Tribune

Social: Pas de temps à perdre!

Par Marcel ROYEZ | Edition N°:4936 Le 11/01/2017 | Partager

Marcel Royez, consultant-expert social, a été conseiller pour les affaires sociales à l’ambassade de France au Maroc entre 2007 et 2014, après avoir exercé de nombreuses responsabilités nationales dans le secteur social

Depuis les élections législatives du 7 octobre, la composition du nouveau gouvernement marocain, objet de négociations entre les partis politiques, se fait attendre. Une attente qui agace ou inquiète et témoigne de la difficulté à trouver une majorité gouvernementale de coalition autour du parti islamiste arrivé, comme en 2012, en tête des élections. Une attente qui pourrait se révéler dommageable, eu égard à la dynamique des réformes engagées par le Royaume, depuis une quinzaine d’années,  sous l’impulsion du Roi Mohammed VI. 
Le Maroc jouit, depuis, d’une image assez flatteuse due à son incontestable ouverture politique, économique, sociale et sociétale. A l’inspiration aussi dont il fit preuve, en 2011, lorsque l’agitation des «Printemps arabes» secouait violemment la Région et déstabilisait durablement ses voisins, le Maroc sut alors dépasser ces évènements pour s’inscrire dans une nouvelle perspective en se dotant d’un nouveau cadre constitutionnel, plus démocratique, plus progressiste et plus social.

Des défis économiques et sociaux exigeants

Cet acquis est trop important, trop fragile aussi -au regard notamment des besoins et des aspirations de la population marocaine- pour être compromis par des jeux partisans et des calculs politiques, quels qu’ils soient. Les défis économiques et sociaux du Maroc méritent mieux et plus; l’intérêt général commande que soient poursuivis avec rigueur et vigueur l’action réformatrice engagée et les grands chantiers, dont tous les fruits ne sont pas encore mûrs, comme en attestent de nombreux rapports officiels. La croissance économique – pour honorable qu’elle soit – reste fragile, erratique même, du fait notamment des aléas climatiques, elle souffre d’une productivité faible, tirée par la consommation des ménages (laquelle profite essentiellement aux importations) et par l’investissement public, la croissance est pauvre en création d’emplois (33.000 en 2015 selon le HCP); le Maroc connaît en outre un taux d’emploi faible (42,8%) notamment pour les femmes (22,6%).
L’emploi constitue donc le défi majeur, principalement pour les jeunes et les femmes, premières victimes du chômage, du sous-emploi et du travail informel. Avec un tiers de sa jeunesse au chômage, le Maroc, comme beaucoup d’autres pays, est assis sur une poudrière. L’éducation et la formation professionnelle ne parviennent pas à satisfaire les besoins du pays, ceux des entreprises, en ressources humaines qualifiées. 

Education-formation-emploi: le triptyque prioritaire

Talon d’Achille du Maroc, le système éducatif et de formation doit faire l’objet de la plus grande et de la plus urgente attention des pouvoirs publics pour doter le pays des potentiels à la hauteur de ses ambitions et des besoins du marché du travail. Education-formation-emploi, tel est le triptyque prioritaire des défis du Maroc.
Si, au plan social, le Royaume n’a pas démérité, fort de nombreuses et importantes avancées (couverture médicale de base, santé, droit du travail, protection sociale, droits des femmes, lutte contre la pauvreté et la précarité, lutte contre le logement insalubre,…), beaucoup reste à faire pour réduire l’inégalité sociale et la discrimination dont sont victimes des pans entiers de la population (enfants, femmes, personnes handicapées, personnes âgées, malades, précaires,…). 
Le système de protection sociale marocain ne couvre encore qu’à peine la moitié de la population, moins de 30% des travailleurs sont couverts pour la retraite, les  travailleurs indépendants  (non salariés) attendent encore la création de leur régime propre (maladie et retraite), les travailleurs domestiques (bonnes, jardiniers, chauffeurs,…) n’ont toujours aucune protection qu’il s’agisse de la sécurité sociale ou du code du travail, le droit du travail est encore contourné par beaucoup trop d’entreprises, les personnes handicapées revendiquent toujours une loi et des moyens pour assurer leurs droits et leur insertion dans la société, les droits des femmes – renforcés par la Moudawana et par la Constitution de 2011 – sont encore trop souvent bafoués, niés au prétexte d’une tradition patriarcale, victimes de préjugés stupides,…  

Des droits formels aux droits réels et effectifs

Dans tous ces domaines, des progrès importants ont été accomplis par le Maroc depuis le début de ce siècle, des projets de réformes sont encore à l’étude, ou devant le Parlement, d’autres doivent voir le jour. Encore n’est-il pas suffisant de voter des lois, les textes doivent être appliqués et disposer des moyens nécessaires. Il convient de passer d’une logique de droits formels à une logique de droits réels et effectifs.  Il en va des conditions d’existence de millions de Marocaines et de Marocains, donc de l’efficacité économique, de la prospérité et de la cohésion du Maroc.  C’est un véritable «pacte social national»  qui doit être passé entre toutes les forces vives du pays et la future équipe gouvernementale. Nul ne peut ignorer aujourd’hui l’exigence et l’urgence qu’impose ce projet en vue d’une politique sociale intégrée, mieux coordonnée et réellement inclusive.

Pauvreté et précarité

Malgré les progrès enregistrés sur le front de la lutte contre la pauvreté, en 2014, selon le Haut commissariat au plan (HCP),  1,6 million de Marocains étaient encore en situation de pauvreté absolue et 4,2 millions en situation de vulnérabilité. Avec un poids démographique de 40%, le milieu rural regroupe 79,4% des pauvres et 64% des vulnérables. C’est dire combien sont fortes aussi les inégalités territoriales! 

 

Inégalités sociales

Une étude présentée le 6 décembre, à Rabat, par le Haut commissariat au plan (HCP) met en avant les inégalités sociales encore présentes au Maroc. S’agissant de l’évolution de ces inégalités au cours des 10 dernières années, 63% des sondés considèrent qu’elles ont augmenté, 26% les jugent stables, 10% seulement considèrent qu’elles ont diminué. Pourtant, selon le HCP, le niveau de vie par habitant, mesuré en dirham, a connu, au cours de chacune des périodes 2001-2014 et en particulier celle 2007-2014, des améliorations annuelles significatives respectivement de 3,8% et 4% pour les 20% des ménages les plus défavorisés, 3,3% et 3,3% pour les 20% des ménages les plus favorisés, 3,6% et 3,9% pour la catégorie sociale intermédiaire. Dans ces conditions, les inégalités sociales, mesurées par l’indice de Gini (indicateur synthétique d’inégalités de salaires), ont marqué une première inflexion à la baisse, souligne le HCP. 

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