Analyse

Valorisation des déchets : Une mine d’or très peu exploitée au Maroc

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:4909 Le 01/12/2016 | Partager
A peine 26% des produits recyclables proviennent des décharges
Même avec un taux de lixiviat de 65%, la filière compostage n'arrive pas à décoller
5,3 millions de tonnes de déchets ménagers en milieu urbain, 6,2 millions à l'horizon 2020
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Les déchets ménagers et assimilés recèlent au Maroc un gisement conséquent de matières recyclables dont seule une petite partie est récupérée à travers le secteur informel et acheminée vers les filières de recyclage. Seule la ferraille recyclée est plus importante que le gisement national puisqu’on y intègre les importations

Au Maroc, les gisements des déchets ménagers présentent un potentiel économique important, encore très peu exploité. Selon le ministère chargé de l'Environnement, la quantité de déchets produite au Maroc atteint actuellement 5,3 millions de tonnes de déchets ménagers en milieu urbain avec une estimation de 6,2 millions de tonnes en 2020. Aujourd’hui, les textes de loi, les programmes nationaux, les politiques sectorielles vont tous vers la même direction, celle du développement de la filière de «tri-recyclage-valorisation», et surtout sa «formalisation». L’ère de l’enfouissement des déchets est révolue au profit d’une réelle stratégie de développement d’une économie circulaire ou économie verte, tenant compte à la fois du profit généré par le recyclage et des enjeux environnementaux. Mais en attendant, tout le potentiel se résume à quelques filières de recyclage, dont la collecte se fait en amont.
Pour les matières recyclables, représentées par 4 principaux produits: le plastique, le papier et carton, le verre et la ferraille, l’impact économique sur l’activité industrielle n’est plus à prouver. En effet, 26% des produits recyclables proviennent des décharges et les activités de la plasturgie, de la transformation des métaux, du papier et carton et du verre sont assez fortement dépendantes du recyclage. D’ailleurs, la transformation des métaux recourt à l’importation de ferraille pour couvrir la production métallurgique nationale. Les derniers chiffres officiels concernant ces quatre filières, (qui remontent à 2010!), estiment que les récupérateurs ont réalisé un CA annuel de 164,55 millions de DH, les intermédiaires 234,12 millions de DH et enfin les grossistes, eux, ont réalisé un CA de 362,93 millions de DH. Chiffres d’affaires qui, rappelons-le, sont confinés dans le secteur de l’informel, sachant que les gisements ne sont pas totalement exploités (voir tableau). Pour les autres filières faisant partie de l’activité de recyclage (huiles alimentaires et lubrifiantes usagées, pneus, batteries usagées, déchets des équipements électriques et électroniques, déchets de construction et de démolition et enfin les déchets verts, parent pauvre des filières de recyclage), l’exploitation  n'en est qu'à ses débuts, et encore seulement pour quelques filières. En attendant d’avoir une réelle économie de recyclage, les déchets évacués vers les décharges font l’objet d’une valorisation certes, mais qui reste en deçà du potentiel.
Aujourd’hui par exemple, les taux de tri arrivent à peine à 6 % dans le cas du Centre d’élimination et de valorisation (CEV) de Meknès, ceci grâce à l’activité de tri in situ

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Actuellement le segment de collecte et de nettoiement est le poste de coût le plus élevé et s’accapare les trois quarts des dépenses du PNDM, ce qui alourdit les charges sans pour autant générer suffisamment de valeur correspondant aux gisements identifiés

en amont de la chaîne de traitement des déchets de la décharge. La CEV d’Ecomed de Fès, de son côté, arrive à valoriser une partie du biogaz issu des déchets organiques pour la production d’électricité. «La production mensuelle moyenne de la CEV de Fès est de 487.170 KW. L’énergie électrique cumulée injectée dans le réseau de l’éclairage public de la ville de Fès, a atteint 5,8 millions KW en une année d’exploitation, représentant 25 % des besoins de l’éclairage public de Fès», rappelle Sami Labzae, directeur d’exploitation à Ecomed. Un éclairage surtout alimenté par une énergie propre et renouvelable. Les décharges urbaines sont de ce fait une mine d’or où plusieurs filières se développent en parallèle à l’enfouissement. Le groupe cimentier Lafarge-Holcim, qui a développé une expertise importante dans la valorisation de déchets, mise sur la production de combustible alternatif issu de la valorisation des déchets. La valorisation se fait soit via le traitement mécanique classique soit le traitement mécano-biologique (MBT), qui arrive à tirer jusqu’à 50% de combustible alternatif RDF à partir des déchets.
Néanmoins, la principale problématique qui concerne les décharges publiques reste la présence d’humidité qui engendre la production de lixiviats. Ce jus toxique et dangereux représente jusqu’à 70% de la composition des déchets ménagers au Maroc sous forme d’humidité. Dans le volume déchet qui est produit au Maroc, la fraction organique représente entre 50 et 70%. Le chiffre courant c’est 65% d’humidité, ce qui différencie le Maroc de la France par exemple qui est à 35%. Encore un potentiel non exploité. Malgré ces 65%, représentant presque 4 millions de tonnes de matière organique, sans compter tous les déchets agricoles, les déchets des abattoirs, les déchets des élevages, la filière compostage qui est la plus facile et la moins coûteuse pour le Maroc, ne figure pas parmi les filières de valorisation dans le plan national. Cette question est toujours en réflexion au sein du ministère chargé de l’environnement. Reste que ces lixiviats constituent la bête noire des gestionnaires des décharges. Ils sont les premiers responsables des odeurs nauséabondes entourant les zones de décharges, et leur traitement est un poste de coût important. Pour diminuer ces lixiviats il y a le traitement post-décharge à travers l’installation d’un système pour recueillir le liquide et le traiter. «Au Maroc il n’y a pas de procédé technique qui arrive à faire un traitement total des lixiviats. Le CEV de Meknès dispose d’un procédé unique au Maroc pour le traitement», note Brice Megard, directeur général Suez Meknès. Il s’agit d’un pré-traitement par bioréacteur à membranes d’ultrafiltration puis une osmose inverse avec gestion des concentrâts par évaporation et déshydratation des boues issues du traitement biologique par un procédé appelé Evalix. Le résultat est qu’il n’y a pas de rejet liquide autre que le lixiviat traité et la production d’eau utilisable en irrigation. La solution radicale pour venir à bout des lixiviats est indéniablement l’opération de tri, in situ mais aussi et surtout à la source, ce qui permet de séparer les déchets organiques du reste des déchets inertes. Alors que le pays devrait arriver à un taux de 20% du recyclage en 2020, la filière de tri, qui vient en amont de la filière recyclage, en est encore à ses débuts.

A la recherche de projets innovants

Le ministère délégué chargé de l’Environnement a lancé en octobre, avec l’appui du Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et  l’Organisation des Nations unies pour le  développement  industriel  (ONUDI),  un 1er  appel  à  projets  innovants dans le  domaine de valorisation  des  déchets. Cet appel à projets rentre dans le cadre du programme cleantech pour l’innovation et les emplois verts au Maroc. Il est destiné aux auto-entrepreneurs,  start-up, PME et TPE nationales qui ont des projets cleantech innovants également dans les  domaines de l’utilisation rationnelle de l’eau, l’efficacité  énergétique, les énergies renouvelables et les bâtiments verts.

 

 

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