Economie

Pluviométrie-croissance: Dur, le rapport de causalité

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:4923 Le 23/12/2016 | Partager
Au moindre déficit hydrique, la croissance du PIB plonge
En cause, la céréaliculture qui pèse pour moins de 20% de la valeur ajoutée agricole
Pourtant le PIBA a explosé de 57% sur les 7 dernières années
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Bon an mal an, la croissance dépend fortement de l’aléa climatique. Dès que le ciel s’avère généreux, le pays enregistre une bonne moisson, laquelle stimule la croissance. A contrario, un déficit hydrique se traduit par une baisse de la production céréalière et partant, un recul du taux de croissance  

Au Maroc, la croissance économique évolue au gré de la pluviométrie. Celle-ci se caractérise par d’importantes fluctuations qui peuvent baisser de moitié d’une campagne céréalière à l’autre. Le record exceptionnel de 2014-2015 (115 millions de quintaux) avait bénéficié d’une pluviométrie à la fois précoce et abondante. Résultat, la croissance économique s’était établie à 4,4% du PIB. A l’opposé, la dernière saison qui a été déficitaire de plus de 51% en pluies n’a généré que 33,5 millions de quintaux. Du coup, la croissance a dégringolé à 1,2%. (Prévision BAM).
Pourtant, la céréaliculture représente moins de 20% de la valeur ajoutée agricole. Néanmoins, elle exerce une forte sensibilité, économique, sociale et même politique du fait de l’importance de la superficie et de la population qu’elle occupe. Ceci, sans oublier l’impact sur les autres activités qui lui sont directement ou indirectement liées: minoterie, boulangerie, distribution, emballage et conditionnement.    
Les productions végétales représentent la part la plus importante de la production agricole. Elles génèrent 70% de la valeur ajoutée. Les céréales occupent plus de 50% de la surface agricole utile (SAU) hors parcours. Elles sont suivies par l’arboriculture fruitière (oliviers, agrumes, rosacées, palmiers dattiers, amandiers…). Avec l’arganier, cette arboriculture accapare 30% des superficies. Alors que les cultures maraîchères, industrielles, les légumineuses et l’arganier se partagent le reste. Les agrumes et primeurs constituent le fer de lance des exportations aussi bien à l’état frais que transformés.
Le secteur de l'élevage constitue une composante importante de l'économie agricole du Maroc. Il participe à hauteur de 30% environ à la valeur ajoutée agricole et emploie 20% de la population rurale active. Il permet de mettre en partie en valeur les parcours peu productifs. Il approvisionne en matières premières certains secteurs agro-industriels (lait, viande, peau, laine). De plus, il constitue une source de liquidités permanente facilement mobilisable par la plupart des agriculteurs (surtout lait et petits ruminants). C’est la banque des agriculteurs. Il représente aussi une force de travail relativement bon marché: la traction animale est encore très utilisée, surtout chez les petits agriculteurs.
Mais les performances du cheptel et celles de la céréaliculture dépendent fortement des conditions climatiques de l’année. Ainsi, le nombre de bovins varie entre 2,4 et 3,7 millions de têtes. Pour les ovins, les effectifs varient entre 13 et 17 millions de têtes.
Lancé en 2008, le plan Maroc Vert (PMV) vise à faire de l’agriculture le premier moteur de croissance de l’économie marocaine à l’horizon 2020, via  une production agricole additionnelle estimée à 90 milliards de DH. Avec à la clé le déploiement de 1.000 à 1.500 projets d'investissement et la création de 1,5 million d’emplois.
Depuis le lancement de la stratégie agricole, le budget du ministère de l’Agriculture et la Pêche maritime s’est inscrit en forte hausse pour frôler les 9 milliards de DH en 2015, soit 4,1% du budget de l’Etat.
Et entre 2008 et 2015, le montant de l’investissement a été multiplié par plus de 4 fois pour s’établir à 87 milliards de DH dont 56 milliards supportés par l’Etat. Le privé ayant injecté 31 milliards de DH sur la période. Mais la tutelle se veut confiante, «puisque un dirham investi par le secteur public génère 2,7 DH par le privé».
Sur huit ans, le PIB agricole a explosé de 57%, soit une croissance annuelle de 7,7% contre une évolution négative de -0,4% entre 2003 et 2008.
L’approche adoptée par le PMV tient à l’agrégation qui consiste en la mutualisation des moyens sous l’impulsion d’opérateurs de grande taille. Ces derniers organisent l’agrégation de petits agriculteurs en amont: encadrement, formation, accès aux financements, aux nouvelles technologies et aux marchés, et en contrepartie sécurisation de l’approvisionnement des unités agro-industrielles en produits agricoles (quantité et qualité).
Excepté Cosumar pour les plantes sucrières, Copag pour la filière laitière ainsi que deux cas d’entreprises (Avril-Lesieur et Danone-Centrale laitière), le concept a du mal à accrocher. Dans la céréaliculture, le seul projet déployé dans la région de Casablanca-Settat a vite capoté.
A l’opposé, l’agrégation réalisée via de petites coopératives se développe de manière significative: plus de 420 projets, touchant 530.000 exploitants agricoles, ont bénéficié de fonds publics pour l’installation et l’équipement de ces coopératives.
Le plan Maroc Vert a également permis la mise en culture de 400.000 hectares des terres supplémentaires notamment en arboriculture fruitière et céréales, soit une augmentation de 5% de la surface agricole hors parcours. Les secteurs des fruits, des agrumes, des céréales, du maraîchage, de l'olivier ont tous connu des progressions remarquables en termes de volumes, de la qualité et de valeurs ajoutées dégagées.
Dans le même temps, le travail en direction du développement rural, des produits de terroir et des indications géographiques protégées ont constitué un facteur de développement de l’arrière-pays.

