Economie

Investissement: Le multiplicateur keynésien en panne

Par Soufiane NAKRI | Edition N°:4944 Le 23/01/2017 | Partager
Le Maroc investit 30% du PIB avec peu d’effet sur la croissance
Le capital physique a été multiplié par 2,5 entre 1999 et 2013
Il faut plus de lisibilité à la politique fiscale
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Il s’agit principalement de garantir l’égalité des chances et de renforcer les capacités des citoyens

L’investissement et la compétitivité… sont les priorités sur lesquelles le Maroc doit agir. C’est l’une des principales conclusions du rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et Bank Al-Maghrib sur le capital immatériel (voir notre analyse exclusive dans notre édition du 20 janvier 2017). Le rapport souligne que l’investissement  génère de moins en moins de croissance. Il constitue un effet de moins en moins efficace sur l’économie. En gros, le multiplicateur keynésien serait en panne. Cette problématique a été soulevée à plusieurs reprises dans les colonnes de L’Economiste (voir édition n°4888 du 01/11/2016).

La déconnexion du PIB par rapport à la croissance se mesure par le niveau du coefficient marginal (ICOR) qui reste élevé et est en augmentation constante. En 2014, il s’élevait à un niveau de 7 tandis que la moyenne mondiale se situe légèrement au-dessus de 3.  Selon le HCP, cet impact relativement faible de l’investissement sur la croissance est essentiellement dû à la nécessité d’atteindre un niveau de stock de capital physique équivalent à quatre ou cinq fois le PIB.
Paradoxalement, le capital physique a été multiplié par 2,5 entre 1999 et 2013. Il dépasse 2.500 milliards de dirhams (à prix constant de 2007), soit une progression de 6,3% en moyenne par an. Cela se traduit par un niveau d’investissement qui s’élève à 30% du PIB durant toute la période.  L’investissement massif en capital physique a permis au Royaume de  se doter d’infrastructures solides.

Le port de TangerMed, par exemple, a amélioré l’attractivité du Maroc en matière de connectivité maritime (top 20 mondial). L’accélération du programme autoroutier  également  a contribué au développement des échanges et des investissements dans plusieurs régions (1.400 km d’autoroutes étaient en service en 2013, avec une croissance de 160 km/an). En parallèle, le renforcement des infrastructures aéroportuaires a permis de dépasser le seuil des dix millions d’arrivées de touristes.
Par ailleurs, les stratégies sectorielles ont accompagné l’augmentation annuelle moyenne de plus de 7% les besoins énergétiques.

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Il s’agit de cinq enjeux externes à forte incidence sur le tissu économique marocain

Pour les capacités agricoles et la sécurité alimentaire, elles ont été renforcées à travers le plan Maroc Vert. Ce qui a fait émerger de nouveaux secteurs industriels qui contribuent aux exportations. Cela intervient dans le cadre du Plan national d’Emergence industrielle.
Les auteurs du rapport relèvent que le choix de l’ouverture aux marchés internationaux devrait pousser le Royaume à améliorer toute une série de composantes. Il s’agit de renforcer les capacités productives du pays et son attractivité pour l’investissement interne et externe. Cela est tributaire de la diversification et la montée en gamme de la chaîne productive. Cette dernière doit s’appuyer sur l’innovation, le progrès technologique et l’amélioration du climat des affaires avec en tête l’efficacité de la justice.

L’autre défi est d’orienter la production vers des secteurs à forte valeur ajoutée, soit à fort contenu technologique ou créatif. C’est le seul moyen d’accélérer la transition vers une économie du savoir et de l’innovation tout en restant capable de s’adapter aux mutations mondiales.
La diversification et la montée en gamme permettent de relever le défi de la compétitivité. Cela passe par la mise en place d’une politique fiscale claire, équitable et incitative,  favorable à un accompagnement efficient du développement des filières économiques. S’ajoute le renforcement de la confiance par la lutte contre la corruption et les différentes formes de clientélisme, de privilège, de rente et de spéculation.

 

 

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