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Evénement

COP22: Les grands acquis de Marrakech

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:4925 Le 27/12/2016 | Partager
Engagements financiers concrets pour les projets d’adaptation
Les défis réussis de mettre l’Afrique au centre des négociations
L’organisation de cette édition, plus chère que les précédentes
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Pour Abdeladim Lhafi, commissaire général de la COP22, «les structures de Bab Ighli ont été conçues pour abriter l’évènement du 07 au 18 novembre, sans avoir de vocation à durer au-delà. La  COP22 devait les restituer à ses propriétaires dans l’état où elle les a reçues». (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: Quel bilan avez-vous tiré de l’organisation de la COP22?
- Abdelâdim Lhafi:
De l’avis général, elle a été un succès sur tous les plans, surtout que cet événement universel est de dimension exceptionnelle en termes de défis à relever, de qualité des participants et de niveau d’affluence. Cette première rencontre devait être la COP de l’action et de la concrétisation des accords de Paris. Elle a été une COP de nouvelle génération, une COP de l’action, qui a assuré une articulation forte entre la mise en œuvre de l’Accord de Paris à travers les négociations et l’action via les initiatives et les coalitions des acteurs non étatiques. Le regroupement des thématiques et des enjeux par journée a permis de faire avancer les débats et faire aboutir les décisions majeures, sur les grands défis liés au changement climatique.
Elle a été aussi une COP, où l’inclusion des acteurs de la société civile a été sans précédent. Près de 700 événements ont été organisés. De nombreux acteurs ont été les moteurs des débats comme les jeunes, les peuples autochtones, les syndicats, les universitaires, les élus locaux...  Nous avons également assisté à une grande mobilisation du monde de l’entreprise. 43 patronats internationaux, en particulier ceux du Sud,  se sont engagés pour lutter contre les effets du changement climatique.

- Quelle a été la place de l’Afrique?
- L’organisation du 1er Sommet africain a été un couronnement exceptionnel de la COP22, où 50 pays africains ont été représentés, avec une trentaine de chefs d’Etat. Ce qui montre que l’Afrique a été au cœur de la COP22, avec ses spécificités, et particulièrement dans le domaine de l’adaptation, de la gestion des risques et du financement. Sa Majesté a tenu non seulement à réunir les chefs d’Etat africains, mais également leurs partenaires notamment financiers, pour mobiliser les fonds nécessaires pour le soutien des projets majeurs. Les initiatives annoncées à l’issue de ce Sommet donnent une véritable feuille de route pour l’Afrique: le Triple A (Adaptation de l’Agriculture en Afrique), Triple S (Soutenabilité, Sécurité et Stabilité en Afrique), l’initiative en faveur des «Forêts dans la région Méditerranée et au Sahel», le Fond Bleu (Bassin du Congo), la Ceinture Bleue (littoral), en plus des initiatives concernant la Muraille verte et le lac Tchad.

- La COP22 a coûté très cher. D’habitude, ce genre de manifestation ne mobilise pas autant de moyens. Qu’en pensez-vous?
- De manière classique, les conférences des Parties se tiennent dans un format standard où le Secrétariat exécutif de la Convention des Nations unies contre les changements climatiques notifie aux «parties» le lieu et la date de la tenue de la Conférence.
Cette notification est faite aux points focaux de toutes les parties à la convention, à charge pour elles de décider du format de la délégation et du niveau de la représentation pour participer à cette conférence.
- Qu’est-ce qui a changé pour cette édition?
- Quand les enjeux revêtent une importance particulière, le pays organisateur, en plus de la notification, peut décider d’inviter les chefs d’Etat et de gouvernement à y prendre part, comme cela a été le cas à Copenhague en 2009 ou à Paris en 2015, où il s’agissait du rendez-vous de la dernière chance pour «arracher» un accord. Compte-tenu des enjeux de la COP22, le Maroc a voulu en faire une COP de l’action, à deux niveaux. Celui du maintien de l’esprit de l’engagement universel de Paris, pour répondre à l’impératif d’agir au rythme de l’urgence qu’impose la situation et à l’intensité de l’action que requiert la dimension des défis. Et à ce titre, les chefs d’Etat et de Gouvernement ont été invités à prendre part au segment de haut niveau tenu le 15 novembre 2016. Ensuite, la COP22 se tenant au Maroc, la dimension adaptation, particulièrement en direction des pays du Sud, des Etats insulaires et des pays les moins avancés, exigeait une participation de haut niveau, pour l’adaptation et pour l’action. Et à ce titre, les Chefs d’Etat africains et leurs partenaires ont été invités à y prendre part.

