International

Une alliance bien précaire contre Daesh

Par Walid ROUICHI | Edition N°:4905 Le 25/11/2016 | Partager
Les couacs entre Damas et Ankara risquent de recommencer
Un triangle d’incompatibilité stratégique en Syrie et en Irak
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Le président Recep Tayyip Erdogan a toujours pris le parti des rebelles syriens, il n’a eu de cesse de critiquer la barbarie du président Assad (Ph.AFP)

Le président Recep Tayyip Erdogan et son homologue syrien n’allaient pas subitement passer d’une haine viscérale à une franche amitié, une fois le rapprochement opéré entre Moscou et Ankara. Hier,  trois soldats turcs ont trouvé la mort dans des bombardements, dont l’origine serait attribuée aux forces aériennes syriennes, selon l’état-major turc.
La Turquie ose pour la première fois incréminer ouvertement Damas. L’attaque a eu lieu au nord de la Syrie dans la région d’al-Bab, à 30 km de Damas, zone où Syrie et Turquie allaient nécessairement se marcher sur les pieds. En Turquie, les médias rendent hommage aux «martyrs» et l’opposition craint logiquement l’enclenchement d’un «processus extrêmement dangereux».  Le président turc déteste son homologue syrien. Il l’a déjà qualifié ouvertement de «monstre aux mains couvertes de sang», il a passé son temps à attendre que le président syrien tombe depuis le déclenchement de la révolte syrienne en 2011. L’appel du pied de Moscou au cours du mois d’août n’allait certainement pas faire table rase sur le passé. Rien n’a été lâché sur Alep, mais cela n’enchante certainement pas Ankara, qui peut être maintenant plus tenté de briser le silence. A mesure que les Turcs poursuivront avec détermination l’opération du «Bouclier de l’Euphrate», déclenchée jour pour jour depuis deux mois, de nouveaux couacs mettront en évidence l’union artificielle contre Daesh. Un an plus tôt, Turcs et Russes étaient en conflit ouvert pour un motif analogue, preuve que l’enjeu régional est semé d’embûches.
 L’union contre l’épouvantail Daesh semble porter ses fruits, Mossoul est encerclé. Or, cette lutte réunit des acteurs aux intérêts bien divergents: armée chiite irakienne, Américains, Peshmergas kurdes, armée turque… Autour de la bête blessée qu’incarne «l’Etat islamique», les vautours se préparent à en tirer le plus gros morceau (Voir L’Economiste du 19/10/2016). Daesh c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Le président turc souhaite plus que tout neutraliser les Kurdes du PKK (en Turquie) et du PYD (en Syrie). L’armée turque s’aide des rebelles pour assurer ses positions près de ses frontières. Dans le camp russo-syrien, on veut reprendre aux mains des rebelles syriens toute la Syrie utile. On compte bien entraver le jeu des Américains, même si cela doit se faire au prix du massacre de la population. Côté américain, il est de coutume de mettre le petit coup de pouce qui sert au mieux ses intérêts. Les Américains misent sur les Kurdes, une véritable épine dans le pied des Turcs.
De tels évènements prouveront encore une fois que l’union contre Daesh est fragile. Peut-être que Daesh tombera bientôt avec Mossoul. Or, avec un tel jeu des puissances, l’après-Daesh s’annonce probablement pire.

 

 

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