Analyse

L’Eldorado pour les ouvriers agricoles

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:4948 Le 27/01/2017 | Partager
Le tarif payé à la journée, le double des autres régions
Une activité informelle qui crée une dynamique dans la ville

Si des Marocains rêvent de franchir la Méditerranée pour l’Europe, d’autres ont leur Eldorado: Berkane. Des milliers d’ouvriers agricoles (une majorité de Taza, Sidi Slimane, Sidi Kacem, Souk Larbaâ...) viennent dans cette région pour travailler lors de la saison des clémentines. Cet engouement s’explique notamment par les multiples opportunités d’emploi, sachant que les autochtones boudent ces activités. En outre, les prix pratiqués sont alléchants. La journée de travail coûte ainsi entre 100 et 120 DH, parfois le double de ce qui est pratiqué dans d’autres régions agricoles.

La particularité à Berkane est que ce tarif, qui dépend certes de l’offre et de la demande, fait surtout l’objet de pressions exercées par les ouvriers en période de haute saison. En effet, avant de monter dans les camions et les pick-up qui les transportent vers les fermes, ils exigent des augmentations. «Lors de la période de la culture des pommes de terre par exemple, le prix de la journée de travail peut atteindre 200 DH», note un agriculteur. Souvent, les plus activistes des ouvriers empêchent les autres de monter dans les camions. Parfois, la situation dégénère en actes de violence lorsque certains acceptent le prix sans marchander. Les plus futés donnent rendez-vous aux chauffeurs de camions dans un endroit à l’écart du «Moukaf», pour ne pas être inquiétés par ces «activistes» et éviter les jets de pierres. Selon des membres de la société civile, le nombre de ces travailleurs saisonniers varie entre 15 et 20.000 personnes. La main d’œuvre féminine est très présente.

Après la période des clémentines et des pommes de terre, la plupart d’entre eux se reconvertissent en marchands ambulants. Beaucoup d’entre eux ont décidé de fonder des familles et s’installent définitivement dans la ville. Par le passé, ces ouvriers qui venaient dans la ville pour la saison des clémentines, dormaient dans les hammams, les cafés, mais en présentant des pièces d’identité. Aujourd’hui, ils vivent en groupes, dans des garages ou des chambres louées dans des quartiers populaires. L’inconvénient est qu’ils ne sont pas contrôlés, soulignent des agriculteurs. La police judiciaire a même parfois arrêté des personnes recherchées et qui s’étaient infiltrées au milieu de cette population.

Le «Moukaf» à l'aube

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Chaque matin à l’aube, les ouvriers agricoles s’agglutinent dans le «Moukaf», le marché de travail informel, situé à l’intersection de deux principaux boulevards de la ville: Hassan II et Mohammed V. Les chauffeurs de camions et de pick-up y viennent chaque matin avant le lever du soleil pour transporter la main d’œuvre vers les champs. Ce marché fonctionne sans le moindre contrôle. Ce n’est pas le cas des personnes qui travaillent dans les stations de conditionnement et d’emballage. Contrairement à ceux qui travaillent dans les champs et qui rêvent de rejoindre les stations, cette population, à 90% féminine, est déclarée et payée à l’heure (13,59 DH brut).  Chacune des 18 stations que compte la ville emploie environ 200 personnes.

 

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