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Analyse

Jeunes, génération «Printemps arabe» : Comment assécher le terreau des frustrations

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:4915 Le 09/12/2016 | Partager
Le Pnud plaide pour un nouveau modèle de développement adapté aux jeunes
44% des Marocains considèrent que l’extrême pauvreté est une réalité dans leur environnement
L’exclusion favorise les dérives vers la violence
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La frustration des jeunes est notamment liée au renforcement des inégalités sociales. Plus de 63% des Marocains considèrent qu’elles sont en augmentation les dernières années, notamment à cause des difficultés d’employabilité

Exclusion et inégalité continuent de frustrer les jeunes. Dans les différents pays arabes couverts par le rapport du Pnud, le chômage atteint des niveaux très importants. Ce document «avertit que les économies arabes pourraient ne pas être en mesure de générer les 60 millions de nouveaux emplois nécessaires d’ici 2020, pour absorber le nombre de travailleurs entrants et stabiliser le chômage des jeunes». Actuellement, l’opportunité qu’offre la part grandissante des jeunes dans les pays arabes est plutôt vécue comme une contrainte. Pour le Pnud, «le fait de ne pas traduire le progrès en matière d’éducation en emplois décents pour les jeunes, au rythme de la croissance démographique, réduit non seulement les avantages du dividende démographique, mais peut aussi alimenter les tensions sociales et économiques dans la région». Au Maroc, «près de 44% des citoyens considèrent que l’extrême pauvreté est une réalité dans leur environnement», selon la dernière enquête du HCP sur la perception des mesures du développement durable.
Les principales causes de l’indigence sociale, citées par les populations sondées, sont liées au chômage, à la précarité de l’emploi, aux difficultés d’accès aux programmes sociaux… Cette frustration d’une partie des jeunes, se sentant laissés pour compte, peut favoriser des dérives dangereuses. Certes, une récente étude, citée dans ce rapport, rappelle que «la majorité écrasante des jeunes de la région ne souhaitent pas s’engager dans des groupes ou des activités extrémistes violentes. Ils rejettent la violence et considèrent les groupes extrémistes comme des terroristes». Sauf qu’une minorité reste «ouverte à participer à des groupes violents qui prétendent lutter pour le changement».
Au niveau de la perception, 90% des Marocains interrogés dans le cadre de l’Enquête nationale sur la perception des mesures du développement durable considèrent que la société est paisible. Les conflits et les actes violents sont attribués à un déficit moral.
Aujourd’hui, le Pnud appelle à s’attaquer aux sources du mal. L’idée est de traiter le problème en amont, en asséchant le terreau des frustrations. Cette organisation plaide pour la mise en place d’un nouveau modèle de développement adapté aux jeunes. Surtout que «l’appel à l’autonomisation des jeunes n’est pas qu’une demande de soutien pour cette catégorie, mais également un moyen de reconstruire la société et se diriger vers un avenir meilleur». Le nouveau modèle proposé devra «se concentrer simultanément sur l’élargissement des capacités des jeunes et des possibilités qui leur sont offertes». Cela devra passer par «une réforme des politiques et des services essentiels qui impactent l’éducation des jeunes et leur aptitude à gagner leur vie». Sur ce point, les Marocains ne semblent pas satisfaits de la qualité des prestations relatives à ces domaines.
Pour les services d’enseignement et de santé, «les reproches récurrents ciblent largement l’éloignement et le faible équipement des structures sanitaires et scolaires», selon les données du HCP. A cela s’ajoutent «la faiblesse des équipements sociaux, le faible niveau du personnel et le faible rendement de l’enseignement. C’est dans ce sens qu’ils insistent sur l’importance de renforcer l’employabilité des jeunes. Plus de 57% des personnes sondées par le HCP estiment que «la finalité de la politique économique doit être l’emploi».

Mobiliser des emplois décents

Avec l’enlisement du chômage, les jeunes marocains sont plus attentifs à l’amélioration de leur employabilité. L’enquête réalisée par le HCP autour de la perception des mesures de développement durable livre des conclusions dans ce sens. Pour plus de 38% des personnes interrogées, une politique d’enseignement et de formation doit d’abord servir à «préparer l’emploi». Seuls 13,9% considèrent que l’école doit «enseigner le civisme et les valeurs de citoyenneté». La lutte contre les causes d’insatisfaction et de frustration des jeunes passe également par le renforcement des opportunités en emplois décents. Pour plus de la moitié des personnes sondées, cela signifie un emploi générant un salaire suffisant.

 

 

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