Competences & rh

Langues : Comment en faire un véhicule de savoirs?

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4920 Le 20/12/2016 | Partager
Plus de 80% des termes recueillis dans le dictionnaire sont identiques à l’arabe classique
Mais la darija garde des spécificités en termes de syntaxe et de phonétique
Déjà utilisée comme outil d’apprentissage dans les écoles et facultés!

La darija, une langue à part entière ou un vulgaire petit dialecte? Peut-elle être utilisée comme un véhicule d’apprentissage? Il s’agit là des questions qui reviennent le plus souvent dans la bouche des Marocains. Pour beaucoup, malheureusement, recourir à la darija pour des usages officiels, intellectuels ou même à l’école préscolaire ou primaire est tout bonnement inconcevable. A leurs yeux, mieux vaut la garder dans la sphère non formelle, celle des échanges familiers, des discussions de cafés… D’autant plus que pour se revendiquer d’une classe instruite et cultivée, il est plus «valorisant» de s’exprimer en français ou en arabe classique. Dans cette attitude, il y a bien du mépris, peut-être souvent inconscient, d’une bonne partie des Marocains envers leur langue maternelle. Or, cela revient à dédaigner sa propre identité (voir interview page IV).
«81% des mots recueillis dans le dictionnaire de la darija sont identiques à l’arabe classique. La seule différence, c’est la prononciation», assure Abdallah Chekayri, l’un des experts ayant travaillé sur le dictionnaire. Cela signifierait-il que la darija est finalement une simple variante de l’arabe? «Il est vrai que plus de 80% de la base lexicale vient de l’arabe. Cela dit, il y a tout de même une part spécifique d’environ 20%, tirée de l’amazigh ou empruntée à des langues étrangères. La syntaxe et la phonétique sont également différentes. La darija a, par exemple, éliminé les consonnes inter-dentales. Elle possède ainsi ses propres spécificités, avec un lien évident avec l’arabe classique», explique le linguiste Khalid Mgharfaoui, directeur du Centre de promotion de la darija. «C’est donc une langue à part entière, et elle est même déjà utilisée comme outil d’apprentissage», poursuit-il. En effet, il n’y a qu’à faire un tour dans les amphis des facultés à accès ouvert, notamment celles des sciences. Peu performants en langues et déboussolés par le choc du passage brutal de l’arabe classique au français à l’entrée à l’université, les étudiants ont du mal à suivre les cours. Leurs profs sont ainsi obligés de leur expliquer les matières (mathématiques, physique, chimie,…) en darija. Dans les niveaux inférieurs aussi, la langue maternelle est souvent de mise. L’arabe classique, utilisé pour l’accueil des élèves à l’école est, pour la majorité des enfants, une langue étrangère. Il demeure, par ailleurs, mal enseigné. Cette année, le ministère de l’Education nationale, qui a fini par comprendre que les élèves ne maîtrisent au bout du compte ni l’arabe ni le français, a décidé d’introduire une nouvelle approche d’apprentissage de l’arabe.
Accueil dès l’entrée dans la vie scolaire avec un langage étranger, changement brutal de langue entre le primaire/secondaire et le supérieur… Pour l’heure, des générations entières paient le prix d’une mauvaise politique linguistique.

Plus acceptée dans le paysage médiatique

La darija s’impose de plus en plus dans les médias. «Nous avons scruté les programmes de 2M pendant dix jours. Il s’est avéré que 76% des émissions sont en darija standard», relève Abdallah Chekayri. Certaines radios, pour leur part, diffusent des journaux d’information entièrement en darija. Le dialecte marocain est, pour ainsi dire, mieux accepté qu’avant dans les médias qui ont su le mettre en avant. Mais il reste, malgré tout, dévalorisé par rapport à des langues «supérieures», comme celles du Coran, des affaires ou encore de la science et du savoir.

 

 

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