Politique

En dépit du scandale de politique étrangère: Comment Chabat a réussi à rester

Par Jamal Eddine HERRADI | Edition N°:4929 Le 02/01/2017 | Partager
Les «frondeurs», minoritaires dans l’appareil, ont rapidement été écrasés
Chabat ne concède qu’une commission pour négocier avec Benkirane
Néanmoins, le SG donne la gestion à un triumvirat: Bekkali, Elkihel, Mediane
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Hamid Chabat y est allé d’une larme en plein débat, pourtant fort de la maîtrise quasi absolue de l’appareil du parti, il ne risquait pas grand-chose malgré l’ampleur du scandale de politique étrangère causé par ses propos (Ph. Bziouat)

Dur, dur de pousser Hamid Chabat vers la sortie. En vrai maître de l’appareil de son parti, il a mis en minorité ses détracteurs au sein du Comité exécutif et du Conseil national de l’Istiqlal. Il restera secrétaire général du parti au moins jusqu’au congrès prévu en mars prochain.
Tel un joueur d’échec, Hamid Chabat a su comment anticiper sur les attaques de ses adversaires avant de lancer le fameux «échec et mat» annonçant la fin de la partie en sa faveur. Premier coup: il a rallié son principal adversaire à sa cause.
En effet, Abdelouahed El Fassi, chef de file du mouvement «Sans répit», en principe hostile à Chabat, a déclaré qu’il «est avec la légalité», et donc avec Chabat. Beaucoup de courage et d’honnêteté du fils du défunt Allal El Fassi, fondateur du Parti de l’Istiqlal. Abdelouahed El Fassi, dont on dit qu’il représente les «bourgeois» dans le parti, spécialement ceux qui ont un rattachement à Fès, avait perdu face à Chabat lors des élections pour le poste de secrétaire général. Pourtant, il faut savoir qu’Abdelouahed El Fassi a intenté procès sur procès à Hamid Chabat dès le lendemain de l’élection de ce dernier au poste de secrétaire général du parti.
Il a néanmoins refusé de signer la pétition réclamant la destitution de Hamid Chabat, pétition initiée et rendue publique par deux ex-secrétaires généraux (Mhamed Boucetta et Abbas El Fassi) et 36 autres membres du Comité exécutif et du Conseil national du parti. Abdelouahed El Fassi, très respecté au sein de l’Istiqlal du fait de sa filiation, a ainsi réduit à néant les espoirs de ceux qui voulaient la tête de Chabat, notamment Yasmina Baddou, Taoufik Héjira et Karim Ghellab.

Trois nouveaux hommes forts

La tentative de Adil Douiri de sortir de la crise par le haut (voir L’Economiste du vendredi 30 décembre) n’a pas retenu l’attention de l’assemblée où les jeux étaient sans doute faits avant l’ouverture des débats.
Deuxième coup de Chabat dans la partie qui s’est jouée samedi dernier au siège de l’Istiqlal: il annonce qu’il «délègue provisoirement», et jusqu’à la tenue du 17e Congrès en mars prochain, une partie de ses prérogatives de gestion du parti à une commission composée de trois membres du Comité exécutif. Voilà de quoi tempérer, voire geler, les ardeurs d’hostilité manifestées par certains à l’égard du secrétaire général. On l’aura deviné, les trois membres de cette commission (Abdelkader Elkihel, Abdallah Bekkali et Noureddine Mediane) comptent parmi les militants les plus proches et les plus zélés de Chabat.

Istiqlal: Règlements de comptes?

En faisant deux concessions (cf. ci-dessus), Chabat a, certes, reculé. Mais que l’on ne s’y trompe pas. Il s’offre une trêve, un «repos du guerrier» en quelque sorte après ses dernières déclarations sur la Mauritanie et qui auraient dû le propulser en dehors de son parti. D’ailleurs, l’Istiqlal a présenté ses excuses au voisin du sud et veut considérer que «cet accident de parcours» est maintenant dépassé.
 Il est certain que Chabat a fait quelques pas en arrière, mais c’est pour réunir autour de lui, une petite équipe de fidèles prête à tout pour lui. Il espère donc reprendre son élan et faire le ménage autour de lui pour… mieux attaquer. N’a-t-il pas affirmé, dans son discours à l’ouverture des travaux du Conseil national, qu’il «allait se consacrer à la restructuration du parti»?
Et enfin, vient «l’échec et mat». Hamid Chabat donne l’estocade à ses détracteurs de l’intérieur, et aussi de l’extérieur, de la formation politique. Il a gagné la partie. Il est acclamé et porté en triomphe par les militants qui scandent son nom. Il peut maintenant prendre ses aises dans son fauteuil de secrétaire général de l’Istiqlal. Du moins jusqu’à mars prochain.

Jamal Eddine HERRADI

 

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