Les Etats pour un agenda effectif avant 2020

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:4901 Le 21/11/2016 | Partager
Après de longues négociations, la Conférence s’est achevée sur une note positive
Les parties continuent leurs engagements pour la lutte contre les aléas climatiques
L’opérationnalisation de l’accord de Paris en 2018, un an plus tôt pour les pays les moins avancés

Franc succès lors de la clôture  vendredi dernier de la COP22 à Marrakech avec un engagement renouvelé en faveur du climat. Car il ne faut pas s’y tromper, la COP de Marrakech devait certes lancer le chantier des actions pour la mise en œuvre de l’accord de Paris, mais surtout négocier le compromis. Malgré les engagements affichés, les Etats divergent dans leur vision sur la mise en application. A cela s’est ajoutée l’élection surprise de Donald Trump qui a perturbé la teneur des négociations. Mais les Etats se sont ressaisis depuis l’élection américaine et le nombre de pays qui ont ratifié l’accord de Paris a considérablement augmenté. Une quinzaine de pays ont rejoint le processus ratifié par 112 pays. Comme dans toute conférence climatique, les négociations ont duré longtemps. La cérémonie de clôture devait avoir lieu jeudi soir, mais le compromis n’a été trouvé que tard vendredi. D’ailleurs, Salaheddine Mezouar, président de la COP22, a dû intervenir vendredi soir pour prévenir les participants que la Conférence ne sera pas prolongée. Pour la forme, les gouvernements ont fixé l’échéance de 2018 pour finir le règlement d’opérationnalisation de l’accord de Paris. Certains groupes de pays, comme les PMA (pays les moins avancés, soit 48 nations), poussaient pour une adoption de ces règles un an plus tôt, en 2017. A noter que l’accord de Paris, qui doit limiter le réchauffement à 2 °C (voire 1,5 °C) ne s’appliquera qu’à partir de 2020 avec la fin des engagements de limitation des émissions de gaz à effet de serre qui procèdent du Protocole de Kyoto. Dans «la proclamation de Marrakech»,  adoptée le 18 novembre à l’unanimité des 196 parties, les Etats ont appelé à avancer le calendrier. «Nous appelons à davantage d’actions climatiques et d’appui, bien avant 2020».  Les 11 jours de conférence climatique sous la présidence marocaine ont permis de lancer de nombreuses initiatives en faveur du climat. Parmi elles, des mesures de soutien de plusieurs milliards et de plusieurs millions de dollars pour les technologies propres, le renforcement des capacités pour rendre compte des plans d’action sur le climat. «Nous avons un agenda global de l’action qui porte sur toutes les problématiques: l’eau, la femme, le transport, l’urbanisme, la santé avec des engagements à moyen et long terme», rappelle Nizar Baraka, président du comité scientifique de la COP22. Pour le financement, clé de voûte de l’application de l’accord de Paris, Marrakech aura permis de tracer une feuille de route qui augmente de 50% les engagements pour la finance publique de sorte à arriver à 67 milliards de dollars par an à partir de 2020 au profit des pays du Sud avec une augmentation de la part d’adaptation qui  a doublé, passant de 12 à 24%, se réjouit Baraka. Ce fut d’ailleurs l’un des sujets les plus chauds de la COP22. Les pays du Sud souhaitaient une égalité dans la répartition des financements: 50% pour l’adaptation et 50% pour l’atténuation. Finalement, l’on a préféré le compromis avec 24% du fonds au profit de l’adaptation, mais ce n’est pas fini, promet la présidence marocaine. Ce taux pourrait sensiblement augmenter. Mais il ne suffit pas de mobiliser de l’argent. Encore faut-il pouvoir le dépenser. Les pays en développement ont besoin de renforcer leurs capacités. C’est ainsi que le partenariat NDC est né à  Marrakech en collaboration avec le Maroc et l’Allemagne dans le but de faciliter les financements, notamment pour les pays du Sud. Par ailleurs, un réseau mondial, dont le Maroc est le secrétaire général,  a été créé avec 12 centres (Amérique latine, Asie, Afrique, Europe…) qui vont travailler ensemble pour apporter cette assistance technique.

Les îles Fidji reprennent le flambeau en 2017

Comme annoncé par L’Economiste, la présidence de la prochaine Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies pour les changements climatiques ira aux îles Fidji. Toutefois, pour des raisons logistiques (le pays ne pourra pas accueillir l’ensemble des participants), la COP23 se tiendra à Bonn en Allemagne et les îles Fidji accueilleront la Pré-COP. A noter que c’est la première fois qu’un pays insulaire obtient la présidence d’une COP.

                                                               

Les actions

■ Energies renouvelables
Un partenariat de Marrakech au profit des énergies renouvelables a été mis en place. Il regroupe trois initiatives: celle portée par le Maroc concernant l’efficacité énergétique, celle relative aux énergies durables portée par la Guinée et l’Alliance solaire proposée par l’Inde. A noter que 47 pays des plus vulnérables se sont engagés dans l’énergie renouvelable.

■ Atténuation
 47 autres projets d’atténuation ont également été approuvés, pour une enveloppe globale de 390 millions de dollars.

■ Adaptation africaine d’agriculture
Le triple A reste inscrit dans l’agenda de Bonn en mai.  «Il nous a manqué un peu de temps pour aboutir à une décision de Marrakech mais nous allons continuer de travailler d’arrache-pied pour que, d’ici là, on ait du concret», annonce Nizar Baraka.

■ Patronat
44 patronats se sont engagés au respect de l’environnement dans leurs actions futures. Par ailleurs, la coalition We Mean Business a annoncé qu’au total, 471 entreprises, ayant une capitalisation boursière de plus de 8.000 milliards de dollars, ont entrepris plus d’un millier d’engagements ambitieux en faveur de l’action climatique.

■ L’eau
L’initiative de l’eau pour l’Afrique, mise en place par le Royaume du Maroc et soutenue par la Banque africaine de développement (BAD), a été lancée à la COP22, dans le but de rendre justice à l’Afrique.
De plus, les trois alliances pour les bassins, les mégalopoles et les entreprises, créées à la COP21 à Paris, se sont engagées fortement dans l’action sur l’eau et le climat.

■ Océans
 Deux initiatives importantes ont marqué la COP de Marrakech. Celle du Maroc, la Ceinture Bleue pour une pêche et une aquaculture durables, celle de la FAO, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, l’African Package for Climate-Resilient Ocean Economies pour  renforcer la résilience au changement climatique des zones côtières.

 

 

 

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