International

Turquie: Vers l’élargissement des pouvoirs d’Erdogan

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4934 Le 09/01/2017 | Partager
Un projet de système présidentiel débattu dès ce lundi au Parlement
Il prévoit le transfert du pouvoir exécutif du Premier ministre au président
Une première pour le pays, régi par une constitution datant de 1980
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La réforme pourrait permettre à Recep Tayyip Erdogan, élu chef de l’Etat en 2014 (après trois mandats à la tête du gouvernement), de rester au pouvoir jusqu’en 2029. Il pourrait aussi nommer et révoquer les ministres, prendre des décrets et disposer d’un ou de plusieurs vice-présidents (Ph. AFP)

Ses opposants s’inquiètent de son initiative et l’accusent de «dérive autoritaire», mais Recep Tayyip Erdogan compte bien aller au bout de son idée. Le président turc souhaite un système présidentiel similaire à ceux en vigueur aux Etats-Unis et en France, lui conférant plus de pouvoir et «instaurant plus de stabilité au sommet de l’Etat». Le projet de révision constitutionnelle visant à renforcer ses prérogatives devrait être soumis au Parlement dès ce lundi, selon l’agence de presse pro-gouvernementale Anadolu. Il prévoit le transfert du pouvoir exécutif du Premier ministre au président.

La réforme pourrait, également, permettre à Erdogan, élu chef de l’Etat en 2014 après trois mandats à la tête du gouvernement (2003-2014), de rester au pouvoir jusqu’en 2029. Le président pourrait aussi nommer et révoquer les ministres, prendre des décrets et disposer d’un ou de plusieurs vice-présidents. Si la révision est validée, elle permettrait, en outre, au président de ne plus avoir à couper les liens avec son parti politique une fois élu.

La mise en place d’un système présidentiel serait une première pour la Turquie, régie par une constitution établie au lendemain du coup d’Etat militaire de 1980. Adopté par une commission parlementaire un peu avant le Nouvel An, le projet sera débattu en deux temps par l’assemblée générale du Parlement. La procédure devrait durer 13 à 15 jours, selon Anadolu. La proposition doit recueillir l’aval d’au moins 330 des 550 députés pour pouvoir être soumise à un référendum.  Le parti au pouvoir, AKP, et la formation de droite nationaliste, MHP, qui soutient le texte, ont ensemble un total de 355 sièges dans l’hémicycle.

Le référendum devrait avoir lieu 60 jours après le vote au Parlement, soit fin mars ou début avril. Depuis la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016, que les autorités turques attribuent à Fethullah Gülen, un prédicateur de 75 ans exilé aux Etats-Unis, les décisions de Recep Tayyip Erdogan suscitent les craintes de ses opposants. Notamment l’instauration de l’état d’urgence et le lancement de la grande purge qui a conduit à l’arrestation de plus de 40.000 personnes suspectées de liens avec Gülen, et au limogeage et à la suspension de près de 100.000 autres. Militaires, juges, journalistes, fonctionnaires, enseignants ou intellectuels ont ainsi été arrêtés.

Le 3 janvier dernier, le Parlement turc a approuvé une prolongation de trois mois de l’état d’urgence, à la demande du gouvernement. Déjà prolongé une première fois, il devait prendre fin ce 19 janvier. Selon le gouvernement, la mesure est nécessaire pour «éradiquer l’influence de Fethullah Gülen au sein des institutions turques». Elle donne des pouvoirs spéciaux à l’exécutif pour licencier des fonctionnaires et fermer des associations ou groupes de médias. Elle permet, par ailleurs, aux autorités de prolonger la détention de personnes non inculpées.

Dans la nuit de vendredi à samedi dernier, les autorités ont limogé plus de 8.000 personnes supplémentaires et fermé des dizaines d’associations, selon trois décrets-lois parus au Journal officiel. Les textes précisent, aussi, que les ressortissants turcs se trouvant à l’étranger pourront être déchus de leur nationalité s’ils ne rentrent pas dans les trois mois suivant leur convocation. La Turquie a même fait jouer sa diplomatie pour fermer les écoles fondées par Gülen dans d’autres pays, dont le Maroc et le Sénégal (voir article dans la rubrique Economie).

 

 

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