Analyse

Banque mondiale/Climat : Les ingrédients d’un modèle qui marche

Par Safall FALL | Edition N°:4912 Le 06/12/2016 | Partager
Des opérations d’equity pour favoriser les investissements
La Banque va s’inspirer de l’expérience marocaine
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 Pour Hafez Ghanem, vice-président de la Banque mondiale Mena, au Maroc les petits agriculteurs sont les plus vulnérables aux changements climatiques (Ph. AFP)

- L’Economiste: Vous renforcez vos interventions dans la région. Quels sont les enjeux de cette nouvelle politique ?
- Hafez Ghanem:
Cette région est la plus vulnérable au changement climatique, pour trois raisons majeures. D’abord, c’est la région au monde la plus pauvre en ressources hydriques. Avec les changements climatiques, la pluviométrie va continuer à baisser, ce qui annonce moins de ressources hydriques. Cette pénurie risque de s’aggraver dans les décennies à venir.
Le second facteur est relatif aux conditions climatiques extrêmes. Je vous donne un exemple: en 2015, lors de la sécheresse au Maroc, les paysans marocains ont perdu la moitié de leurs récoltes en céréales. Il est important de savoir que la majorité des populations qui sont affectées par ce genre de phénomènes extrêmes sont aussi généralement les plus vulnérables et peu assurées (petits producteurs essentiellement). Le 3e risque important relevé dans la région se situe à la montée du niveau de la mer Méditerranée. Nous avons 25 millions d’habitants dans les villes du pourtour méditerranéen, de Tanger à  Beyrouth. La hausse du niveau de la mer risque d’affecter négativement la vie de toutes ces populations. Ces trois raisons nous ont poussés à penser que nous ne pouvons pas réduire la pauvreté et améliorer l’équité sociale dans cette région, sans faire face au problème du changement  climatique.

- Quid des financements alternatifs?
- Dans cette région, nous sommes surtout en présence de pays à revenus intermédiaires comme le Maroc et d’autres à revenus élevés (pays du Golfe). Nous y comptons aussi des pays à revenus faibles comme le Djibouti. Pour cette dernière catégorie, nous avons accès à des financements concessionnels, voire des dons.
Pour les pays à revenus intermédiaires, nous n’avons pas accès à ce genre de financement. Mais ce que nous essayons de faire, c’est de travailler surtout avec le secteur privé. Ce sont des opérations d’equity et de prises de participation qui ne génèrent pas de dettes. Nous ne demanderons donc pas aux gouvernements de s’endetter pour financer ces projets, mais d’attirer des financements du privé. C’est le cas de  la prise de participation de l’IFC dans le capital du projet Noor I. C’est ce genre d’actions que nous comptons multiplier dans la région.

- Dans ce contexte, quelle place pour le Maroc?
- C’est en tout cas une nouvelle dimension que nous souhaitons donner au travail de la Banque dans la région. Nous constatons aujourd’hui qu’il y a beaucoup de fonds privés qui cherchent des opportunités d’investissement et les besoins sont importants, surtout dans le domaine des infrastructures. Quand on parle d’atténuation, on pense surtout à la gestion des ressources hydriques. C’est le genre de secteurs où on peut attirer les investissements privés.  Le Maroc est un bon exemple. Le Royaume a pu mettre en place un cadre réglementaire qui permet aux opérateurs privés d’investir dans le secteur des énergies renouvelables. C’est ce que nous essayons de dupliquer dans plusieurs pays de la région, dans les pays où l’on intervient directement et dans d’autres, comme ceux du Golfe, où nos opérations portent surtout sur la coopération technique.
Propos recueillis par Safall FALL

 

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