ces conditions, les fournisseurs se transforment en banquiers de leurs clients. Chemin faisant, ils craignent de solliciter leurs banquiers pour qu’ils autorisent soit un dépassement du découvert lorsque la ligne existe, soit la mise en place d’une facilité de caisse avec une date butoir à laquelle le compte de l’entreprise doit redevenir créditeur. Ces avances  bancaires comportent des inconvénients notamment  le niveau élevé des intérêts, le processus d’obtention plus formel, et le pouvoir que détient la banque de mettre fin, sans justification, à cette tolérance.  D’où le risque de cessation de paiement auquel s’expose l’entreprise.
 
 - Les conditions de banque ne sont pas toujours lisibles pour les PME…
- C’est une question récurrente qui est posée également par la communauté des trésoriers. Permettez-moi d’abord de dire que la gestion de trésorerie est devenue l’une des fonctions majeures de l’entreprise. Elle est largement «bancarisée» et devient une fonction vitale, en témoigne la crise qui a secoué les marchés financiers en 2008 et qui est venue nous rappeler cette réalité. Cette fonction connaît d’importants développements depuis les années 90 et ce, sur le plan technique (développement des  outils informatiques et télématiques), économique (hausse sensible des rendements financiers), compétences (nouvelle génération des cadres formés aux techniques modernes de gestion de trésorerie) et enfin sur le plan informationnel (développement des sociétés de communication financière).
Par ailleurs, la maîtrise des conditions de banque (les taux et les commissions qui s’y rattachent, les jours de valeur, les frais fixes ou proportionnels  et les services bancaires) et des pratiques bancaires est devenue un impératif pour une bonne gestion de trésorerie en date de valeur. Ces conditions et pratiques représentent une source d’économie considérable de frais financiers. Malheureusement, ces conditions ne sont ni lisibles ni transparentes. D’ailleurs, les différences d’affichage ainsi que le mode de calcul de certains services les rendent incomparables. A titre d’exemple, le calcul d’une commission peut se faire de différentes manières: des fois, les banques calculent la commission d’une manière forfaitaire, des fois elles appliquent un pourcentage du montant en jeu, des fois elles calculent cette commission sur la base d’un compromis entre les deux, avec un maximum et un minimum. Toutes ces pratiques rendent impossible le benchmark des conditions de banque.
 
- Comment devrait réagir un responsable chargé de la gestion de trésorerie?
- Devant cette situation, il devient primordial pour les trésoriers d’entreprise de savoir contrôler les conditions bancaires qui deviennent complexes et variables d’une banque à une autre. Sur le plan pratique, il faut distinguer entre deux catégories d’entreprises. Celles qui subissent ces conditions comme une donnée exogène (impact fort sur les frais financiers) et les entreprises qui ont réussi à mettre en place une organisation appropriée, des procédures adéquates, des outils de suivi et de contrôle de la trésorerie permettant ainsi d’assurer un contrôle permanent de ces conditions (déperdition des frais financiers).
Pour rendre ces conditions plus transparentes et plus lisibles, nous recommandons aux trésoriers d’entreprise d’établir un recueil des conditions de banque, de faire une comparaison de ses conditions, d’identifier les conditions cibles et enfin procéder à une négociation.

                                                                             

La seule explication? Elles sont une source de revenu!

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Les dates de valeur bancaires ont-elles encore un sens avec le développement de nouvelles technologies? Miloud Guermatha est catégorique: «Par le passé, la pratique des jours de valeur se justifiait par les délais de traitement des opérations interbancaires. Mais le développement des technologies et des outils informatiques facilite et condense le traitement des opérations. Pourtant, les dates de valeur s’appliquent toujours. Il y a de quoi s’interroger sur leur justification.
Aujourd’hui, les moyens de paiement utilisés ne circulent plus comme jadis (le chèque est lui scanné dans l’agence de remise et envoyé sous forme d’image à la compensation). Ils sont compensés le jour même dans le Système interbancaire marocain de télé compensation. De ce fait, plus aucune raison objective ne devrait justifier la persistance des dates de valeur.
En réalité, toutes les banques disposent d’outils technologiques pour supprimer les dates de valeur au niveau de leurs opérations. Pour ce technicien de la finance, «c’est par manque de volonté qu’elles maintiennent le statu quo». Car au-delà, les dates de valeur représentent une rentrée de revenus supplémentaire pour la banque et varient sensiblement suivant la catégorie d’opération et les établissements.

Propos recueillis par
Abashi SHAMAMBA

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