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Analyse

Tourisme : Temps maussade pour la destination

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:4920 Le 20/12/2016 | Partager
La multiplication d’incidents impacte sérieusement la destination
Les professionnels appellent à une réforme de la gouvernance
Le secteur navigue à vue!

«Bad buzz», amalgames de tout genre, conjoncture régionale, terrorisme, tensions géopolitiques… La destination Maroc fait les frais de plusieurs facteurs combinés. S’y ajoutent des affaire ponctuelles qui ternissent davantage ce tableau. Affaire du poissonnier d’Al Hoceïma, celles des filles en jupes à Inzegane, des jeunes mineures accusées d’homosexualité à Marrakech (cf. édition du 25 novembre 2016), agressions de touristes à Fès et Casablanca, démantèlement de cellules terroristes… Ces incidents isolés, bien qu’anodins à première vue, finissent par engendrer des effets néfastes et durables. Ce déficit d’image est préjudiciable à long terme. Aucun pays ne veut renvoyer aujourd’hui une image misogyne, rétrograde, homophobe… et espérer attirer les foules de touristes. Or, 5 ans après le printemps arabe, le Maroc souffre encore de nombreux amalgames et de la comparaison avec les autres pays de la région (Egypte, Tunisie, Libye…).
Des affaires comme l’incarcération de Saad Lamjarred ou encore le triste drame de Mohcine Fikri attirent beaucoup plus les médias audiovisuels français (voir aussi encadré).
C’est donc sans surprise que la destination a dégringolé dans les classements des principaux pays émetteurs, comme la France (d’où proviennent plus d’un vacancier sur quatre). Alors qu’il était en 2e position dans le top 10 des destinations des Français en 2006-2007 (559.585 touristes), le Royaume se retrouve aujourd’hui en 6e position dans le classement 2015-2016 (sur la base des ventes de voyages à forfait). Les destinations touristiques au forfait autrefois prisées par les Français ne le sont plus. Cette désaffection croissante prouve que le Maroc ne fait plus partie des destinations préférées des vacanciers français. Et si le secteur prône la diversification de ses marchés émetteurs en misant sur plus de 200.000 touristes russes et 100.000 chinois d’ici 2020 (sans compter les Allemands, les Britanniques…), ce n’est pas gagné d’avance.
Avant de se décider sur sa prochaine destination, tout vacancier se renseigne sur le Net, court-circuite les réseaux traditionnels pour réserver directement en ligne. La majeure partie de la clientèle organise individuellement ses voyages. Difficile donc de l’influencer en lui faisant miroiter des promotions ou des packages discount, comme s’était le cas des décennies durant.
Outre ces facteurs qui altèrent l’image de la destination, le tourisme est victime aussi (comme d’autres secteurs) de la situation d’attentisme qui prévaut avant la formation d’un nouveau gouvernement. Aujourd’hui, le secteur, en pilotage automatique depuis des mois, navigue à vue. Le tourisme n’est plus un secteur stratégique à l’instar de l’automobile ou l’aéronautique.
L’Anit (Association nationale des investisseurs touristiques) l’avait d’ailleurs souligné dans une lettre ouverte adressée à Benkirane en octobre dernier. «Le secteur est désormais en régression. La confiance des investisseurs, des bailleurs de fonds et de la plupart des professionnels a  complètement disparu. Cette situation, qui perdure et s’aggrave depuis 2010, a été mal gérée, voire ignorée», avait déclaré Jalil Benabbes Taârji, président de l’Anit. Le patron des investisseurs souligne «l’impérieuse nécessité d’une réforme en profondeur de la gouvernance du tourisme».
En même temps, les opérateurs plaident pour la création d’un écosystème industriel pour la filière hôtellerie/tourisme, qui encourage la production locale des biens et équipements nécessaires aux unités hôtelières. Ils veulent aussi faire du secteur touristique une «école d’insertion pour les jeunes avec la création de formations diplômantes».

«Bad buzz»

• Juin 2016
Sévèrement blessé début juin sur le tournage de la saison 5 de Prison Break à Ouarzazate, l’acteur Dominic Purcell a déploré, dans une interview pour le site Deadline Hollywood, l’état déplorable des hôpitaux marocains.

• 28 octobre 2016
Le décès de Mohcine Fikri, poissonnier originaire d’Al Hoceïma, écrasé par une benne à ordures, a fait le tour du monde. Son affaire, assimilée à celle du vendeur ambulent tunisien qui a déclenché le printemps arabe en 2011, a provoqué un mouvement de protestations, largement relayé par les médias internationaux.

• 4 novembre 2016
Surprises en train de s’embrasser, Sanaa et Hajar, deux mineures de 16 et 17 ans, sont poursuivies à Marrakech pour de présumés actes homosexuels. Elles ont été déférées le 4 novembre dernier devant la justice. Elles risquent 6 mois à 3 ans de prison ferme. Plusieurs associations et ONG s’étaient indignées de leur arrestation et de leur traitement en prison. Human Rights Watch et Aswat, une organisation marocaine de défense des minorités sexuelles, ont appelé les autorités marocaines à abandonner les poursuites engagées à l’encontre des 2 adolescentes.

• Juillet 2015
Les procès de trois affaires largement médiatisées étaient prévus en juillet 2015.  Le premier, qui a eu lieu le 13 juillet à Agadir, a concerné l’affaire des deux jeunes femmes arrêtées à Inezgane pour avoir porté des jupes et poursuivies pour «outrage à la pudeur»! Le lendemain, c’est à Marrakech que s’est ouvert le procès des jeunes arrêtés pour avoir rompu le jeûne. Alors que le réalisateur Nabil Ayouch et l’actrice Loubna Abidar devaient comparaître le 15 juillet au tribunal correctionnel.

 

 

 

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