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Société

Animation 3D: Une pépinière de champions oubliée

Par Reda BENOMAR | Edition N°:4932 Le 05/01/2017 | Partager
La 3D, un métier de passionnés où les tickets d’entrée sont chers
Talent, persévérance et bon book sont indispensables pour «percer»
Les salaires demarrent à 9.000 DH et peuvent franchir la barre des 100.000
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Abdellah El Fakir a gravi les échelons du métier afin de se hisser au sommet. Il a remporté de nombreux prix internationaux, notamment le Gold VFX Camera Awards au dernier US international film & video de Los Angeles (Ph. R.B)

Les métiers de la 3D sont une activité où l’on n’atterrit pas par hasard. Un univers de passionnés qui doivent bosser dur pour se démarquer. C’est le profil mêlant talent, créativité et solide maîtrise des classiques qui «perce». Abdellah El Fakir, artiste connu et reconnu sur la scène nationale, fait partie des premiers à avoir osé le métier. Autodidacte, c’est à force de persévérance qu’il a fait sa place. Un pari risqué à l’époque pour ce Casablancais passionné de pop culture, incollable sur les sorties de jeux video, films, séries et mangas. «C’est une source d’inspiration intarissable. Il est aujourd’hui très difficile de voir la différence entre le réel et la 3D, l’immersion est quasi totale. Si on fait ce métier c’est pour rêver et faire rêver», explique le directeur artistique. Le rêve est le mot qui sied le plus au dernier film de BMCE Bank of Africa, réalisé par Juan Solanas et dont la bande-son a été composée par Ludovic Bource, oscarisé pour la musique de The Artist, entre autres. El Fakir y a officié en tant que directeur des effets spéciaux et directeur artistique. Un projet qui a marqué ce vétéran de la 3D made in Maroc.

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Crédit : Brahim Azizi

«C’était magnifique de bosser avec un réalisateur de ce calibre. Il apporte sa vision des choses. Et une méthode de travail hollywoodienne, rigoureuse», explique-t-il. Le tournage a duré 2 mois et la postproduction près d’un an, pour un rendu final qui a fait le tour du globe. D’ailleurs, El Fakir a raflé la première place du Gold VFS Camera Awards à l’US international film & video de Los Angeles. Le créatif quadragénaire n’hésite pas aussi à écumer les salons américains spécialisés, du CES de Las Vegas à l’E3 de Los Angeles, afin de s’enquérir des dernières tendances, et partager ses trouvailles sur sa chaîne Youtube. «L’avenir de la 3D passera par la réalité virtuelle et la réalité augmentée», soutient-il.

 

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Crédit : Brahim Azizi

Les artistes 3D marocains sont compétitifs sur la scène internationale et n’ont rien à envier à leurs confrères d’Europe ou des Etats-Unis. L’appel du large séduit de moins en moins et beaucoup de stars préfèrent tenter des carrières sur le marché marocain. «Certes, Dreamworks et Pixar sont toujours aussi adulées, mais ne présentent plus la même attractivité qu’auparavant. La plupart des jeunes qui, il y a quelques années, rêvaient de s’expatrier aux Etats-Unis ont changé d’avis. L’eldorado de la 3D que représentaient les USA n’est plus», souligne un professionnel. En cause, une spécialisation excessive qui bride la créativité. Beaucoup se retrouvent dans le rôle d’exécutants alors qu’ils rêvaient de faire de la «créa». Brahim Azizi, figure reconnue dans le milieu «underground» avec des milliers de fans qui le suivent sur la plateforme de partage phare, ArtStation, fait partie de ces profils rares, inspirés et fortement plébiscités.  «Au Maroc, nous avons encore une grande marge de manœuvre afin de laisser libre cours à notre créativité», confie à L’Economiste ce jeune tangérois.  

 

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Premières étape du processus de création de «The Guardian of the Golden Kasbah» (Crédit : Brahim Azizi)   

Parmi les films à gros succès du Box office mondial de ces dernières années, beaucoup utilisent énormément de 3D en plus des effets spéciaux. Pour ne citer qu’eux, Star Wars épisode 7, Captain America: Civil War et Avatar portés par des J.J. Abrams, Russo Brothers, James Cameron, ont largement dépassé les 2 milliards de dollars de recettes. Les scènes les plus impressionnantes sont en général celles tournées en fond vert, au chaud, dans un studio. L’artiste 3D est l’un des acteurs clefs de la réussite. C’est à lui d’assurer en postprod afin d’arriver aux résultats imaginés par le réalisateur. Et ce n’est pas une mince affaire. Certains réalisateurs sont très exigeants et ont une idée bien précise du rendu final qu’ils désirent. «Quand on a collaboré avec Solanas, il nous poussait dans nos derniers retranchements. Rien n’était laissé au hasard. C’était artistiquement très stimulant», confie El Fakir.

 

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Rendu final de «The Guardian of the Golden Kasbah» (Crédit : Brahim Azizi)

Après la fermeture de l’antenne casablancaise de l’éditeur de jeux vidéo Ubisoft, la production audiovisuelle, englobant le cinéma en premier, puis la télévision sont devenues les premiers secteurs employant les artistes 3D au Maroc. Mais au-delà des possibilités liées à la production audiovisuelle, il y a de nombreuses autres applications à la 3D. Le graphiste peut être appelé à créer des visualisations réalistes pour des projets architecturaux par exemple. Depuis plusieurs années, les cabinets d’architecture ont compris l’intérêt d’offrir à leur client des visualisations réalistes de leur projet. Et la 3D a ramené cette souplesse de création d’image qui manquait à l’image classique. Dans la même lignée, l’on peut citer le design industriel. La 3D a permis de créer, dans ce secteur, un pont entre la conception et la visualisation.

