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Chronique

Pétrole: La difficile reconversion des pays mono producteurs

Par Mohammed GERMOUNI | Edition N°:4864 Le 27/09/2016 | Partager

Mohammed Germouni a été successivement directeur dans une banque  nationale de développement, un ancien haut fonctionnaire  et professeur d’université. Son dernier ouvrage actuellement en librairie est intitulé «Le protectorat français au Maroc, un nouveau regard», publié chez L’Harmattan, Paris (Ph. MG)    

Importantes sources d’énergie, objets de conflits et de tension internationaux, le pétrole d’abord, le gaz ensuite ont favorisé collectivement au cours du siècle dernier la croissance économique de plusieurs régions du monde et amélioré le niveau de vie des populations en général, mais paradoxalement peu celui des anciens pays dits sous développés pétroliers, au terme de quelques décennies d’exploitation accélérée.
Les sérieuses difficultés actuellement éprouvées par la plupart des pays mono exportateurs de pétrole et de gaz naturel, n’ayant pu mener à bien une conversion plus que nécessaire et longtemps tentée, semblent confirmer le pessimiste  pronostic avancé au siècle dernier. Bénéficiaires de rentes souvent colossales en contrepartie de leur approvisionnement du marché mondial en énergie tels le Venezuela, le Nigeria, l’Algérie ainsi que l’Arabie saoudite, voire la Russie par exemple, se trouvent rattrapés en l’espace de moins de deux générations par une gestion pour le moins inaboutie de l’après-pétrole combinée à une pression démographique mal anticipée.
Le rôle historique du pétrole américain avait pris fin en 1971, et son indépendance énergétique, avec la fin des surplus face à une demande croissante. Pendant la première vague de croissance de l’industrie pétrolière, le pouvoir de fixation des prix était entre les mains des Américains, de John D. Rockefeller contrôlant les neuf dixièmes de la capacité de raffinage aux USA. Même  après que la Cour suprême eut mis fin à son monopole en 1911, le pouvoir de fixation demeura aux USA, d’abord entre les mains des compagnies pétrolières américaines, puis de la Texas Railroad Commission.
En fait jusqu’en 1952, à la nationalisation ratée du pétrole iranien par Mossadak, la production de brut aux USA, dont 44% provenaient du Texas, représentait la moitié du total mondial. Les surplus américains, en accord avec les autres compagnies internationales, furent distribués sur le marché pour limiter les répercussions de la nationalisation, comme lors des crises de Suez en 1956, ou lors de la guerre des Six Jours en 1967.
 Si le lieu de fixation se déplaça depuis vers un marché de plus en plus mondialisé, permettant à plusieurs pays producteurs, à la même période, et surtout au Moyen-Orient de nationaliser leurs compagnies pétrolières, mais sans que cela ait accéléré pour autant leur croissance économique ni favorisé leur reconversion.
  La consommation  de pétrole s’est révélée dans le temps bien plus sensible aux prix que quiconque l’avait imaginé. A long terme, l’élasticité, c’est-à-dire la sensibilité aux changements de prix, s’est révélée bien plus grande dans les  dernières décennies qu’elle n’apparaissait au milieu du siècle dernier.

Un grave conflit armé chaque décennie

Les scénarios de tendance centrale du département de l’Energie américain situent le pic de production du pétrole dans le monde au milieu du siècle actuel. Mais si l’histoire peut être invoquée, le pétrole sera remplacé par des alternatives moins

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L’attention du monde développé pour les affaires politiques du Moyen-Orient a toujours été liée de façon critique à la sécurité du pétrole (Ph. AFP)

coûteuses, car le pétrole a remplacé le charbon alors qu’il existait encore de vastes réserves de celui-ci, et le charbon a remplacé le bois bien avant que les forêts soient dégarnies. Les difficultés des principaux pays producteurs et membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) en mal de conversion, ne font ainsi que commencer avec ce compte à rebours, au vu des situations concrètes du Venezuela, du Nigeria et des récentes décisions de l’Arabie saoudite, sans parler de l’Algérie, de l’Irak ou de la Libye.
Ces pays confrontés aux nouvelles évolutions de réduction de la consommation du pétrole sont de moins en moins en mesure d’agir sur les prix, tout en étant dépendants de leur mono production-exportation. Pendant la plus grande partie de l’histoire du pétrole, seuls ceux qui pouvaient emmagasiner de larges réserves avaient la capacité d’en faire commerce.
De telles réserves étaient surtout constituées par mesure de précaution, en cas de ruptures imprévues de la production n’importe où dans le monde. Mais une importante évolution financière a facilité l’accès à un bien plus grand nombre d’acteurs  sur les marchés pétroliers, et donc sur la fixation des prix. Surtout depuis qu’il apparut en 2004 que l’industrie pétrolière mondiale n’investissait pas assez dans la production de brut pour répondre à la demande croissante, les fonds spéculatifs et d’autres investisseurs institutionnels, qui cherchaient des placements à long terme dans le pétrole, commencèrent à enchérir sur les prix.
  Ces investisseurs acquirent donc des positions longues  solides sur les  achats de brut à terme, en grande partie sur le marché de gré à gré. Les investisseurs et les spéculateurs présents sur le marché du pétrole, qui représente 2.000 milliards de dollars par an, n’ont pas accru l’offre de pétrole, ont accéléré les ajustements de prix nécessaires et cela a calmé à long terme les pressions sur les prix. En somme, si la spéculation n’avait pas suscité la constitution de stocks, le monde aurait subi un choc pétrolier beaucoup plus rapide et plus brutal  que celui qu’on a connu avec un prix dépassant les 100 dollars le baril, avant la dernière chute qui lui succéda.
L’attention du monde développé pour les affaires politiques du Moyen-Orient a toujours été liée de façon critique à la sécurité du pétrole. Depuis la réaction à la nationalisation de la compagnie anglo-iranienne, puis sa privatisation, en passant par l’opposition armée anglo-française à la nationalisation par Gamal Abd Nasser  du canal de Suez en 1956, artère vitale de l’approvisionnement de l’Europe en pétrole, à la guerre dite des Six Jours en 1967 entre Israël et les pays arabes, celle d’octobre 1973, la guerre dite du Golfe en 1990, enfin celle d’Irak en 2003.
Cela donne une moyenne d’un conflit armé grave  chaque décennie dans cette région névralgique du monde.

Pièges de la rente minière

Le Maroc aussi a connu sa fièvre de recherche minière, et même de pétrole en particulier avant comme après l’indépendance, tant certains leaders nationalistes de l’époque avaient appelé  à une  répartition égalitaire entre Marocains des revenus des phosphates pour commencer. Les efforts d’une  recherche tous azimuts depuis le siècle dernier demeurèrent vains épargnant peut-être au pays un statut de simple rentier passif, à l’image de certaines principautés du Golfe. À titre de comparaison, le secteur de l’énergie en Algérie fournit l’essentiel des recettes externes et alimente les trois cinquièmes des besoins budgétaires de l’Etat.

 

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