Dossier Spécial

Le temps béni de la mondialisation, c’est fini!

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:4909 Le 01/12/2016 | Partager
Le Brexit et l’isolationnisme de Trump, deux menaces[scald=9240:sdl_editor_representation]
Les défaillances explosent chez les émergents: +24% au Brésil et +20% en Chine
La crise des matières premières laisse des cicatrices
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Wilfried Verstrate, président du directoire du groupe Euler Hermes: «Nous considérons que le Maroc présente un niveau de risque faible. Sa solidité structurelle provient de ses grands équilibres macroéconomiques» (Ph. E.H.)

Les thèmes développés par Donald Trump durant la campagne électorale et le Brexit ne sont pas de bonnes nouvelles pour le commerce mondial, constate le président du directoire du groupe Euler Hermes, Wilfried Verstrate. Ces réflexes protectionnistes tombent au plus mauvais moment. Le commerce mondial se rétracte en valeur et en volume, c’est le calme plat. David Ricardo devrait se retourner dans sa tombe.

- L’Economiste: Le président élu des Etats-Unis, Donald Trump, a promis d'instituer des mesures discriminatoires à l'égard des importations provenant d'un certain nombre de pays dont la Chine. Cette remise en cause du libre-échange menace-t-elle le commerce mondial?
- Wilfried Verstrate:
Je pense qu’il faut attendre pour voir. Une fois un candidat élu, vient le temps des compromis. Toutefois, ce qui est certain c’est que le vote en faveur du Brexit et les thèmes développés par Donald Trump lors de sa campagne vont dans le sens de l’isolationnisme. Le temps béni de la mondialisation est derrière nous, après avoir contribué au pouvoir d’achat des consommateurs en baissant les prix, les problèmes du chômage et de l’interdépendance effraient. On assiste donc à un repli sur soi manifeste. Le problème est que cette cassure intervient à un moment clé pour le commerce mondial: il se contracte en valeur depuis deux ans, et déçoit en volume. Les avantages comparatifs chers à David Ricardo semblent difficiles à réaliser quand beaucoup de pays se lancent dans la course au protectionnisme.

- Votre groupe intervient un peu partout dans le monde. Comment va-t-il anticiper cette perspective? Et que conseilleriez-vous aux entreprises?
- Nous sommes une entreprise globale qui aide ses clients à s’internationaliser. Nous couvrons près 900 milliards d’euros de transactions inter-entreprises et assurons les actifs et la réalisation de nombreux projets d’infrastructures. Nous sommes conscients des difficultés des échanges mondiaux, des pressions sur les besoins en fonds de roulement chez soi comme à l’étranger de nos assurés. Nous investissons massivement dans l’intelligence économique pour pallier les quelque 800 nouvelles mesures protectionnistes mises en place à travers le monde chaque année.
Avant même l’élection de Donald Trump, les Etats-Unis avaient déjà mis en œuvre 126 nouvelles mesures protectionnistes sur les trois dernières années. Nous redoublons d’efforts pour aider les entreprises à connaître leurs clients parfois lointains et à travailler avec eux en toute sécurité. C’est notre métier: nous mettons notre connaissance au service de leur réussite. Ça n’a jamais été facile d’exporter, ça l’est encore moins aujourd’hui. C’est pour cela aussi que nous travaillons avec les entreprises qui font des acquisitions pour que la gestion du poste client de leur cible soit passée au peigne fin.
 

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La reprise de la demande aux Etats-Unis et l’amélioration de la conjoncture au Brésil et en Russie devraient stimuler le commerce mondial. Bien qu’inférieure à la moyenne d’avant la crise, la croissance du commerce mondial en 2017 serait bien plus dynamique que les quatre années précédentes

- Quelles conséquences relevez-vous du ralentissement de la croissance mondiale sur la solvabilité  et la défaillance des entreprises?
- 2017 sera la 7e année consécutive d’une croissance mondiale à moins de 7%. Le gâteau ne croît pas assez et cela se voit sur la concurrence par les prix. Les chiffres d’affaires stagnent et le cash, comme la dette, reste sur les bilans, créant pour certaines entreprises un vrai danger à moyen terme: celui de ne pas investir suffisamment. Les défaillances d’entreprises augmenteront pour la première fois depuis 2009 de 1% en 2016 et probablement de 2% en 2017. Cela s’explique principalement par l’accroissement des défaillances dans les pays émergents, avec en 2016 le Brésil (+24%) et la Chine en tête (+20%), et de manière inattendue, les Etats-Unis (+8% en 2016 et +5% en 2017). La crise des matières premières laisse des cicatrices, et le financement des entreprises dans les pays émergents inquiète. D’ailleurs, il n’y a pas que le financement sous forme de prêt qui est tendu. Pour rappel, dans le monde, une entreprise sur quatre paie ses fournisseurs après 3 mois. Elles sont une sur trois au Maroc.

 - Comment est évalué le risque Maroc au sein du groupe Euler Hermes et quelle analyse feriez-vous du comportement de paiement des entreprises sur ce marché?
- Euler Hermes considère que le Maroc présente un niveau de risque faible. Il est noté B1. La solidité structurelle du Maroc provient de ses grands équilibres macroéconomiques. L’inflation est faible, le déficit extérieur a été réduit à sa plus simple expression par la baisse du prix du pétrole, et le gouvernement a présenté un programme crédible de réduction du déficit public, qui se rapproche maintenant de 3% du PIB. Sa solidité conjoncturelle vient de ses politiques publiques malignes et d’un vrai enjeu de diversification de débouchés et de production. Certes, quelques risques persistent comme la dépendance agricole, l’avenir du dirham ou encore le secteur immobilier. Pourtant, pour les entreprises, l’environnement des affaires s’améliore. Est-ce facile? Non, le délai de paiement moyen est de 69 jours et les faillites augmentent encore de 8% cette année. Mais la disponibilité de l’information financière et l’utilisation d’une boîte à outils riche par les directeurs financiers, y compris l’assurance-crédit, en fait un pays champion sur le continent pour ses pratiques business.

Propos recueillis par
Abashi SHAMAMBA

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