Il faut rajouter à cela les demandes du corps médical ou de la recherche en général pour la visualisation anatomique du corps humain entre autres. Il restera ensuite l’illustration 3D en général. Ce n’est pas véritablement un secteur en particulier, mais plutôt le fourre-tout de tout ce qu’il est possible de créer en 3D pour illustrer tout support de communication. Il y a quelques années, Mercedes avait fait réaliser son catalogue avec uniquement des modèles en 3D. Question de coûts, car c’était moins cher de faire modéliser les voitures en 3D plutôt qu’une journée de shooting dans un studio avec de vraies voitures. Il n’est pas rare que la majorité des voitures dans les publicités télé soient en 3D aussi.

                                                                     

Enseignement: Là où le bât blesse

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Le premier reportage sur la DreamWorks marocaine a été réalisé par L'Economiste il y'a une dizaine d'années. Il avait révélé les stars montantes de la 3D dans les studios de Sigma Technologie et l'Ecole des beaux-arts de Casablanca (Ph. L'Economiste)

Les élèves sûrs de leur orientation peuvent, dès le lycée, opter pour un bac spécialisé. Des filières Arts appliqués et Arts plastiques sont dispensée au lycée Jaber Ibnou Hayan à Casablanca. C’est le seul établissement d’études secondaires dispensant une telle formation sur Casa-Rabat et ce, depuis près d’un demi-siècle. Cette pépinière de talents a vu défiler sur ses bancs des profils tels que celui de Hassan El Fad, pour ne citer que lui. Les deux filières, encore méconnues il y a quelques années, étaient réservées aux passionnés. Mais depuis 2009, le nombre d’élèves intéressés ne cesse de croître. Au point qu’une seconde classe a été créée. Les élèves suivant cette voie seront dispensés des cours des sciences naturelles et de physique-chimie, par exemple, et suivront à la place des cours d’introduction au design graphique, au design d’environnement et de produit. Tout cela accompagné de cours d’histoire de l’art et d’infographie afin de consolider leur culture générale.

Pour les formations post-bac, il existe une pléthore d’écoles privées, mais la qualité des formations qui y sont dispensées est médiocre pour la plupart. Deux écoles sortent tout de même du lot: l’ESAV (Ecole supérieure des arts visuels) à Marrakech pour son ouverture et son fonds de bourse indépendant destiné à donner leur chance à de jeunes talents issus de familles à faibles revenus. Et Art’com pour son ancienneté et l’expérience de ses professeurs. Certains exercent d’ailleurs au lycée Jaber Ibnou Hayan. Les Beaux-Arts de Casablanca ou Tétouan sont aussi de bonnes alternatives, bien que les formations qui y sont dispensées restent assez généralistes.

L’OFPPT offre, quant à lui, des formations réparties sur 2 filières diplômantes de niveau technicien spécialisé (infographie et production graphique) et 1 filière qualifiante en infographie. Pour les plus chanceux, intégrer une grande école française telle que les Gobelins à Paris, leur assurera un avenir brillant et leur ouvrira des portes. Malgré une offre de formation qui peut sembler fournie de prime abord, la qualité remarquée sur le terrain laisse à désirer. Force est de constater que le système éducatif national n’encourage pas l’originalité dès les premières classes, mais ressemble plutôt à un «moule» à la recherche d’avocats, d’ingénieurs et de médecins en devenir délaissant ses talents créatifs.

La boîte à outils de l’artiste 3D

Le graphiste 3D n’a de limite que son imagination, quand il est bon techniquement. De nombreux logiciels et techniques lui permettent de s’exprimer. Dans la liste, Maya, 3DS Max ou Softimage pour la 3D, couplés à ZBrush ou Mudbox pour les détails et les textures. Et recomposer tout cela dans un logiciel de compositing tel que Nuke, Fusion ou même After Effects. Les possibilités et combinaisons sont infinies. Pour faire tourner tous ces logiciels, il faut les machines qui vont avec. Azizi et El Fakir travaillent sur des ordinateurs sur-vitaminés, équipés d’au moins 128 Gb de RAM et de processeurs Xeon E7. Les mêmes qui sont utilisés par les géants américains pour traiter le big data dans leurs centres de stockage.

Des métiers bien rémunérés

Le salaire d’un débutant varie entre 8.000 et 9.000 DH dans une boîte de production de taille moyenne. Il peut atteindre les 11.000 DH dans les boîtes leaders sur le marché, telles que Sigma Productions. Après quelques années d’expérience les artistes 3D peuvent prétendre à des cachets variant entre 15.000 et 30.000 DH, selon leur talent et la taille des projets sur lesquels ils ont eu à travailler. Les profils qui ce démarquent peuvent espérer dépasser la barre des 45.000 DH. Enfin, ceux qui décident de s’expatrier dans les pays du Golfe débutent avec des salaires avoisinant les 30.000 DH et peuvent allégrement dépasser les 100.000 DH.

 

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