Analyse

Cour des comptes/Blé tendre

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:4936 Le 11/01/2017 | Partager
Les opérateurs n’ont pas d’obligation réglementaire de maintenir un stock de sécurité
L’émiettement de l’activité de stockage rend difficile le contrôle
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Si les capacités de stockage des céréales (50 Mqx) à fin 2015 permettent de contenir des niveaux de stocks relativement suffisants, les installations sont éparpillées entre un grand nombre d’opérateurs et sont encore dominées par le stockage en magasin avec 65% des capacités globales par rapport au stockage en silo. Ce qui rend difficile le suivi

La gestion et le contrôle des stocks pour le blé tendre restent assez aléatoires. C’est ce qui ressort du dernier rapport sur les stocks de sécurité du pays de la Cour des comptes. Selon l’instance de contrôle, le stockage des céréales est, en général, marqué par un nombre élevé d’opérateurs (280 organismes stockeurs, 30 importateurs et 164 minoteries industrielles) avec des modes traditionnels et d’autres modernes. Cette situation rend le suivi et le contrôle des stocks chez ces opérateurs plus difficiles et moins précis.

Le marché du blé tendre est approvisionné en priorité par la production nationale dont la part varie selon la campagne agricole conditionnant le niveau de la récolte. En complément à cette production, le Maroc a recours, chaque année, à des importations qui sont libres et effectuées exclusivement par des opérateurs privés dans le cadre du droit commun.
Des contingents d’importation de blé tendre à tarifs douaniers préférentiels sont accordés à l’Union européenne et aux Etats-Unis d’Amérique dans le cadre des accords de libre-échange conclus avec le Maroc. L’importation de ces contingents est exécutée par les opérateurs privés dans le cadre d’appels d’offres lancés et gérés par l’Onicl. Si les stocks moyens disponibles sont restés globalement stables sur la période 2011-2015, permettant entre trois et quatre mois d’autonomie sur la période, pour certains mois, les stocks arrivent à des niveaux significativement bas par rapport à la moyenne de l’année.

Les niveaux les plus bas des stocks sont, ainsi, enregistrés aux mois de novembre et mars. La Cour des comptes estime que le dispositif juridique régissant les stocks de sécurité des céréales reste incomplet. En l’absence de ce dernier, la détermination du niveau des stocks disponibles tout comme les capacités de stockage ne peut être qu’approximative.  En effet, bien que la législation ait chargé le pouvoir réglementaire de déterminer les caractéristiques de ces stocks depuis 1996, l’arrêté conjoint des ministres des Finances et de l’Agriculture devant fixer la consistance, le mode de constitution et de financement du stock de sécurité des céréales n’est toujours pas établi.

Sur le terrain, les opérateurs n’ont pas d’obligation réglementaire de maintenir un stock de sécurité pour une denrée qui constitue le premier aliment de base alors que la consistance du stock de sécurité devrait fixer le niveau minimum des stocks et garantir l’approvisionnement du marché intérieur même en période de tension ou de rupture. Le mode de stockage, lui-même, est très déséquilibré, indique la Cour des comptes. Il est en effet  marqué par la prépondérance du stockage en magasin représentant plus de 65% à fin 2015.

Le stockage en silo ne représente que 35%. Par ailleurs, l’activité de stockage des céréales est caractérisée par son émiettement comptant un grand nombre d’acteurs ne favorisant pas le développement de grands opérateurs capables d’investir et de moderniser ce secteur. Autre inquiétude de l’instance de contrôle, la concentration des capacités dans trois régions du centre-nord qui comptent environ 62% des capacités globales.

Il s’agit de la région de Fès-Boulmane, la région de Casablanca et la région de Doukkala-Abda. La même situation de concentration est relevée au niveau des importations qui s’effectuent essentiellement à travers le port de Casablanca par lequel ont transité près de 53% des importations de blé tendre sur la période 2011-2014. Cette situation de concentration des stocks dans la région de Casablanca devrait s’accentuer avec les investissements prévus dans de nouvelles capacités de stockage sur cette région.

Achats massifs

La  Cour des comptes recommande d’ailleurs de mieux sécuriser les approvisionnements en recourant à des achats massifs, en période de détente sur les cours internationaux de blé tendre.  Elle appelle aussi à prendre des mesures pour encourager les opérateurs à investir davantage dans le développement et la modernisation des infrastructures de stockage tout en veillant à assurer une meilleure répartition sur le territoire national.

 

 

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