Analyse

Evaluation des politiques publiques : Le pilotage doit se faire par résultats!

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:4921 Le 21/12/2016 | Partager
L’amélioration de l’action publique doit s'effectuer à travers un suivi et un contrôle
Il faut impliquer les acteurs concernés dans le cadre d’un débat démocratique
Les évaluations doivent accompagner le projet avant même son lancement
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Pour Gay Cauquil, professeur de management public et consultant en évaluation des politiques publiques (EPP), la reddition des comptes c’est du constat, alors que l’évaluation permet d’aider au pilotage et à l’amélioration de l’action publique (Ph. NEA)

- L’Economiste: Quelle est la place de l’évaluation des politiques publiques (EPP) en tant qu’outil technique et moyen de renforcement de la démocratie?
- Gay Cauquil:
En tant qu’outil technique, on se trouve dans des logiques de nouveau management public qui vise à piloter par les résultats, ce qui constitue déjà un progrès! Auparavant, on se contentait de suivre les réalisations et les dépenses et puis rendre compte de ce qui a été fait sans se préoccuper des résultats obtenus. Aujourd'hui, dans la technique de management, on met au centre les résultats qu’on s’efforce d'améliorer. C’est une démarche qui ressemble au processus qualité et dont l'objectif est de faire fonctionner au mieux la machine gouvernementale, régionale ou autre.
J’évoque la démocratie lorsque l’évaluation pose d’autres questions qui ne relèvent pas uniquement de celles de la gestion et de la performance. Elles portent plutôt sur l’utilité sociale de l’action publique, son impact sur la société… Nous n'aurons pas les mêmes réponses, car elles vont dépendre de la situation et du statut de chacune des personnes interrogées. On ne peut pas répondre à ces questions uniquement à travers des experts. Nous devons recueillir le point de vue des parties concernées, dans un esprit démocratique, car elles favorisent le dialogue et la confrontation des avis, même s'ils sont contradictoires. L’évaluation portant sur la pertinence, la cohérence et l’utilité sociale qui sont des questions se rapportant à des choix politiques et de sociétés, nécessite de recueillir le point de vue de tout le monde dans le cadre d’un débat public.

- Quelles sont les motivations d’une EPP?
- Elles sont nombreuses. Il y a celles qui sont réglementaires et obligatoires exigées par un  nombre de programmes publics dans divers pays notamment ceux de l’UE. Dans certains cas, le financement de ces programmes est conditionné, entre autres, par l’évaluation. Nous y avons recours pour comprendre des situations problématiques et complexes en vue de rechercher les solutions adéquates. Il y a aussi la volonté politique pour une évaluation systématique. Par exemple, en France, il y a un organisme auprès du Premier ministre qui demande à chaque ministre ses besoins en évaluation. Il y a quelques années, le ministre des Affaires étrangères avait demandé l’évaluation de l’utilité et l’efficacité des consulats et des ambassades de France qui mobilisent des budgets énormes. Ainsi, chaque année, le gouvernement arrête un programme portant sur plus d’une vingtaine de missions d’EPP réclamées par les différents ministères. Ce travail va permettre donc de formuler un avis extérieur. Car lorsqu’on est juge et partie, on ne peut pas évaluer. L’arrivée d’une échéance électorale peut motiver une opération d’évaluation et aussi lorsqu’on veut expérimenter des choses nouvelles.
 
- Donc l’évaluation ne se fait pas uniquement à la fin du projet?

- Non, les évaluations les plus utiles sont celles qui commencent avant même le lancement du projet avec un but de comprendre et éventuellement de le tester. Selon les experts anglo-saxons, le retour d’investissement en termes d’économie ou d’efficacité se traduit par un gain 5 fois plus important que le coût engagé dans l’évaluation.

Comment différencier l'audit de l'évaluation

Le contrôle comme l’audit, on le fait par rapport à une norme qui existe, rappelle le président du RFE. Le contrôle consiste donc à vérifier que l’action a été réalisée conformément à cette norme. Par contre, l’évaluation ne s’inscrit pas dans cette logique de normativité, elle vise plutôt à comprendre comment les choses se passent, pourquoi ça marche et pourquoi non, avec un objectif de les améliorer. Pour chaque opération, on constitue le référentiel d’évaluation, c'est-à-dire en fonction des questions qu’on se pose on va essayer d’apporter les réponses. Une évaluation en 2016 ne se posera forcément pas les mêmes questions qu’en 2014 ou en 2020. Les normes sont presque permanentes, tandis que l’évaluation vise à accompagner la décision pour améliorer l’action publique tout en  recueillant le point de vue des parties concernées de telle manière à croiser les opinions des uns et des autres. 

Propos recueillis par
Noureddine EL AISSI

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