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Des vêtements à partir de déchets maritimes

Par Jennifer CLARK | Edition N°:4891 Le 04/11/2016 | Partager
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Giulio Bonazzi, le PDG d’Aquafil aujourd’hui le plus gros producteur européen de fil pour moquette, employant plus de 2.700 personnes et ayant réalisé l’année dernière un chiffre d’affaires de 449 millions d’euros

Aquafil contribue à faire la différence en matière de production de déchets dans le monde en recyclant le nylon de moquettes, de vêtements et de filets de pêche. Des sociétés comme Adidas, Speedo et Desso emploient aujourd’hui cette fibre pour fabriquer des vêtements de sport, de natation.

es rives du site touristique du Lac de Garde ne sont pas réputées pour la production de nylon. Mais c’est bien là qu’une entreprise italienne, Aquafil, à découvert le moyen de récupérer de la moquette, des vêtements et des filets de pêche usés, pour en faire une fibre nylon recyclée, appelée EcoNyl. Des sociétés comme Adidas, Speedo et Desso emploient aujourd’hui cette fibre pour fabriquer des vêtements de sport, de natation, et de la moquette, réduisant ainsi la quantité de déchets rejetés dans les décharges et les océans.
Le nylon, une fibre synthétique produite à partir de polymères, ne se décompose pas facilement. Cependant, elle est difficile et chère à recycler, ce qui pousse les producteurs à utiliser de la fibre nylon fabriquée à partir de matières premières fossiles. Aquafil a mis au point un procédé innovant appelé EcoNyl Regeneration System, et envoie les déchets de nylon ou des produits en fin de cycle de vie (par exemple la fibre de moquette) à son usine en Slovénie. Les déchets y sont traités, fondus, puis passés par une filière pour produire ce que l’ingénieur Michele Cecchetto appelle des «spaghettis», avant d’en filer une fibre nylon de haute qualité et de haute performance, qui peut être recyclée indéfiniment. L’entreprise dit que le procédé réduit également les émissions de CO2, et que 70 barils de pétrole sont économisés chaque fois que 10.000 tonnes de Caprolactame (le composant de base du Nylon 6) sont produites.
C’est en 1998 à Maui, lors d’une conférence d’une semaine organisée par le géant de la dalle de moquette américain, Interface, le plus gros client d’Aquafil, que Giulio Bonazzi, le PDG d’Aquafil a puisé son inspiration. Ray Anderson, le fondateur d’Interface, avait réuni ses 800 collaborateurs et principaux fournisseurs pour une grande annonce: d’ici à 2020 son entreprise fabriquerait l’ensemble de ses produits à partir de matériaux recyclés. Aquafil est aujourd’hui le plus gros producteur européen de fil pour moquette, employant plus de 2.700 personnes et ayant réalisé l’année dernière un chiffre d’affaires de 449 millions d’euros. Cependant, lors de cette rencontre, Aquafil était encore un des plus petits fournisseurs d’Interface, et Bonazzi se rappelle qu’il était installé au dernier rang, derrière des géants comme Dupont, Allied, BASF et Monsanto.
En 2007, Bonazzi était prêt à lancer une première version d’EcoNyl, produite à partir de déchets industriels. Aquafil a dépensé 25 millions d’euros sur le projet dans les quatre années suivantes, et s’est trouvée prête à lancer sa gamme de produits EcoNyl en 2011. Le projet a été partiellement financé par des fonds de l’Union Européenne et de la province italienne du Trentin, ainsi que par 30 millions d’euros de capitaux privés, affirme Bonnazzi. Aujourd’hui, EcoNyl a 70 licences dans le monde entier et 30% des fils produits par Aquafil proviennent de fibres recyclées.
Aquafil doit maintenant faire face à trois défis, au moment où l’entreprise est proche de réaliser son objectif d’utiliser 100 % de nylon recyclé pour sa production de 130.000 tonnes annuelles de fibre. D’abord, il y a l’absence de technologies de production: Aquafil doit inventer les machines qu’elle utilise. Puis, il y a le coût: un maillot de bain fabriqué à partir d’EcoNyl pour la ligne Outerknown du champion de surf Kelly Slater coûte la bagatelle de 95 dollars. Enfin, la bureaucratie peut former un obstacle, les règlementations européennes et internationales en matière de traitement et de transport de déchets étant très complexes.
Après s’être associée à Speedo USA pour transformer des chutes de tissu en EcoNyl brut, puis en maillots de bain neufs, Aquafil a formé un partenariat avec Levi Strauss & Co pour créer des vêtements pour hommes contenant de l’EcoNyl. Votre prochaine paire de jeans pourrait donc bien être faite de déchets maritimes.

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