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Khizanat Al Quaraouiyine: Les ouvrages, patrimoine historique, à vau-l’eau

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:4915 Le 09/12/2016 | Partager
Des manuscrits datant de plusieurs siècles en perdition
Aucune action ni prise en charge pour leur préservation
A peine restaurées, les toitures laissent filtrer l’eau, la plomberie rend l’âme… un scandale
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A l’extérieur une plaque commémorative qui «vend» la bibliothèque, Khizanat Al Quaraouiyine, récemment restaurée et les splendeurs qu’elle abrite. Toutefois, et contre toute attente, celle-ci est toujours interdite à la visite. Pourtant, plusieurs opérations de rénovation ont été effectuées, la dernière en 2012. Si l’on en croit les responsables, il s’agit d’une passation de «responsabilité» entre deux ministères qui retarde son ouverture, mais «chuuut»! En coulisses, on dit attendre une inauguration officielle....  
En attendant, il vaudrait mieux peut-être procéder à d’autres travaux pour préserver le patrimoine historique de la bibliothèque parce qu’avec des toitures qui laissent filtrer l’eau, une plomberie défaillante et l’absence de systèmes d’aération, les ouvrages se détériorent sous l’effet de la poussière, l’humidité et de la chaleur… Pour l’heure tout ce que l’on peut voir, c’est une salle de lecture toute poussiéreuse qui montre bien l’étendue des négligences (Ph. YSA)

A la bibliothèque Khizanat Al Quaraouiyine, ils ont refait les bâtiments, la peinture, restauré la bâtisse... mais ils ont oublié l’essentiel: Les ouvrages d’une des plus anciennes bibliothèques du monde et dont les plus anciens datent du VIIIe siècle. Ils ont été tout bonnement écartés du projet de réfection, ce qui a conduit à leur détérioration, un vrai scandale. Un des patrimoines historiques du Maroc, voire de l’humanité toute entière, qui tombe en désuétude, faute de soin. L’humidité a eu un impact négatif aussi bien sur la bâtisse que sur le fonds documentaire prestigieux, qui n’est pas protégé contre les outrages du temps.
En fait, avec 32 rayons d’ouvrages, sur deux étages, la bibliothèque Al Quaraouiyine a connu des beaux et mauvais jours. Cette bibliothèque, carrefour du savoir scientifique, a attiré de nombreux chercheurs du monde entier, mais a été sujette, plusieurs fois, à la négligence. Pourtant, elle est l’une des plus anciennes du patrimoine marocain et dans le monde islamique. Elle s’est enrichie des dons et Waqfs des sultans, princes, princesses et érudits, qui l’ont dotée de livres rares et de manuscrits anciens multidisciplinaires, évalués par le ministère de la culture à 21.250 ouvrages, 6.000 manuscrits et plus de 400 lithographies.
Bercée au milieu du centre historique de la médina de Fès, cette bibliothèque vient tout juste de passer sous le giron du ministère des Affaires Islamiques et des Habous. L’édifice, situé à la place Seffarine, devait ouvrir à nouveau ses portes en juin dernier. Et ce, après quatre années de travaux de restauration. Mais, le site est encore fermé aux visites. «En raison, des formalités de passation entre le ministère de la Culture et celui des Habous qui seraient longues, ou encore une potentielle inauguration officielle», nous confie un haut cadre de la bibliothèque. Pourtant, l’édifice avait été bel et bien inauguré par le Roi en septembre 2004 à l’issue d’une première opération de restauration qui avait coûté 5 millions de DH. Celle-ci avait porté sur la consolidation de la structure porteuse par la reprise en sous œuvre de certaines fondations, le renforcement de poutre en béton armé et la réfection des fissurations.
En 2012, c’est une deuxième opération de rénovation qui est lancée à l’initiative du département de la Culture. Celle-ci a été finalisée il y a quelques mois. Mais, sans pour autant autoriser les visites de la plus ancienne bibliothèque au monde. Pour y

