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Tribune

2017, année internationale du tourisme zéro carbone

Par Robert LANQUAR | Edition N°:4945 Le 24/01/2017 | Partager

Né en Algérie de parents séfarade et berbère, Robert Lanquar, après une expérience de journaliste, a été pendant une dizaine d’années  chargé du marketing et des recherches sur les entreprises touristiques, à l’Organisation mondiale du tourisme. Il a été aussi expert auprès de la Banque mondiale et a participé à l’élaboration de nombreux plans de développement touristique dont ceux du Sénégal et des Seychelles. Il fut coordinateur du groupe d’experts du Plan Bleu -Plan d’action pour la Méditerranée- PNUE entre 1986 et 1996, tout en assurant la programmation technique du Europartenariat Middle East 1994-1996 avec la Euro-Arab Chamber of Commerce (Paris), la Euro-Israel  Chamber of Commerce et le Département international de la Chambre de commerce internationale de Paris. Depuis 2000, il assure la coordination du Forum euroméditerranéen de FITUR – Madrid. Il est aussi professeur invité à l’Université de Cracovie (Ph. R.L)  

Les Nations unies ont déclaré 2017 «Année internationale du tourisme durable dans le développement», c’est-à-dire faire du tourisme un accélérateur des actions en faveur de l’environnement et de la solidarité entre les peuples. Pourtant, tandis que les questions du changement climatique sont à la une et que les travaux de la COP22 à Marrakech, avec sa Proclamation, ont renforcé la dynamique du climatisme dans nos sociétés, selon de très nombreux chercheurs, qu’ils soient du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) ou non comme les professeurs Scott et Gössling(1), les professionnels du tourisme n’ont pas pris entièrement conscience que leur avenir va être bouleversé.

Les priorités pour un «monde meilleur»

Il y a un demi-siècle, les Nations unies avaient décidé que 1967 serait l’Année internationale du tourisme pour la paix et le développement. En cinquante ans, le tourisme, selon l’Organisation mondiale du tourisme, a connu une expansion continue et résiliente malgré les crises économiques ou politiques. Il est actuellement un des secteurs professionnels les plus importants dans le monde (voir schéma). En 1967, il fallait œuvrer au renforcement de la paix en facilitant les échanges et les contacts culturels entre les peuples ainsi qu’en développant cette richesse économique souvent encore mal exploitée, particulièrement dans les pays sous-développés dont beaucoup venaient juste de devenir indépendants. Aujourd’hui, c’est le changement climatique et le passage à une économie non carbonée qui sont les priorités pour «un monde meilleur».

En 1967, ces pays en développement («le tiers monde») devaient être les principaux bénéficiaires de cette année internationale, or ils étaient les plus éloignés et les moins connus. En cinquante ans, leur part dans le tourisme mondial a considérablement augmenté. Pour progresser, ces pays doivent atteindre les objectifs des Nations unies pour le développement durable à l’horizon 2030.
Cinq domaines clés concentrent ces objectifs. Ils ont été présentés par Taleb Rifai, secrétaire général de l’OMT, lors du lancement de l’Année internationale, le 18 janvier au Fitur, la Foire du tourisme de Madrid(2).

D’abord plus de transparence

Que demande le développement durable et responsable du tourisme, sinon d’abord de la transparence? C’est ce que les experts ont souligné: la transparence permet de mieux savoir comment le tourisme participe au changement climatique. On estimait qu’en 2005, le tourisme générait 5% des émissions de gaz à effet de serre. Pour réduire de 25% ces émissions en 2020, les entreprises devraient faire un effort que le WTTC (World Travel&Tourism Council), qui réunit les grands noms du tourisme du secteur commercial, a accusé: seuls 40% de ses membres ont pris des initiatives en faveur d’une réduction de leurs émissions carbonées. Pour les analystes du WTTC, cela ne suffit pas en raison de la remarquable croissance du tourisme.

