Régions

Taghazout: Haro sur l’invasion immobilière

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:4887 Le 31/10/2016 | Partager
Le chantier d’un projet touristique menace de bloquer l’accès à 3 des plus importants sites de surf
Anchor Point, Mystery, Killer et la Source sont des spots de renommée mondiale
La loi 81-12 sur le littoral ne semble pas dissuader les projets immobiliers en front de mer
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Des travaux ont commencé à quelques kilomètres au nord du village de Taghazout, juste après la Madraba, endroit très prisé des surfeurs avec ses spots mondialement connus: Mystery, la Source, Killer Point et le plus connu Anchor Point (Ph. Surfrider Foundation Maroc)

C’est avec stupéfaction que la communauté de surf a constaté le démarrage, encore une fois, d’un projet touristique sur le littoral de Taghazout, et pas sur n’importe quelle partie. En effet, il s’agit d’une parcelle qui réunit, sur seulement un kilomètre, quatre des plus importants spots de surf du Maroc: Anchor Point, Mystery, Killer et la Source. Ces spots de classe mondiale ont une renommée internationale et attirent la communauté de surf des quatre coins du monde. Un flux qui représente l’essence même du développement touristique et économique de Taghazout. Taghazout qui, rappelons-le, est classée 3e meilleure destination pour apprendre le surf au monde! Une pétition sur le site Avaaz a été lancée le soir du mercredi 26 juin qui appelle à la mobilisation pour stopper les bulldozers. La pétition a réuni en seulement 24 heures presque 800 signatures.
Cette pétition sera présentée à la wilaya du Souss-Massa et Drâa une fois qu’elle aura circulé et recueilli suffisamment de signatures, afin d’obtenir une audience auprès de Mme le wali de la région Souss-Massa. Une commission d’enquête devrait être sur le terrain le 31 octobre en présence de nombreux acteurs de la société civile. Parallèlement, la communauté de surf s’organise pour réunir un maximum de personnes sur place le même jour. Des photos seront diffusées pour exprimer le mécontentement et l’inquiétude de la société civile. «La loi sur le littoral devrait protéger ces spots et leurs accès, mais les travaux ont bel et bien commencé et rien ne semble pouvoir les arrêter», lit-on dans la pétition. Cette loi, sortie en juin dernier, stipule clairement qu’il est interdit de construire à moins de 100 mètres du littoral. Ce qui ne semble pas du tout dissuader les promoteurs immobiliers. Ce n’est pas la première fois qu’un projet suscite l’émoi de la communauté de surf dans cette zone. Le chantier de la station de dessalement d’eau de mer à Cap Ghir, démarré en 2015, ainsi que le projet de construction d’une centrale thermique à charbon sur le même site en 2007, avaient indigné la société civile (voir L’Economiste N° 4481). Pour la société civile et les entreprises opérant dans le secteur du surf, le problème n’est pas dans le projet lui-même, mais dans son emplacement qui menace directement la destination la plus prisée des surfeurs. «Nous cherchons à rallier le plus de monde à cette cause, car il s’agit d’une parcelle stratégique du littoral de Taghazout. D’autant plus que le chantier coïncide avec le démarrage de la haute saison de surf», fustige Hicham Limati, président de la Confédération des entreprises marocaines du surf touristique (CEMST). Surfrider Foundation Maroc, très active dans le domaine de la protection du littoral, est également de la partie.
L’ONG soutient cette mobilisation, puisque son objectif en tant qu’association marocaine de protection de l’environnement du littoral est la mise en valeur et la gestion durable du littoral, des vagues et de ses usagers. «La communauté de surf s’inquiète des répercussions de ce projet sur l’accès aux spots, mais aussi sur les conséquence liées à la pollution et l’artificialisation de la côte», affirme Elsa Goerlinger, de la fondation Surfrider Maroc. La protection des spots de surf et leur reconnaissance en tant que «patrimoine naturel national» font partie des missions de l’ONG. A ce titre, elle avait mené l’année dernière une forte campagne de mobilisation au Cap Ghir, lors de l’enquête publique lancée bien après le démarrage de la construction de la station de désalinisation d’eau de mer sur le spot de «Boilers.  D’ailleurs, bien que les travaux aient été stoppés depuis plusieurs mois, aucune information officielle n’a été communiquée à la société civile à ce sujet.

Le surf, épine dorsale de l’économie locale

Lorsqu’un «spot» de surf, comme celui de Anchor Point, est découvert par la communauté internationale, la croissance économique dans la région environnante augmente d’environ 3%. Anchor Point, situé à Taghazout, est l’une des zones étudiées par Thomas McGregor et Samuel Wills, deux chercheurs du département économie de l’Université d’Oxford en Grande-Bretagne (voir L’Economiste N° 4844). Les porteurs de la pétition craignent que le chantier lancé au niveau des spots précités, dont celui d’Anchor Point, fasse fuir les surfeurs et engendrer ainsi des pertes colossales d’une cinquantaine d’entreprises vivant exclusivement de cette activité.

De notre corespondante,
Sabrina BELHOUARI

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