Ces startuppers qui veulent changer le monde

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4888 Le 01/11/2016 | Partager

Ils partent sur le terrain pour relever les problèmes auxquels sont confrontées les communautés pour ensuite y trouver des solutions innovantes. Les entrepreneurs sociaux, qui se multiplient, ne font pas partie de ceux qui, grâce à une idée géniale, aspirent à devenir des capitalistes purs et durs. Ils sont porteurs de projets à la fois lucratifs et à fort impact social. Tant pis si l’Etat ne leur reconnaît aucun statut particulier ni aucun traitement de faveur. Ce qui les intéresse, c’est de changer leur environnement. Amine, Suheyl, Othmane et Mohamed en font partie. Accompagnés par des ONG, dont Enactus et le Réseau Entreprendre Maroc, ils ont pu se lancer dans l’aventure. Ils ont, également, pu valider leurs concepts en participant à une multitude de compétitions nationales et internationales. Zoom sur leurs projets.

■ Des sacs pour slow cooking sans énergie

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Othmane Benhlima, CEO de Eco-Heat (Ph. Eco-Heat)

Un mode de cuisson écolo et à moindre coût, destiné à aider les femmes rurales à en finir avec les méthodes rudimentaires. Des méthodes utilisant souvent le bois ou le charbon, et dégageant des fumées toxiques au sein même des foyers. C’est le pari relevé par Othmane Benhlima, étudiant en 3e année génie électrique à l’EHTP avec ses deux associés, dans le cadre du programme d’entrepreneuriat social de l’ONG Enactus. Tout a commencé quand Othmane est parti prospecter, avec ses associés, les besoins des populations à Tagleft (région de Béni Mellal) en 2015. L’équipe planche tout de suite sur une solution et crée sa startup, Eco-Heat. Le principe, inspiré de solutions existantes à l’international, mais adapté au contexte marocain, est simple. Il suffit de mettre sa marmite pendant 20 minutes sur le feu, pour ensuite la mettre dans un sac isotherme pendant 3 heures afin de terminer la cuisson, sans apport supplémentaire d’énergie. Le procédé permet d’économiser jusqu’à 75% sur la consommation de gaz butane. Personnalisables, les sacs, également certifiés par l’ONSSA (Office national de sécurité sanitaire et alimentaire), coûtent 120 DH. Leur durée de vie est de 3 ans.

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Eco-Heat opère, pour le moment, à travers les réseaux sociaux. Elle cible 3 segments: les femmes rurales, les femmes actives, pouvant laisser leur repas cuire pendant la matinée dans le sac isotherme, et les étudiants parcourant de longues distances et souhaitant préserver la température de leurs plats.  
L’entreprise, finaliste de la coupe du monde des startups d’Enactus 2016, emploie 5 femmes auparavant sans sources de revenu. La startup a vendu 140 unités sur 4 mois cette année, au Maroc et au Sénégal. Avec une capacité de 250 sacs par jour, elle ambitionne d’en écouler 5.000 en 2017. Elle envisage aussi de diversifier sa gamme. «Il existe beaucoup de choses qui nous dérangent dans la vie quotidienne des Marocains, et nous présenterons bientôt des solutions», confie Othmane.

                                                                    

■ Une chaîne de santé dans les cabinets médicaux

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Amine Sebti, fondateur de SantéV (Ph. SantéV)

Passionné par son idée, Amine Sebti a troqué sa SSII contre une startup sociale, SantéV, lancée le 8 mars 2014. Pour être entrepreneur, il faut oser, et il l’a fait. Son ambition, sensibiliser et éduquer en matière de santé. Pour cela, rien de mieux que les salles d’attente des cabinets médicaux, là où les patients passent des heures, et où leur attention peut facilement être captée. Il fallait y penser! Pour sa chaîne, Amine propose une série d’une dizaine de vidéos-conseil de 4 minutes autour d’une spécialité médicale, en darija et en français, développées avec des professionnels de la santé. Pour l’instant, trois disciplines sont couvertes: la pédiatrie, la gynécologie et la dermatologie. Entre les vidéos, des spots publicitaires de produits de consommation en vente libre (eau minérale, couches bébés, produits laitiers,…) sont diffusés (des partenariats sont en préparation avec des laboratoires pour des produits pharmaceutiques). Et c’est là la source de revenu de la startup. «Le service ne coûte rien aux médecins, pour être sûr qu’ils y adhèrent», précise le startupper. «Notre objectif est de permettre aux marques d’accompagner leur clientèle cible, et de sortir de la publicité pour être dans le conseil», rajoute-t-il.  
SantéV est actuellement présente dans 100 cabinets à Casablanca. L’entreprise ambitionne d’étendre son réseau dans toutes les villes, y compris dans les hôpitaux publics, et d’élargir son catalogue de spécialités. Pour cela, elle devra lever de nouveaux fonds.
En 2017, elle envisage de s’inviter chez 4.500 médecins privés, sur les 13.000 que compte le Maroc. Sur les 3 prochaines années, elle vise 50% des cabinets.