- Concrètement, qu’est-ce qui explique l’augmentation du budget d’organisation?
- Si le premier niveau est de caractère standard et traditionnel, avec un coût se résumant à la construction du site, à la mise en place des équipements et à assurer l’organisation de l’évènement... En revanche la deuxième et troisième dimension relèvent du choix du Maroc. Il s’agissait de réunir toutes les conditions de réussite de la COP22, et de refléter ses choix géostratégiques et consolider les options politiques pour faire de l’Afrique un continent résilient et à croissance durable.  A ce titre, la COP22 de Marrakech aura été non seulement un rendez-vous universel pour la lutte contre les changements climatiques, mais  aussi bien au-delà en s’inscrivant dans la vision 2030 de la stratégie des Nations unies. A la clé, les 17 objectifs du développement durable et les 169 cibles définies, dans une démarche globale intégrant le développement  dans ses dimensions de lutte contre l’exclusion et contre la pauvreté.

- Au fait, que sont devenus le site et les installations de Bab Ighli?
- Dès le départ du projet, la démarche adoptée par le Maroc était conçue autour de l’éphémère. En clair, les structures ont été conçues pour abriter l’évènement du 7 au 18 novembre, sans avoir de vocation à durer au-delà. Les structures ont été érigées sur un terrain, appartenant au privé, et utilisé par la COP22 sous le régime de l’occupation temporaire. La  COP22 devait le restituer à ses propriétaires dans l’état où elle l’a reçu. Les plantations arborées et arbustives seront replantées dans d’autres endroits tel que cela a été prévu dans le projet originel. La mobilisation de ce terrain pour d’autres usages n’est pas dans les missions de la COP22.

- A ce jour, quels sont les engagements des Etats dans le financement de la lutte contre le réchauffement climatique?
- Au niveau des négociations, des progrès ont été réalisés dans la perspective d’atteindre les 100 milliards de dollars par an d’ici 2020. Cet objectif est devenu à portée de main. Le financement climatique public atteindra 67 milliards de dollars en 2020. Les pays développés estiment mobiliser un financement global, public et privé, entre 77 milliards  et 133 milliards de dollars d’ici 2020. Pour les flux financiers, il est certain que les financements pour les projets éligibles ne devraient pas poser problème, pour peu que les investisseurs aient une visibilité notamment à travers les signaux des pouvoirs publics, pour des modèles de développement sobres en carbone, dans une vision de long terme. Les concertations actuelles et les signaux donnés par la communauté internationale sont déterminants.

- Cela est-il suffisant?
- D’autres signaux sont nécessaires, notamment les décisions et la visibilité en matière des prix de carbone, dans un élan concerté et cohérent. Tout en saluant ces progrès, les négociateurs appellent par ailleurs les pays développés à canaliser une part importante des finances publiques à l’adaptation pour parvenir à une répartition plus équilibrée.

Feuille de route pour 2017

Si l’Accord de Paris appelle à un financement équilibré entre l’atténuation et l’adaptation, l’évaluation des finances climatiques sur les 2 dernières années a montré que l’atténuation représentait plus de 70 % des finances publiques destinées aux pays en développement. Sur ce registre, des efforts restent à faire. Le Maroc envisage d’intensifier son plaidoyer auprès des pays développés pour la mobilisation de fonds destinés à l’action climatique et parvenir, d’ici 2020, à l’objectif de 100 milliards de dollars provenant d’une grande variété de sources, publiques et privées, bilatérales et multilatérales. L’adoption d’une feuille de route de la présidence marocaine, pour l’année 2017, sera axée sur trois principaux objectifs.  Il s’agit de développer des politiques fiscales et budgétaires pour la lutte contre le changement climatique et d’améliorer les conditions pour la participation du financement privé. Dernier objectif, l’accroissement de l’enveloppe pour l’adaptation et des projets solides assortis de métriques d’impact clair.

Propos recueillis par
Mohamed CHAOUI

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