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accéder, «il faut adresser une demande au ministère des Habous et au conservateur de la bibliothèque», nous répond un responsable sur place. Pourtant, les amoureux de la culture ont bien lu des articles de presse vantant la réouverture de ce monument et surtout sa restauration. A ce propos, notre source reste perplexe. «Certaines informations d’ordre historique véhiculées par l’architecte en charge des travaux sont aléatoires», nous dit-il. «Pis encore, ce bâtiment a été rénové en intégrant des commodités (buvette, toilettes, un lustre au milieu de la salle de lecture…), certes, mais quelques semaines après avoir réceptionné les travaux, l’on a constaté plusieurs défauts», affirme-t-il. En tête, des toitures qui laissent filtrer l’eau et une plomberie défaillante. «Et lorsqu’il pleut, il pleut aussi dans les bureaux. Ceci, alors qu’il est supposé que l’étanchéité a été totalement refaite», déplore-t-on. Le responsable de la bibliothèque dénonce aussi les «conditions de préservation des manuscrits qu’il abrite et qui ont plus de 11 siècles et demi». Exposées au froid et à la chaleur d’une salle à l’étage, les œuvres de la Khizanat sont menacées de délabrement et de perte. Ceci, sans parler de la poussière qui recouvre les manuscrits d’une grande valeur scientifique et patrimoniale. «On a équipé la salle de lecture de climatiseurs et de lustres, mais on a oublié l’essentiel: il fallait doter la réserve des livres anciens d’installations qui puissent assurer leur préservation dans les normes, et surtout leur éviter l’humidité et la chaleur», souligne notre source.
Rappelons enfin que c’est en 2012 que le ministre de la Culture marocain avait demandé à l’organisation TED Fellow, qui œuvre dans le domaine de l’éducation et du partage du savoir, et à l’architecte Aziza Chaouni de réhabiliter l’espace. Ainsi, la bibliothèque a bénéficié de travaux d’aménagement du bâtiment, des espaces de lecture et du laboratoire de restauration des manuscrits. La préservation du bâtiment a été possible grâce à une subvention de la banque koweïtienne Arab Bank.

                                                             

Un véritable patrimoine

Prestigieuse dépositaire d’un patrimoine documentaire exceptionnel, la bibliothèque de la Quaraouiyine est l’une des plus anciennes bibliothèques «publiques» du Maroc (l’accès est actuellement interdit). Elle fut édifiée par le sultan mérinide Abou Inane au XIVe siècle. Depuis l’époque mérinide, un responsable, qayyim (conservateur) était affecté à sa gestion. Seule la consultation sur place des ouvrages était permise. Les Saadiens l’ont enrichie au XVIe siècle de manuscrits précieux. Ahmed Al Mansour Addahbi y déposa des centaines de livres de grande valeur, si bien qu’elle fut dotée d’une lourde porte en cuivre fermée par quatre serrures. Par mesure de sécurité, chacun des préposés ne disposait que d’une clé. Des biens de mainmorte lui furent affectés afin qu’elle puisse pérenniser la transmission de la Science.
Des manuscrits exceptionnels y sont «conservés», parmi lesquels figurent les ouvrages de savants comme Averroès, Ibn Khaldoun, Ibn Al Khatib, Ibn Tofaïl, entre autres…

L’apport des Alaouites

L’actuelle bibliothèque Al Quaraouiyine, on la doit au roi Mohammed V qui avait en effet donné ses instructions pour la construction, en 1940, en dehors, cette fois-ci, de la Mosquée Al Quaraouiyine, d’une nouvelle bâtisse qu’il va inaugurer en 1944. Car, la bibliothèque fut oubliée, laissée à l’abandon et quelque peu pillée. Le roi Mohammed V a veillé au transfert des ouvrages offerts par les sultans alaouites, notamment, ceux de Moulay Rashid, Moulay Abdallah Ben Ismaïl (1728-1757), Moulay Slimane, dont les livres copiés entre 1799 et 1809 sont légués en Tahbis». Le roi Hassan II rallume les feux de la rampe sur cette noble institution en avril 1998. Il décide le lancement du projet Al Quaraouiyine avec le concours d’un comité d’experts nationaux et internationaux sous l’égide de l’Unesco. En juillet 1999, le ministère de la Culture lance les travaux de restauration et d’aménagement de la bâtisse dans le cadre de son programme de restauration national. Le 18 septembre 2004, le projet est inauguré par Mohammed VI.

De notre correspondant,
Youness SAAD ALAMI

 

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