                                                                    

■ Le traqueur des fuites de gaz

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Mohammed Attaa, CEO de Protect-Me
(Ph. Protect-Me)

Derrière son allure de jeune étudiant, se cache un entrepreneur ambitieux. Mohammed Attaa, élève ingénieur (5e année en génie électrique à l’ENSA de Khouribga), fait partie de ces étudiants que l’ONG Enactus a accompagnés, en vue de les transformer en entrepreneurs sociaux. Avec son associé, également diplômé de l’ENSA, il a fait de la traque des fuites de gaz butane son business, démarré il y a près d’un an. Son objectif, mettre fin aux dizaines de milliers d’accidents qui emportent chaque année de nombreuses vies. Son procédé, un petit appareil, de très faible consommation d’électricité, déclenchant une alarme à la moindre fuite de gaz, fermant la source de la fuite et envoyant un SMS automatique au propriétaire. Sa startup, Protect-Me, a participé à plusieurs compétitions. En septembre 2015, l’entreprise a remporté le premier prix du challenge Samsung Solve for Tomorrow.

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Le détecteur de fuite de gaz est présenté en 4 gammes, avec des prix allant de 300 à 1.000 DH, et une possibilité de service après vente et une garantie d’un an, selon la gamme. Protect-Me en a écoulé 30 cette année. Pour 2017, elle espère en vendre 1.000 sur plusieurs villes. Dès ce mois de novembre, elle lancera son site Internet. Mais ce n’est pas tout. En partenariat avec les clubs Enactus disséminés dans de nombreuses écoles sur tout le Maroc, Protect-Me prévoit d’organiser une campagne nationale de sensibilisation, de Agadir à Oujda, sur le concept de la bouteille de gaz butane et ses dangers.

                                                                    

■ Faire des artisans des auto-entrepreneurs

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Suheyl Benhamou (à droite), CEO de Hirafi, et son associé, Abdollah Imzouarh (Ph. Enactus)

Hirafi sera-t-elle la future success story d’un college dropout? Suheyl Benhamou a tout laissé tomber pour fonder cette startup, avec son associé Abdollah Imzouagh. Etudiant en software engineering et business administration à Al Akhawayn, Suheyl a décidé de tout arrêter il y a de cela deux ans et demi, afin de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Après avoir remporté plusieurs compétitions, Suheyl s’est dirigé vers des accélérateurs d’entreprises (Réseau Entreprendre Maroc et Numa Casablanca). Une fois son concept validé et bétonné, avec son associé, ils reçoivent des financements leur permettant de créer Hirafi. Ils s’entourent ainsi d’une équipe de jeunes développeurs à Casablanca, afin d’attaquer le marché.
 «Nous sommes partis du constat que le processus de sélection et d’identification des artisans du bâtiment est complexe. Il y a un manque de confiance et de visibilité sur leur compétence», relève Suheyl. «Il existe des annuaires qui ont tenté de résoudre cette problématique, mais sans apporter de garantie en termes de proximité, de savoir-faire, de vérification de l’identité,…», poursuit-il.
Les deux jeunes entrepreneurs partent à la rencontre des artisans dans les mawqef (places de marché) pour sonder leurs besoins. «Leur premier souci est de s’assurer un revenu journalier de subsistance entre 50 et 100 DH. Leur vision est exclusivement tournée vers le court terme», précise Suheyl. Il fallait donc commencer par développer une plateforme de mise en relation entre les artisans du bâtiment (électricité, menuiserie, carrelage, plomberie,…) et les clients potentiels. Néanmoins, l’ambition de la startup est beaucoup plus grande. Son objectif est de faire monter les artisans en compétence et de leur assurer des revenus durables, tout en développant un label Hirafi de qualité.
Avant d’intégrer la plateforme, les artisans seront soumis à une sélection, avec des tests et mises en situation, en partenariat avec des formateurs de l’OFPPT et de l’Anapec. Des formations techniques et en soft skills (comportement, négociation, éthique,…) sont ensuite prévues, en collaboration avec des organismes spécialisés, fondations et associations. Le processus est couronné par la souscription au statut d’auto-entrepreneur. Hirafi prévoit, par ailleurs, de négocier des réductions, bons d’achats et prix avec des fournisseurs de matériel pour les meilleurs élèves.
Un groupe pilote de 120 artisans a déjà été sélectionné. Un road-show national (mawqef, centres OFPPT, chambres de commerce,…) est prévu en avril 2017. Ce sera là le lancement officiel de la plateforme (web et mobile). Hirafi espère intégrer 15.000 artisans sur les trois prochaines années et d’exporter son modèle vers d’autres pays africains.
L’accès à la plateforme sera totalement gratuit. La startup réalisera son chiffre d’affaires à travers les publicités des fournisseurs de produits et matériels ciblant les artisans qui y seront intégrées, ainsi qu’à travers des enquêtes terrain qu’elle opérera. Elle proposera, en outre, un service de maintenance aux PME, en partenariat avec les artisans ayant décroché le statut d’auto-entrepreneur.

 

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