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Analyse

Industries culturelles et créatives: Comment sortir l’art du tiroir folklorique

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:4926 Le 28/12/2016 | Partager
Le potentiel du secteur, un puissant générateur de richesses et d’emplois
Mais il reste encore trop peu soutenu au Maroc
Il faut des politiques publiques fortes, abordant les nouveaux défis du numérique
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Le tableau historique de l’artiste pop art marocain Mohamed Melehi datant de 1971 fait partie des oeuvres proposées aux enchères. La toile est estimée entre 40.000 et 50.000 euros (Ph. Artcurial)

La culture est un moyen moderne de développement. Mais pour beaucoup encore, elle n’est pas une priorité pour le Maroc, face aux progrès qu’il reste encore à faire dans les secteurs de la santé, de l’éducation ou du désenclavement des régions. Alors devons-nous attendre que le pays résolve ses lacunes ou accompagner le développement social et économique par plus d’ouverture culturelle? Il s’agirait déjà de sortir l’art marocain du tiroir «folklorique». Entre une volonté royale bien affirmée, un musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain qui n’a rien à envier aux établissements du genre ailleurs dans le monde, et la multiplication d’événements et de lieux culturels partout dans le pays, nul doute que le processus est en marche. Même si 70 communes urbaines sur les 221 que compte le pays ne disposent encore d’aucun lieu culturel. Nous voyons également les productions cinématographiques, musicales et littéraires de qualité se multiplier. Ce secteur qui était dans l’inconscient collectif uniquement réservé à l’élite se démocratise aujourd’hui. L’industrie culturelle et créative (ICC) nationale s’inscrivant ainsi comme un véritable secteur économique,

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Autre pièce phare de la collection présentée lors de la vacation Paris-Marrakech, ce rarissime bronze de Mahmoud Mokhtar, le père de la sculpture moderne égyptienne, estimé entre 200.000 et 300.000 euros (Ph. Artcurial)

générateur de richesses. Notons que dans le monde, les ICC génèrent 2.250 milliards de dollars de revenus par an, et environ 30 millions d’emplois, et connaissent la croissance la plus rapide au monde. Outre leurs bienfaits économiques, la culture et la création créent une valeur non-monétaire qui contribue à un développement durable, inclusif, centré sur les personnes. De véritables véhicules d’identité culturelle participant à la stimulation de la diversité culturelle. Mais pour tant de bienfaits, il

faut des politiques publiques fortes, abordant les nouveaux défis posés par le numérique et valorisant les compétences et les ressources. Faire que les créateurs puissent se consacrer à l’acte de création. La première étape serait d’établir une évaluation pertinente de la dimension économique de l’activité de ces industries. D’autant qu’il y a une vraie possibilité pour le Maroc d’être le hub de l’Afrique sur ce créneau, et l’impact sur toutes ses économies de service, telles que le tourisme, est loin d’être négligeable. Le défi est de structurer et de formaliser davantage les ICC pour accroître la visibilité internationale et l’exportation des contenus culturels marocains.

A peine 0,25% du budget de l’Etat

La route est-elle encore longue? En tout cas le budget alloué ne pourra pas faire de miracles. L’enveloppe du ministère de la Culture est passée de 593 millions de dirhams en 2012 à 711 millions de dirhams en 2016, soit 0,25% du budget de l’Etat. Et qu’en est-il de la législation? Elle aussi mériterait d’être étoffée et surtout appliquée. L’article 25 de la Constitution 2011 énonce l’engagement des pouvoirs publics à apporter, «par les moyens appropriés, leur appui au développement de la création culturelle et artistique». L’Etat est également engagé dans une promotion de la pluralité, le Maroc ayant ratifié en 2013 la convention de 2005 de l’Unesco sur la question de la diversité culturelle. S’en est suivie la création d’une unité dédiée à la diversité culturelle et linguistique au sein de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA).
Le Royaume suit ses stratégies Maroc Culturel 2020 et Patrimoine 2020 visant plus de soutien financier aux productions et associations culturelles, la proximité territoriale, la conservation du patrimoine culturel et artistique, le développement de la bonne gouvernance, et plus d’infrastructures culturelles pour les collectivités locales.

Photographie des pratiques culturelles au Maroc

L’association Racines pour la culture, le développement, la promotion des industries culturelles et créatives et la coopération en Afrique, est née de la volonté d’acteurs culturels marocains, convaincus que la problématique de la culture est commune aux pays africains. Cette année, ils ont réalisé une étude de terrain sur les pratiques culturelles chez les Marocains. Les chiffres et statistiques sur le sujet étant rares. Quelques résultats parlants de l’enquête sur un échantillon d’hommes et de femmes des 12 régions.
• Si 31,5% ne pratiquent aucune activité artistique, 13,4% chantent et 9,8% écrivent des poèmes, des nouvelles ou des romans.
• 48,2% ne lisent pas les journaux, contre 15% qui les lisent de façon quotidienne.
• 64,3% n’ont acheté aucun livre au cours des 12 derniers mois qui ont précédé l’enquête.
• 51,4% écoutent de la musique de façon quotidienne.
• 79,5%  ne sont pas allés au cinéma au cours des 12 derniers mois.
• 80% ne se sont jamais rendus à un spectacle de danse, 58,2% n’ont jamais vu un concert de musique, 54,9% n’ont jamais assisté à un spectacle de rue, 73,7% ne vont jamais au théâtre, 98,9% ne connaissent pas l’opéra et 65,9% disent n’avoir jamais assisté à une activité culturelle.

L’épine dans le pied des pays émergents

Impossible de ne pas aborder un problème généralisé au sein des pays émergents: le piratage, dont le chiffre d’affaires «informel» des ICC aurait représenté, pour l’année 2013, 33 milliards de dollars et 1,2 million d’emplois. En cause, les faibles niveaux de revenus face aux prix élevés des biens culturels et la montée des technologies numériques bon marché. Tout y passe. Films et jeux vidéos, livres, DVD, spectacles et bien sûr les chaînes de télévision à péage. Autant de revenus qui échappent aux auteurs, et donc à la création.

 

 

 

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