Régions

Al Hoceïma: La tragédie qui a mis le feu aux poudres

Par Ali KHARROUBI | Edition N°:4887 Le 31/10/2016 | Partager
Le décès d’un poissonnier enflamme la ville et ses environs
Intraitables, les autorités ont procédé à la destruction de sa marchandise
Accident ou suicide, les autorités enquêtent
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Le port de pêche d’Al Hoceïma est l’une des principales attractions de la ville. Il est surtout un pôle économique pour toute la population (Ph. L’Economiste)

La mort tragique du jeune Mouhcine Fikri (poissonnier de gros à Al Hoceïma), qui est monté sur la benne-tasseuse d’un camion à ordures pour protester contre la confiscation de sa marchandise, a déclenché de vives réactions dans plusieurs villes du Rif et de l’Oriental. Des marches et sit-in de protestations ont été observés à Al-Hoceïma, Oujda, Imzouren, Bouikidane, Bni Bouayech…
Tout a commencé lorsque les services de contrôle du port d’Al Hoceïma ont procédé à la saisie de 600 kilogrammes d’espadons pêchés illégalement. Le marchand fautif a protesté contre la destruction de sa marchandise et est monté, avec trois autres pêcheurs, sur le camion pour bloquer le mécanisme de broiement. Au moment du démarrage du compactage, il n’a pu descendre. Son pied droit, aspiré par le mécanisme, a causé sa mort tragique sur le champ.
Plusieurs versions sont avancées pour expliquer ce drame. Selon un communiqué des autorités locales, le camion chargé de la collecte des ordures a procédé à la destruction du poisson saisi lorsque le jeune Mouhcine est monté sur le camion, pour exprimer son refus et stopper l’opération de broiement. Décision fatale car le mécanisme de compression était déjà déclenché.
De son côté, une source policière locale précise que l’enquête préliminaire s’acheminerait vers un acte suicidaire.Toutefois, des témoins oculaires avancent que l’engin a été actionné alors que le poissonnier était réellement menacé. Acte qui remet sur le devant de la scène les relations tendues entre les responsables du port chargés de l’application de l’article 27 de la loi 14.08 et les pêcheurs, précise Farid Boujettaoui, président de l’Association des commerçants de poissons à Al Hoceïma. «Ce type de saisie n’est pas un cas isolé et faisait l’objet d’une contravention. Cette fois-ci le responsable chargé du contrôle a refusé toute entente et a ordonné la destruction de la marchandise saisie», souligne-t-il.
Plusieurs acteurs associatifs estiment de leur côté que la destruction n’aurait pas dû avoir lieu car le poisson était propre à la consommation. Il est de coutume dans ce cas de distribuer le produit de cette pêche aux maisons de bienfaisance.
Et pour des raisons de sécurité évidentes, cette opération n’aurait pas dû avoir lieu sur la voie publique.
Sur le plan des réactions officielles, le ministère de l’Intérieur a dépêché une délégation de hauts responsables pour établir les circonstances exactes de l’acte afin de distinguer s’il était délibéré ou accidentel.
Le délégué régional du département de la Pêche a été suspendu de ses fonctions, a annoncé le gouverneur de la province. De son côté, la  Brigade nationale de la police judiciaire a ouvert une enquête sous la houlette du procureur général du Roi près la Cour d’appel d’Al Hoceïma.

                                                                            

Le PJD demande à ses militants de se tenir à l’écart

Dans plusieurs marchés hebdomadaires d’Al Hoceïma, Driouch et Nador, la mort tragique de ce pêcheur a déclenché des manifestations et des sit-in improvisés samedi et dimanche. Certains ont failli dégénérer, à Bni Bouayech et Midar, si ce n’était l’intervention des autorités locales qui ont réussi à convaincre les protestataires sur l’impartialité de l’enquête confiée à la Brigade nationale de la police judiciaire.  
Sur le campus de l’Université Mohammed Ier d’Oujda, c’est l’effervescence. Des étudiants ont tenu un sit-in la nuit de samedi à dimanche devant le siège de la wilaya. Ils ont demandé que justice soit faite et que les responsables du drame soient sanctionnés. Malgré une forte présence policière, la manifestation s’est déroulée sans incident. Les marches collectives programmées vers le chef-lieu de la province d’Al Hoceïma auraient été bloquées par les services de sécurité, selon des acteurs associatifs.
Au niveau politique, le PJD, par la voie de son secrétaire général, Abdelilah Benkirane, a donné dimanche très tôt matin la consigne à ses militants de ne pas se joindre aux manifestations. La veille, les deux parlementaires du parti islamiste, Najib Ouazzani et Nabil Andaloussi ont demandé la constitution d’une commission indépendante pour piloter l’enquête tout en traitant le fond du problème: le chômage des jeunes dans la région. Les services de sécurité sont en alerte en vue de toute dégénération avec la reprise des cours des lycéens ce lundi.

De notre correspondant,
Ali KHARROUBI

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