Culture

Festival du film de Marrakech : Quand Fanny Ardant rêvait de Russie

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:4915 Le 09/12/2016 | Partager
L’actrice française rend hommage au cinéma russe
L’occasion de confidences sur son métier d’actrice et de réalisatrice
«Le divan de Staline», son 3e long-métrage, en salle en janvier
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L’actrice française Fanny Ardant, amoureuse de la Russie et de sa culture, a fait le déplacement à Marrakech pour remettre l’hommage au cinéma russe. Sur la scène du Palais des Congrès, elle pose aux côtés du président de la délégation invitée, le réalisateur Karen Chakhnazarov, dont le dernier film est une nouvelle adaptation du roman Anna Karénine de Léon Tolstoï (Ph. FIFM)

C’est en cherchant un rôle à la mesure de Gérard Depardieu que le héros du 3e long-métrage de Fanny Ardant était tout trouvé. Staline. «Ce monstre, qui fait partie de l’histoire collective, discutable et discuté, s’est imposé comme une évidence».
La réalité historique ne l’intéressait pas, il fallait incarner l’archétype de Staline. Même démarche quand Ardant incarne la Callas. «Il ne s’agit pas de faire un documentaire, de ressembler trait pour trait au personnage. Le cinéma recherche une certaine vérité à travers un autre prisme, qui dépasse la réalité». Mais est-ce facile de diriger une figure comme Depardieu? Pour elle, «Gérard est un grand acteur. Si on lui demande de refaire une prise, il sait pourquoi. Il n’attend qu’une chose, être regardé et observé. Ne pas dire oui à tout ce qu’il fait».
Il semblerait que la réalisatrice aime s’entourer de ceux qu’elle aime. Rien d’étonnant donc que la petite-fille de François Truffaut, Luna Picoli-Truffaut, soit elle aussi au casting de ce film «Le divan de Staline». Une sorte de cadeau à cette famille qu’elle connaît bien ayant partagé la vie de Truffaut pendant de longues années. «Son visage, son regard, sa façon d’être… Luna était elle aussi une évidence pour incarner cette agent du MGB (ancien KGB) qui se fait passer pour une femme de chambre. Comme une outsider qui va devenir, peut-être, la prochaine vedette».
On le sait, Fanny Ardant incarne la femme libre et passionnée. Du sentiment, et surtout pas de fadeur, de tiédeur. Alors quand le festival l’invite à cette 16e édition pour remettre l’hommage à la délégation russe dont le cinéma est célébré cette année, elle a dit oui. «Le cinéma russe fait partie de l’admiration que j’ai pour la culture russe en général. Ça a commencé très tôt avec la littérature, la poésie, son histoire, les grands films, les poètes dissidents, tout cela me donnait une émotion que je ne trouvais nulle part ailleurs. Vous savez, savoir pourquoi on aime un pays qui n’est pas le vôtre est toujours irrationnel. J’étais très jeune, il y avait encore le rideau de fer, et quand tout le monde rêvait d’aller en Amérique, je rêvais de Russie. Quand j’y ai plus tard travaillé, quand j’y suis enfin allée, j’étais comme à la maison. Alors fêter le cinéma russe au festival, c’est un peu pour moi comme fêter la Russie».
Une longue carrière, des années qui restent sans prise, une élégance à la fois racée et naturelle, une voix reconnaissable entre toutes, et un regard couleur charbon, tout n’est que séduction chez Fanny Ardant. Et puis, il lui arrive de surprendre. Comme avec ce rôle de Coco Baisos dans la pièce mise en scène par Thierry Klifa, «Croque-Monsieur».
Alors que le public l’attend plutôt dans un drame, elle bouscule son image dans cette comédie de boulevard où elle campe une veuve fantasque à la recherche d’un énième mari fortuné. «Je me suis beaucoup amusé avec ce personnage». Elle qui se dit si habitée, a savouré ce rôle léger comme un verre de champagne. «J’ai aimé Coco car c’est une femme qui ne s’avoue jamais vaincue et qui adore ses enfants. Elle est pour la vie et pour la jouissance de la vie. Loin de l’esprit “caisse d’épargne” dit-elle avec malice».
A notre époque où la morale fait son grand retour, cette actrice majeure du cinéma français s’est dite rassurée d’entendre le public parisien rire de dialogues parfois très cyniques. «Leur âme de rebelle n’est donc pas éteinte».
Actrice de théâtre, de cinéma, réalisatrice, un peu chanteuse aussi en posant sa voix sur la bande originale de «Croque-Monsieur» d’Alex Baupain, Fanny Ardant n’aime définitivement pas choisir. Pour toujours et sans concession, rester libre.

 

 

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