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Culture

JonOne: «Il n’y a qu’avec la persévérance que l’on arrive au but»

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:4929 Le 02/01/2017 | Partager
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Pour l’événement XXL #1 au Jardin Rouge, JonOne a peint sa toile «Kyoto Abstraction» de 4 mètres sur 4 mètres 50, inspirée d’un jardin japonais à Kyoto (Ph. Montresso)

Une légende du graffiti. Depuis plus de 30 ans, il questionne la même problématique de l’environnement urbain, de l’éclatement des normes, du non-conformisme. Né dans le ghetto new-yorkais d’Harlem en 1963, et co-fondateur de l’illustre collectif international 156 All Starz, cet Américain à Paris fait partie des 4 artistes réunis pour l’exposition événement XXL #1 au Jardin Rouge de Marrakech. Une œuvre immense pour un artiste majeur. Place de choix pour sa toile «Kyoto Abstraction» offerte dans l’espace d’art contemporain Montresso. Au Maroc, il travaille et retravaille son alphabet, en explorant de manière obsessionnelle le recours à la répétition, la tâche, le tag, la matière. Tête à tête avec le plus important expressionniste abstrait en activité, issu du monde du graffiti.

- L’Economiste: Comment avez-vous commencé la peinture?
- JonOne:
Le problème de chaque artiste est de savoir comment percer, comment se faire connaître. La reconnaissance, je ne la cherchais pas. C’est arrivé simplement. Quand j’ai commencé à peindre sur les murs à New York, je n’étais pas doué. J’avais 17 ans. Il y avait déjà tellement d’artistes talentueux en émergence. Même si je ne me trouvais pas de talent, j’ai continué jusqu’à voir une petite lumière qui sort de je ne sais où. Tout ce temps d’apprentissage, je peignais pour moi-même et non pour être exposé. Par passion. Juste pour voir mes tags un peu partout dans les rues. Comme un chien qui marque son territoire. Avec le temps, l’entourage a vu ma progression. Il n’y a qu’avec la persévérance que l’on arrive au but. Les échanges avec les autres artistes ont alors été possibles. Le milieu des graffeurs était très peu accessible dans ces années 80. Un peu comme une mafia ou l’assemblée nationale, avec ses codes et sa hiérarchie. Les quartiers s’affrontaient, parfois avec violence.

- Comment vous êtes-vous imposé alors?
- Ils ont vu en moi un style particulier, qui sortait du contexte «graffeur» comme on le connaissait. Je me suis tout de suite attaqué à l’abstraction, sans l’aérosol mais avec des pinceaux. Et petit à petit, mon travail a fini par être accepté dans sa différence justement. Je vois la vie de manière abstraite. C’était tellement comme irréel ce qui se passait autour de moi à cette époque… Je pouvais sortir un soir dans une fête branchée et le lendemain assister à un meurtre gratuit en bas de chez moi.

- Après votre vie à New York, vous êtes venu vivre à Paris au tout début de la culture hip-hop. Qu’avez-vous ressenti?
- Je ne connaissais rien de la ville, à part ce que l’on en disait à la télévision américaine. En fait, ce sont des Français qui sont venus me chercher à New York, et plus particulièrement l’artiste graffiti Bando. Il connaissait mon travail. Pour moi, j’avais déjà l’esprit européen. Toute mon éducation américaine ne me correspondait pas. Alors quand je suis arrivé en France, cela a été une évidence. J’y ai trouvé ma place. Nous étions au tout début du hip-hop français et je trouvais ça «mignon». Le système était plus détendu, les gens sympathiques, créatifs et expressifs.  

- Ce qui arrive en politique aujourd’hui aux Etats-Unis vous touche?
- Oui et non. Les gens sont stupides. Ils ont voulu Trump président, ils assument. J’ai juste envie de leur dire: «amusez-vous maintenant!». En tout cas, je me dis surtout que j’ai très bien fait de quitter le pays en 1987. Rien n’a changé en bien depuis. J’avais raison! Alors même si cela a été difficile pour moi de partir, car j’étais complètement fauché, je n’ai jamais pensé faire machine arrière. Il faut s’intégrer en France pour y être heureux. Sinon on ne fait que se plaindre. J’étais une sorte d’exception car, en général, un Américain qui s’installe à l’étranger amène sa culture avec lui.

- Et cette aventure à Marrakech aujourd’hui, elle vous inspire?
- Marrakech est un pôle magnétique. J’y suis venu déjà plusieurs fois. Mais je ne connaissais pas Jardin Rouge avant. C’est un lieu magique, extraterrestre même. Pour l’espace Montresso, j’ai peint ma toile à Paris aux dimensions immenses, de 4 mètres sur 4 mètres 50. Il aura fallu deux semaines de réflexion pour deux semaines de réalisation. Pour les couleurs, je me suis beaucoup inspiré de mon dernier voyage au Japon, surtout d’un jardin à Kyoto où la nature et l’abstraction sont en parfaite harmonie.
Propos recueillis par
 Stéphanie JACOB

 

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