Régions

Fès «fief des djihadistes»?

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:4921 Le 21/12/2016 | Partager
Un rapport du Combating Terrorism Center le confirme
Chômage, insécurité, extrémisme…une bombe à retardement

Arrestations en série, suicides, crimes et extrémisme… Les informations qui remontent de Fès sont particulièrement alarmantes. Communiquées par la DGSN, le BCIJ, et le ministère de l’Intérieur, via l’agence officielle MAP, ces données montrent que la ville sombre dans la déchéance. En raison, un chômage galopant et un marasme économique et social battant son plein.
En effet, rien qu’en matière de sécurité, depuis la nomination d’Abdelillah Saïd à la tête de la préfecture de police, ses services font quotidiennement état de plusieurs dizaines d’arrestations. Certes, ces arrestations ne se traduisent pas automatiquement par des poursuites judiciaires pour des crimes et délits; car nombre d’individus arrêtés le sont pour vérification d’identité. Mais, les communications ne le précisent pas à tous les coups. Ainsi, le simple citoyen reste perplexe. Il en est de même pour les touristes étrangers qui «s’inquiètent», comme nous l’a confié un diplomate. A n’en point douter, l’image de Fès s’est noircie. Alors que les autres villes se démarquent par des projets d’investissements, la capitale spirituelle incarne, elle, l’image d’une ville de criminels et de voyous. En témoigne un récent communiqué de la préfecture qui fait état de l’interpellation de quelque 24 individus, en une seule journée (lundi 5 décembre) par les éléments de la police relevant de l’arrondissement de Ben Souda, pour leur implication présumée dans divers actes criminels. Les différentes interventions sécuritaires opérées durant la même journée ont abouti à l'arrestation de 11 personnes faisant l'objet d'avis de recherches pour leur implication dans des affaires criminelles dont des vols, trafic de drogue et usage de stupéfiants. Par ailleurs, les cellules terroristes démantelées, par le BCIJ, comptent des membres originaires de Fès. Pour rappel, depuis 2003, cette ville «émerge» à chaque arrestation ou démantèlement de cellule terroriste. Entourée de quartiers pauvres, de poches de bidonvilles et de localités rurales où le taux de chômage frôle les 50%, Fès est un terrain idoine pour ce type de «chasseurs de têtes». Ce n’est pas fortuit si la ville est assez souvent qualifiée de «bombe à retardement». Et cerise sur le gâteau, le dernier rapport (décembre 2016) du Centre de lutte contre le terrorisme (CTC, Combating Terrorism Center), relevant de l’Académie militaire des Etats-Unis; lequel a révélé que le Maroc a fourni 36 combattants issus de quatre villes pendant l'ère d’Al-Qaïda en Irak. Toutefois, il aurait «apporté 254 combattants de 63 villes différentes à l'Etat islamique». D’après ledit rapport, seulement 4,5% (11 individus) des combattants  de Daesh proviennent de la capitale économique, alors que Fès a fourni à l’organisation terroriste 15% de son effectif (soit 37 combattants).  La région de Tanger-Tétouan arrive deuxième avec 32 combattants de Tétouan et 23 de Tanger chez Daesh. «Le cerveau des attaques de Casablanca de 2003 était de Fès et la situation économique de la ville s'est seulement détériorée», rappelle le rapport du CTC.

Conflits d’intérêts

De l’avis des sociologues, le discours politique a prévalu depuis fort longtemps dans la cité Idrisside. Il a même déclassé le véritable débat qui doit se traduire par des actions correctives en mesure d’apporter des solutions à une ville qui donne l’impression d’un havre de paix, mais au fond meurtrie et sous le joug des clivages, des dissensions et des conflits d’intérêts. Aujourd’hui, seuls l’appui aux projets d’investissement «chocs et structurants», à l’instar de Tanger, Casablanca, Kénitra et Rabat et la création d’emplois pourraient résoudre efficacement le problème sécuritaire, et lutter contre le marasme économique et social à Fès.

De notre correspondant,
Youness SAAD ALAMI

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