Entre 2010 et 2025, les émissions carbonées du tourisme pourraient doubler, surtout pour les secteurs de l’aviation, de l’automobile et du logement. Il faut donc multiplier les analyses pour mieux savoir qui pollue et qui ne pollue pas, pour comprendre comment le tourisme peut participer au système «cap&trade» de quotas carbone (ou droits d’émission) comme le préconisait le Protocole de Kyoto de 1997, mais qui n’a connu que des résultats mitigés, sinon contre-productifs. 

Aller au-delà des vœux pieux

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Même si 2017 sera légèrement plus froide que 2016, l’année la plus chaude enregistrée dans le monde, les pays vont multiplier les initiatives et projets en faveur du tourisme durable. Déjà la nouvelle Charte marocaine du tourisme durable qui s’inscrit dans le sillage des COP21 et 22 a anticipé les objectifs de l’Année internationale du tourisme durable dans le développement. Les destinations touristiques ont tout intérêt à encourager la transparence et les actions en faveur d’un tourisme dé-carboné.

Comme le soulignaient durant le Fitur, l’OMT avec le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) ou des organisations non gouvernementales comme l’Organisation internationale du tourisme social (OITS), il faut aller au-delà des vœux pieux, car l’expansion du tourisme dépend de «la protection de l’environnement et de la biodiversité, de  la pérennisation de la culture et du patrimoine, de la priorisation du développement local et le respect des communautés d’accueil et enfin l’adoption des principes d’équité, d’éthique et de responsabilité sociale».

Malgré l’arrivée au pouvoir des négateurs du changement climatique aux Etats-Unis, les destinations touristiques vont choisir de défendre le passage aux énergies renouvelables. Si ces changements sont rapides, le coût marginal additionnel d’un tourisme zéro carbone ne serait que de 0,1% en 2020. Ce coût augmenterait ensuite brusquement, 1,6% en 2030, 2,7% en 2040 et 3,6% en 2050. D’ici là, le niveau des mers et océans pourrait bien s’élever de plus de 70-80 centimètres – d’autant que l’on s’attend que la bombe «méthane» explose –, ce qui signifiera la disparition de nombreuses stations littorales telles qu’elles sont aujourd’hui.

Qui sera le premier pays touristique dans le monde?

Les chiffres du tourisme international de 2016, présentés par l’Organisation mondiale du tourisme, sont très encourageants. Avec une croissance de 3,9%, les arrivées auront atteint 1.235 millions. Les recettes du secteur dans le monde auraient cru autant. C’est l’Asie et le Pacifique qui ont connu les meilleurs résultats, +8% par rapport à l’année antérieure, l’Afrique +8% par rapport à 2015 (dont +11% pour le tourisme sous-saharien et y compris l’Afrique du Nord qui a vu son tourisme augmenter de 3%). Les Amériques n’ont connu que 4% d’augmentation de leurs arrivées. Mais l’Europe, qui a reçu 620 millions de tourisme, n’a vu son tourisme augmenté que de 2%. C’est le Moyen-Orient qui a souffert le plus avec une baisse de 4%, c’est-à-dire seulement 54 millions d’arrivées en 2015. Ces chiffres préliminaires montrent aussi des réussites comme l’Espagne qui a battu tous les records avec ses 75,3 millions d’arrivées et la Chine qui prétend devenir en 2020, le premier pays émetteur de touristes au monde. La France avec 84,5 millions de touristes étrangers en 2015 et presque tout autant en 2016, car ayant perdu 6% des arrivées hôtelières dans le Grand Paris, pourrait bien perdre sa première place au palmarès du tourisme international dans les prochaines années.

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(1) Cf. Scott, D., Gössling, S., Hall, C.M., Peeters, P. (2016). Can tourism be part of the decarbonized global economy?: The costs and risks of alternate carbon reduction policy pathways. Journal of Sustainable Tourism. 24. 52-72 (accès libre)
(2) Voir Portail internet de l’Année internationale du tourisme durable pour le développement http://www.tourism4development2017.org

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