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Economie

Plan Azur: Autopsie d'un flop

Par Safall FALL | Edition N°:4943 Le 20/01/2017 | Partager
A peine 7.000 lits cumulés sur les 128.500 prévus par les Visions 2010 et 2020
2,7% des objectifs réalisés sur la mouture actuelle d’Azur
Défaillances des aménageurs, insuffisance des moyens, absence d’incitations... la Smit se défend
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La relance du programme n’a pas pris. Sur les cinq dernières années, les mêmes causes ont mené aux mêmes effets: des concrétisations limitées

C’est un flop consommé que vient de confirmer la Cour des comptes à propos du plan Azur. L’institution de contrôle n’y va pas par quatre chemins dans son rapport relatif à la Société marocaine de l’investissement touristique (Smit): «Le bilan global de la composante balnéaire «Azur» de la Vision 2010, puis de la Vision 2020, est très faible». La Smit est attendue sur le développement du produit. Chiffres à l’appui, la Cour indique que le taux de concrétisation des capacités touristiques prévues dans le cadre de ce dispositif est de 7,8% et 2,7% respectivement pour les Visions 2010 et 2020.

En clair, on parle là d’une capacité cumulée qui dépasse à peine 7.000 lits… sur les 128.500 prévus initialement à travers 6 stations! Le gap est tellement important qu’il confirme l’excès d’enthousiasme qui a mené à la fixation de ces objectifs. La barre était à la base placée très haut. L’institution pèche par des objectifs «trop ambitieux», d’où une tentative de rattrapage avec la seconde mouture du plan sur l’échéance 2010-2020. L’Etat a décidé de recentrer ses efforts sur trois stations prioritaires: Saïdia, Lixus et Taghazout. Quitte à brader le foncier pour séduire les investisseurs les plus récalcitrants.

A Taghazout, l’un des exemples d’échec les plus cuisants, «la Smit a cédé le terrain à l’investisseur à 50 DH/m², soit un écart par rapport au prix du marché de 200 DH/m². Ce qui constitue un avantage financier de 1,3 milliard de DH», relève le rapport de la Cour. Sauf que là aussi, le résultat est déconcertant. «Jusqu’à fin juin 2015, la station a connu la réalisation d’un hôtel de 360 lits, en plus d’une résidence hôtelière en cours d’une capacité de 360 lits, soit un total de 720 lits, représentant environ 10% par rapport à la capacité prévue», révèlent les magistrats de la Cour.

Sur Lixus, aucune nouvelle sortie de capacité touristique n’a été enregistrée jusqu’à fin juillet 2015, sur un total prévu de 13.000 lits touristiques. La Cour indique que les seules réalisations relevées sont sur le segment résidentiel, avec une capacité de 936 lits sur les 6.839 prévus. Outre les facilitations d’accès au foncier, un montant total de 1,3 milliard de DH a également été investi par l’Etat pour des travaux hors site au niveau des stations concernées. Mais ces efforts considérables ne suffisent pas. L’Etat devait aller plus loin… Et a tardé à le faire.

C’est en tout cas ce que laisse interpréter la réponse du ministère du Tourisme, tutelle technique de la Smit, par rapport aux appréciations de la Cour. «Le développement des stations Azur reste freiné en raison du non-respect des engagements de l’Etat en matière de soutien au plan Azur, tel que défini dans le contrat-programme de la Vision 2020 (prime à l’investissement, avantages fiscaux, ainsi que la gouvernance pour le développement du produit touristique). Plusieurs courriers ont été transmis au département des Finances mais sans suite», peut-on lire dans la réponse de la tutelle.

Une position déjà relayée d’ailleurs par les investisseurs eux-mêmes. «Il y a un vrai souci de gouvernance horizontale. D’un ministère à un autre, la coordination fait trop souvent défaut et cause des pertes de cohérence, de rapidité et d’efficacité dans la mise en œuvre des politiques publiques», explique Jalil Benabbés-Taarji, président de l’Association nationale des investisseurs touristiques (Anit). «D’où notre proposition de procéder à une refonte intégrale du dispositif, avec en particulier la redéfinition des missions du ministère et la mise en place d’une autorité chargée de la planification stratégique et de la régulation des capacités comme de l’offre produit», poursuit l’investisseur.

Pour sa part, Imad Barrakad, le président du directoire de la Smit, défend son bilan.  La société aurait permis, selon le responsable, de relancer les stations Saïdia et Taghazout en y injectant, respectivement, 5 et 7 milliards de DH. Quant à Lixus et Mogador, Barrakad cherche les facteurs de l’échec ailleurs: «La mise en œuvre de la restructuration a été retardée par les difficultés financières des investisseurs privés notamment du groupe Alliances développement immobilier (ADI)». Au total, la société assure avoir engagé 26 milliards de DH sur Azur 2020, sur les 45 milliards établis comme objectif global. Ce qui correspond à  un taux de performance de 57% d’engagement. Cet indicateur est de 14% en termes de réalisation, soit 1 milliard de DH concrétisé à fin 2015, sur les 7 milliards fixés comme ambition.

 

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