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Evénement

Suez: «Nous dépassons les 600 millions d’euros de business au Maroc»

Par Safall FALL | Edition N°:4901 Le 21/11/2016 | Partager
500 millions d'urbains sur les 25 prochaines années en Afrique
Eau potable, assainissement, gestion des déchets... Les défis de demain
Une expérience de 20 ans de gestion déléguée au Maroc
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Jean-Louis Chaussade: «N’oublions pas que 2 milliards d’individus en Afrique, en 2050, c’est autant de populations qui doivent interagir et évoluer dans un espace socio-économique harmonieux. Il faut organiser les conditions de toutes ces évolutions» (Ph. AFP)

- L’Economiste: Une alliance entre les grandes entreprises et les collectivités locales, pour faire des villes des espaces de construction de richesses… C’est un peu le message que vous avez porté à la COP de l’Action?
- Jean-Louis Chaussade:
L’approche locale est devenue indispensable à la ville durable. Les technologies sont en train de se globaliser, mais l’organisation et la substance des villes doit rester absolument locale, que ce soit par les modes de vie, les ressources... Pour ramener tout cela à mon métier, cela se traduit par le traitement de l’eau et l’énergie que l’on récupère à travers la valorisation des déchets…Tout cela concourt au développement d’une ville harmonieuse et smart. Mais intelligente, dans le sens où les technologies, la digitalisation, sont utilisées au service de la ville pour son développement.

- L’Afrique est en plein boom démographique et urbain, avec des revers, d’énormes déficits infrastructurels et socio-économiques. N’est-ce pas griller les étapes que de parler de smart city?
- Je ne pense pas que le développement des villes africaines puisse être calqué sur le système des villes occidentales. D’abord, les techniques ont évolué dans toutes les régions du monde et le continent africain ne consommera certainement pas autant de ressources fossiles que dans les régions avancées. Le lien entre l’Afrique et l’Europe, c’est l’obligation de mettre à la disposition du continent le savoir-faire qui lui permettra de se développer dans les meilleures conditions, ainsi que de participer aux financements des villes du continent. 500 millions d’urbains africains sur les 20 à 25 prochaines années, c’est un défi gigantesque qu’il faut relever. N’oublions pas que 2 milliards d’individus en Afrique, en 2050, c’est autant de populations qui doivent interagir et évoluer dans un espace socio-économique harmonieux. Il faut organiser les conditions de toutes ces évolutions.

- Vous êtes un grand défenseur d’un prix crédible du carbone. Vous parliez d’une implication inédite du privé dans les enjeux de la COP. Etes-vous optimiste pour une relance de ce marché?
- Le prix du carbone reste l'un des objectifs de la COP22 et du monde. Je sais que des régions comme le continent américain sont beaucoup plus divisées sur cette question. Mais lorsque je vois ce que disent les entreprises, les villes et les ONG, je suis  très confiant sur le fait que l’Europe, la Chine et l’Afrique vont progressivement se mettre dans la logique économique du bas carbone. D’ailleurs, l’électrification de l’Afrique s’opère, aujourd’hui, avec très peu de recours aux combustibles fossiles et une grande tendance pour les énergies vertes dont le continent recèle d’importants potentiels.
- Vous avez récemment décroché une dizaine de contrats pour le traitement d’eau potable dans le continent. La problématique de l’eau reste essentielle…
- Dans un processus de développement, on commence toujours par la maîtrise de l’eau potable, on continue avec l’assainissement. Viennent ensuite les problématiques de gestion de déchets, sous diverses formes. Ce qui me frappe, personnellement, c’est qu’il y a 5 ou 6 ans encore, on ne parlait pas de déchets optimisés, ni de production de méthane à partir de déchets. L’Afrique parle maintenant de toutes ces solutions et nous constatons une multiplication des appels d’offres pour des décharges structurées, par exemple. C’est ce que nous avons développé à Meknès, et comptons réaliser dans d’autres pays de la région Mena comme l’Algérie ou encore le Koweït. Ces technologies sont donc très demandées en ce moment et je suis convaincu qu’à côté de la maîtrise de l’eau, l’assainissement va très vite se développer en Afrique et sera suivi très probablement de technologies de traitement et d’optimisation des déchets à échelle industrielle. D’ailleurs, ces évolutions interviennent toujours avec l’émergence d’une classe moyenne locale. Ce qui est le cas sur la majorité de ces marchés.

- Vous justifiez d’une longue présence sur le marché marocain. Quelles leçons tirez-vous de cette expérience, notamment dans vos rapports avec les autorités délégantes?
- Nous opérons effectivement au Maroc depuis bientôt 20 ans au moins, après avoir repris la gestion de l’eau et de l’assainissement de Casablanca. Nous sommes extrêmement satisfaits de ce contrat et je crois que les autorités locales et nationales nous font crédit de ce que nous avons réalisé. Nous avons développé d’autres activités, en particulier dans la filière des déchets, que ce soit dans la collecte et le traitement. Nous sommes aussi actifs sur la chaîne de production de Renault, à Tanger, en prenant en charge toutes les chutes de tôles. Nous sommes aujourd’hui sur un business qui dépasse les 600 millions d’euros de chiffre d’affaires sur ce marché. Ce qui est considérable. Mais nous comptons évidemment nous développer davantage sur ce marché pour au moins deux raisons fondamentales: la dynamique de croissance du pays et son positionnement stratégique qui en fait une porte formidable pour le continent africain. L’idée est de s’appuyer sur nos expériences et nos collaborateurs locaux, pour en faire des vecteurs du développement dans d’autres régions du continent.

Bio express

Jean-Louis Chaussade est né le 2 décembre 1951. Ingénieur ESTP (1976), il est titulaire d’une maîtrise d’économie (Sorbonne: 1976). Il est également diplômé de l’Institut d’Etudes politiques de Paris (1980) et de l’AMP de Harvard Business School (1988). Il a rejoint Degrémont en 1978 et est ensuite nommé Chief Operating Officer de Degrémont Espagne à Bilbao en 1989. Pendant cette période, il est nommé administrateur d’Aguas de Barcelona. Après, Jean-Louis Chaussade devient directeur général exécutif de Dumez Copisa Espagne en 1992. En 1997, il est nommé Chief Operating Officer de Lyonnaise des Eaux en Amérique du Sud et directeur général délégué de Suez pour l’Amérique du Sud. Il devient président-directeur général de Degrémont en 2000. En 2004, il est directeur général adjoint de Suez et directeur général exécutif. Depuis le 23 juillet 2008, il est DG de Suez. Jean-Louis Chaussade est administrateur de Criteria Caixa S.A.U. depuis le 19 octobre 2011. Il assure la co-présidence du comité France Chine et est également président du Conseil des hommes d’affaires France-Péninsule arabique au sein du Medef.

Propos recueillis par Safall FALL

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