173 kg de céréales par habitant

Le Marocain est le premier consommateur mondial des céréales. En moyenne, il consomme près de 173 kg/an contre 152/kg/hab/an comme moyenne mondiale. Le blé tendre représente, à lui seul, 64% de la consommation totale et la part de blé dur avoisine 29%. La consommation humaine de l'orge devenue de plus en plus marginale et en particulier en milieu urbain. Elle est estimée à 11 kg/hab/an.

68,8 millions de quintaux importés 

Les importations de céréales évoluent selon l’importance de la production locale et la qualité de la demande intérieure.  Durant la période 2000-2007 les volumes moyens à l’import se situaient aux alentours de 34 millions de quintaux répartis entre 22,4 millions de blé tendre, 6,4 millions de blé dur et  5,2 millions de quintaux d’orge. A partir de 2008, une  augmentation a été observée pour atteindre 43 millions de quintaux. La hausse est tirée essentiellement par l’import du blé tendre (30 millions de quintaux) qui est utilisé à raison de 50% dans les écrasements des minotiers. Mais cette année, tous les records ont été dépassés. Retard de pluie oblige, le volume importé s’est établi à 68,8 millions de quintaux. L’essentiel est constitué d’orge pour faire face au plan de sauvetage de l’élevage.

                                                                               

La difficile réforme

Sur la période 2009-2015, la céréaliculture a occupé une superficie moyenne de 5 millions d’hectares, assuré en moyenne une production de 79 millions de quintaux et a contribué entre 10 et 20% au PIBA. Ces données relevées par le ministère de l’Agriculture dévoilent les difficultés rencontrées en ce qui concerne la réforme de la filière.
Le  plan Maroc Vert (PMV) prévoyait de sécuriser une production céréalière de 70 millions de quintaux à travers une superficie réduite à 4,2 millions d’hectares, assortie de l’émergence d’un pôle productiviste en irrigué.
«Ces objectifs viennent d’être revus à la hausse», révèle une récente étude du ministère de l’Agriculture. En particulier pour ce qui est des superficies, fixées désormais à 5,1 millions d’hectares. Alors que  la production à sécuriser passe  à 88 millions de quintaux à l’horizon 2020.
Sur quinze années, la superficie moyenne réservée aux trois céréales principales (blé dur, blé tendre, orge) a varié entre  4,5 et 5,3 millions d’hectares. Par espèces, l’occupation des sols a augmenté de 220.000 ha en faveur du blé tendre entre la période 2000-2007 et 2008-2015. C’est probablement l’effet de la garantie du prix de vente. Alors que les superficies dédiées au  blé dur et à l’orge ont respectivement reculé de 189.000 et 66.000 ha. En revanche, le mode de conduite de ces cultures n’a pas connu de changement majeur. Les céréales sont toujours cultivées dans les zones bour à hauteur de 90%. Avec une légère tendance à la baisse de l’irrigué. Sur les 7 dernières années, une réduction de 53.000 ha ayant été constatée.
Sur la même période, les rendements des céréales ont augmenté d’une manière significative. Celui du blé dur est passé de 13 quintaux/ha (moyenne 2000-2007) à 17,7 (moyenne 2008-2015), alors que le blé tendre a gagné presque 5 quintaux à l’hectare et l’orge 4,2 quintaux. Ces performances s’expliquent par «l’utilisation rationnelle des intrants, notamment les semences sélectionnées, les engrais et la mécanisation des travaux», note l’étude du ministère.
Le reste provient des importations. Depuis les années 2000, la structure de l’origine des blés écrasés n’a pratiquement pas changé: moitié import, moitié production locale.

 

 

 

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