Politique

L’Europe, malade de protectionnisme

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:4918 Le 16/12/2016 | Partager
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Loin de la politique, Paulo Portas est aujourd’hui vice-président de la Chambre de commerce et président du conseil stratégique de Mota Engil, entreprise portugaise de BTP  (Ph. Mokhtari)

Trois questions à  Paulo Portas, ancien vice-Premier ministre portugais et ancien ministre des Affaires étrangères du Portugal. Portas  n’y va pas par quatre chemins pour asséner des vérités sur l’Europe, l’Atlantique, l’Afrique. Pour lui, le continent noir est plein de promesses alors que l’Europe décline face à un protectionnisme excessif. Entretien

- L’Economiste: Changer les mentalités, c’est aussi remettre en cause des certitudes qui ne le sont plus…
- Paulo Portas: Oui  et cela est vrai pour les quatre bords de l’Atlantique.  D’abord, nous avons l’Afrique, et sous condition de stabilité politique et de sécurité juridique, qui dispose du plus grand potentiel de croissance économique et de contribution pour la croissance globale. L’Amérique latine qui a finalement compris que les pays où se développe un commerce extérieur ouvert réalisent le plus de croissance et créent des emplois.  Et je crois que le Brésil et l’Argentine vont obligatoirement ouvrir leur économie. Malheureusement, l’Europe est malade de protectionnisme. Ce qui se reflète sur sa croissance qui est à peine de 1,5% face à un chômage qui dépasse les 10%. De l’autre côté, les Etats-Unis ont moins de 5% de chômage et le double de la croissance. Le problème est plutôt celui de l’Europe. C’est d’autant plus inquiétant qu’elle  fait face  à une panne démographique très sérieuse.
 
- Cela n’empêche pas l’Europe d’avoir une attitude hostile envers les migrants...
-Oui et c’est là tout le paradoxe alors que l’Europe, qui n’a pas le minimum requis pour le remplacement des générations futures  et le financement des systèmes sociaux, a adopté un processus de décisions contre les millions de réfugiés, à l’exception de l’Allemagne.  Et des 160.000 réfugiés que l’Europe reconnaît, il n’y a que 8.000 qui ont été absorbés par les pays européens dans un continent de 500 millions de personnes. En plus de cette hostilité, l’Europe a une idéologie de droit et personne ne sait comment cela va être financé, une rigidité et maintenant une attitude de protectionnisme du commerce ouvert.  L’accord avec le Canada en est un parfait exemple. Sont et seront  bénéficiaires de la globalisation  l’Afrique et l’Amérique latine. Les Etats-Unis, et tout comme ils l’ont vécu avec Obama, vivront  avec Trump une période d’isolationnisme. Et si l’Europe veut être un acteur de première place, elle doit avoir une politique de codéveloppement avec l’Afrique extrêmement courageuse.   
 
- Quel est le rôle que pourrait jouer justement l’Afrique?
- J’aimerais bien voir l’Afrique jouer le même rôle  que l’Asie des 30 dernières années. Le continent a bien commencé mais a subi les conséquences de la crise financière, celles de la volatilité de la matière première. En plus des erreurs que l’Occident a commises en Libye qui ont ouvert une ligne de financement de l’armement non contrôlé, il y a trop de problèmes d’instabilité politique constitutionnelle et électorale en Afrique. C’est pourquoi, à mon avis, le Maroc est devenu, de par son propre mérite, la puissance  régionale de l’Afrique occidentale.
Le fait que SM  le Roi accumule les légitimités religieuse et politique et réussit à intégrer  une vision politique de l’islam est un challenge. C’est aussi le seul pays qui a essayé de contrôler, avec l’Espagne, le problème des flux migratoires. Un cas unique en comparaison avec  les autres qui lui permet de devenir un élément clef pour la sécurité en Afrique et en Méditerranée.

Propos recueillis par
Badra BERRISSOULE

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