Economie

Deux salariés sur trois travaillent au «noir»!

Par Franck FAGNON | Edition N°:4945 Le 24/01/2017 | Partager
Ils exercent sans contrat de travail, selon le rapport sur le capital immatériel
Le diplôme ne protège plus: Le chômage 4,5 fois plus élevé chez les diplômés
Au moins dix ans de croissance à 6% pour intégrer les jeunes et les femmes
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Environ 10% de la population active est sans emploi. Ceux qui en ont n’ont pas beaucoup de sécurité. Près de 63% des salariés exercent sans contrat de travail

Plus de 1,1 million de Marocains sont en quête d’un emploi. Le taux de chômage se situe aux alentours de 10%. Mais ce qu’on ignore, c’est que les personnes qui ont un job n’ont pas de réelles garanties. Près de 63% des salariés, soit pratiquement 2 sur 3 n’ont pas un contrat de travail, révèlent les rédacteurs du rapport sur le capital immatériel. Plus de 3,1 millions de personnes seraient concernées. Ces travailleurs ne sont pas à l’abri d’abus de la part de leurs employeurs. Lorsque cela arrive, ils n’ont presque aucune voie de recours.

La concentration de l’emploi dans les secteurs à faible contenu technologique, le manque de qualification des ressources et la mauvaise foi de certains dirigeants expliquent en partie le taux élevé d’emplois précaires. Dans plusieurs industries manufacturières par exemple, les employés ne sont pas très attentifs à ces sujets du moment où ils se sont accordés sur le salaire. Cette négligence aura des répercussions tôt ou tard. Ces employés «sans histoire» sont recherchés. Le taux de chômage chez les personnes sans diplôme s’établit à 3,8% alors qu’il est 4,5 fois plus élevé chez les diplômés. Ce décalage interpelle sur la qualité des systèmes éducatifs et de formation.

En outre, il tient aussi à la faible diversification de l’économie. Les mutations en cours avec une orientation vers les industries à forte valeur ajoutée et l’émergence de nouvelles activités dans le numérique ou encore l’économie verte permettraient de créer davantage d’emplois de qualité. Mais, il y a encore du pain sur la planche.

Lorsque la croissance augmente de 1 point, l’emploi progresse entre 0,3 et 0,5 point. Ce qui
est faible

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Le contenu en emplois de la croissance s’est appauvri, surtout ces deux dernières années. Il faudra au moins 6% de croissance en moyenne annuelle pendant dix ans pour créer suffisamment de jobs pour intégrer les jeunes et les femmes. Jusque-là, aucune économie de la région n’a encore retrouvé sa cadence d’avant le printemps arabe

Aujourd’hui, chaque point de croissance a entraîné la création de moins de 9.000 emplois en 2014 et 2015. Ces résultats sont parmi les plus mauvais depuis 1990, relèvent BAM et le CESE dans le rapport sur le capital immatériel. Le contenu en emplois de la croissance s’est nettement détérioré ces dernières années. Le Haut commissariat au plan estime entre 0,3 et 0,5 l’élasticité de l’emploi à la croissance. Autrement dit, lorsque la croissance augmente de 1 point, l’emploi progresse entre 0,3 et 0,5 point. Ce qui est faible.

Pour mieux intégrer les jeunes et les femmes et profiter pleinement de l’aubaine démographique, le Maroc doit créer 200.000 emplois en moyenne par an, estime le rapport. Pour y arriver, l’économie doit croître d’au moins 6% en moyenne par an pendant 10 ans. Cela revient à faire mieux que la période d’avant le printemps arabe. Jusque-là, aucune économie de la région n’a encore retrouvé sa cadence d’avant 2011.

 

 

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