Entreprises

Fret maritime
La faillite de Hanjin secoue les opérateurs marocains

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:4865 Le 28/09/2016 | Partager
Plus de 500 containers en déshérence depuis septembre
La facture et les délais de livraison lourdement impactés
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Aux côtés de Maersk, MSC, CMA CGM, Hanjin est l’un des principaux majors du transport maritime opérant au Maroc (Ph. AFP)

Les déboires de l’armateur sud-coréen Hanjin débarquent dans les ports du Maroc. De nombreux opérateurs nationaux ont vu leurs containers impactés par la situation du groupe coréen. «Depuis que la compagnie maritime s’est placée en situation de redressement judiciaire, nous avons constitué une cellule de crise car le problème concerne l’ensemble des commissionnaires. 500 containers ont été identifiés aussi bien à l’import qu’à l’export. Et nous essayons de trouver une solution pour chaque cas parce que les situations sont différentes», explique Rachid Tahri, président de l’Association des freight forwarders (AFFM).
Il faut distinguer trois situations. Il y a d’abord des containers qui sont toujours bloqués au port d’Algésiras, où Hanjin dispose d’un terminal dédié. C’est le port le plus proche du Maroc, mais le nombre de containers qui s’y trouvent est partie négligeable par rapport au reste. A signaler que l’on ne dispose pas encore de chiffres définitifs car l’opération de localisation se poursuit encore. La solution qui se présente dans le cas des containers bloqués au port espagnol consiste à transvaser les containers soit dans de nouveaux contenants, soit dans des camions et d’acheminer le tout vers le Maroc. Sauf que l’opération a un coût. Les opérateurs économiques, que ce soit à l’import ou à l’export, devront mettre la main à la poche pour s’acquitter des frais de magasinage, de manutention, sans oublier le paiement d’une caution de 25.000 à 30.000 DH censée garantir le rapatriement des containers une fois vidés. Alors qu’en temps normal, cette caution n’était pas obligatoire.
Le deuxième cas est celui des containers bloqués en Chine, où le transvasement est interdit. Par conséquent, il faudra trouver un autre navire pour poursuivre le transport des containers vers le Maroc. Ce qui va allonger les délais de traitement et de livraison et gonfler la facture. D’autres containers sont immobilisés dans d’autres ports, à Shanghai ou à Singapour. La tâche des opérateurs nationaux est compliquée par de nombreux facteurs. «Certains navires ont fait l’objet d’une saisie. Il faut négocier pour débloquer la situation des containers. La diversité des réglementations et leur enchevêtrement rendent la mission difficile, d’autant qu’il faut discuter avec différentes autorités», signale Abdelaziz Mantrach, président de l’Association professionnelle des agents maritimes (Apram). La faillite de Hanjin débouche sur des situations parfois inhabituelles, telles que le port d’Algésiras qui réclame le paiement par avance des charges.
Les démêlés du 7e armateur mondial se traduiront pour les entreprises marocaines par un allongement des délais de livraison et un surcoût qui devrait être répercuté sur le consommateur final. «Les  importateurs ayant payé leurs marchandises via des lettres de crédit sont les plus durement touchés», précise le président de l’AFFM. Il faut également signaler le cas des marchandises périssables dont la période de péremption sera évidemment raccourcie, sans oublier les articles dont le commerce est lié à une période fixe, tels que les cadeaux de fin d’année.
Le ministère du Transport devrait bientôt être saisi par les associations professionnelles pour intervenir. L’objectif étant de faciliter les démarches.
Hanjin est représenté au Maroc par l’agent maritime NAL, qui est actuellement en train de s’activer pour tracer les containers et trouver une solution avec le moins de frais possible. Pour les containers bloqués à Algésiras, le challenge sera d’éviter le transvasement, beaucoup plus cher que l’acheminement par bateau. Mais dans tous les cas, des frais supplémentaires devront être déboursés.

La plus grosse faillite dans le transport maritime

Le dépôt de bilan par Hanjin est d’abord une résultante de la crise économique internationale qui se traduit par un fort ralentissement des échanges commerciaux. Mais cela n’explique pas tout. Depuis quelques années, il y a une forte capacité dans le secteur du transport maritime. D’où une guerre sans merci sur les tarifs pour le plus grand bonheur des clients, mais cela se répercute inexorablement sur la rentabilité des compagnies maritimes dont certaines se trouvent en difficulté financière. Le problème de la surcapacité ne sera pas réglé de sitôt. Les carnets de commandes des chantiers navals sont bien garnis. De nouveaux navires sont en construction et ne devraient pas tarder à être livrés. Mais cette fois-ci, nous allons assister à l’apparition de véritables monstres des mers. Une conséquence de la course au gigantisme pour optimiser les coûts.

 

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