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Analyse

Industries culturelles et créatives: Ventes aux enchères, à la fois casse-tête et bon créneau

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:4926 Le 28/12/2016 | Partager
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Directeur associé chez Artcurial, Olivier Berman s’est spécialisé dans les tableaux des Écoles étrangères du 19e siècle et du début du 20e siècle, participant à la redécouverte des artistes et des mouvements jusqu’alors peu exposés comme l’orientalisme et le symbolisme (Ph. Artcurial)

Après Majorelle et ses contemporains en 2011, Moroccan Spirit en 2014 et la vente de la collection Pierre Bergé/Yves Saint Laurent l'an dernier, la vacation Paris-Marrakech, réalisée à Paris en duplex avec Marrakech le 29 décembre prochain, précédée d’une exposition des œuvres au Palace Es Saadi durant 3 jours, est le 4e événement en relation avec le Maroc organisé par Artcurial. La maison de vente parisienne estime que le Royaume est le pays le plus développé au plan culturel au Maghreb et en Afrique, et le seul où il existe un réel marché de l'art avec des maisons de vente, des galeries, un musée... Entretien avec Olivier Berman, directeur du département Orientalisme de la très prolifique maison de vente aux enchères installée sur les Champs-Elysées à Paris.

- L’Economiste: Vous êtes un fin connaisseur du marché de l’art au Maroc. Comment se porte-t-il?
- Olivier Berman:
Le Maroc a toutes les capacités pour devenir un hub en Afrique sur ce créneau. Pourvu qu’il s’organise. Les cotes y sont faites à 80% par les maisons de vente marocaines, alors qu’une cote d’artiste, pour qu’elle soit valable, doit être internationale. C’est ce qui paralyse encore le marché marocain. Il y a une dizaine d’artistes formidables dans le Royaume, mais on ne les voit pas à l’extérieur. Un Cherkaoui à New-York par exemple n’aurait pas le succès qu’il a intra-muros, par manque de connaissance et d’exposition à l’étranger. Idem pour les maisons de vente marocaines, qui font le job mais ne voient pas d’un bon oeil l’arrivée des maisons étrangères. Dommage car, comme pour les galeries, il leur manque à elles aussi cette dimension internationale, pourtant nécessaire.
Pour autant, après la flambée des prix partout dans le monde sur l’orientalisme entre 2003 et 2009, le marché marocain est sain aujourd’hui, les cotes sont redevenues stables et réalistes. Cela n’a pas empêché «La Kasbah rouge» de Jacques Majorelle de se vendre à 1,3 million d’euros en 2011. Un record du monde pour l’artiste. Mais un chef-d’oeuvre reste un chef-d’oeuvre, une exception qui n’a pas de prix.

- Et qu’en est-il de la législation?
- Il y a 1 ou 2 lois intéressantes comme celle sur l’importation d’oeuvres d’art, mais si la loi existe, personne ne sait comment l’appliquer. C’est un peu le serpent qui se mord la queue. Pour être clair, en France, une huile sur toile supérieure à 150.000 euros doit avoir un passeport de libre circulation. Cette loi existe au Maroc, mais sans valeur mentionnée et sans savoir qui fait partie de la commission, qui décide. Ce n’est pas transparent.
Les ventes aux enchères d’oeuvres d’art ne sont pas légiférées et il y a aussi le contrôle des changes et les lourdeurs administratives, tout ceci immobilise le marché. Puisque nous payons nos clients 35 jours après le coup de marteau, nous sommes obligés de réaliser nos ventes en duplex, sinon ce serait infaisable. Mais dès que la législation sera plus souple, Artcurial s’installe au Maroc immédiatement.

- Un portrait des collectionneurs marocains...
- Nous voyons des trentenaires commencer des collections. C’est tout nouveau et très prometteur. Au Maroc, il y a un noyau important de collectionneurs très érudits. Ceux qui en France connaissent très bien la peinture ne peuvent souvent pas investir, par contre les Marocains sont à la fois connaisseurs et capables de payer le prix.

- Que va présenter la vacation Paris-Marrakech le 29 décembre prochain?
- Cette vacation présentera 80 œuvres réparties entre la peinture orientaliste avec le 3e volet thématique des ventes «Majorelle et ses contemporains», et un chapitre consacré à l’art moderne et contemporain international, avec l’ambition de réunir œuvres occidentales et moyen-orientales de qualité muséale. Ainsi, un tableau historique de l’artiste pop art marocain Mohamed Melehi datant de 1971, estimé entre 40.000 et 50.000 euros, ou un rarissime bronze de Mahmoud Mokhtar, le père de la sculpture moderne égyptienne, estimé entre 200.000 et 300.000 euros, vont côtoyer des œuvres de Bernard Buffet, Raoul Dufy, Arman ou César. Il y aura également un chapitre consacré aux livres illustrés parce que nous avons constaté que le livre tient une place particulièrement importante dans le monde arabe connu pour avoir une culture du livre précieux.
Propos recueillis par
Stéphanie JACOB

 

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