Chronique

Gauche et droite française dans la surenchère sécuritaire

Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4855 Le 14/09/2016 | Partager

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

C'est une vraie course à la fermeté qui se déroule entre une gauche qui veut se maintenir au gouvernement et une droite qui aspire à y revenir.  La ville de Calais et ses célèbres camps de réfugiés ont été récemment le théâtre de cette démonstration de force. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, vient d'y effectuer son énième déplacement depuis qu'il a pris les commandes de la place Beauvau en avril 2014. Il a délivré une prestation qui en dit long sur la détermination du gouvernement à régler ce qui est devenu un vrai problème de sécurité et une cristallisation de toutes les angoisses. Ce qu'on appelle communément la Jungle de Calais va être démantelée par les forces de l'ordre dans sa totalité et sur une seule période. C'est en tout cas l'intention affirmée par le ministre de l'Intérieur alors que le choix du gouvernement était de procéder par étape le temps de trouver des solutions alternatives à des options radicales.
La brusque fermeté montrée par Cazeneuve n'est pas étrangère à l'atmosphère électorale que vit la France à la veille des primaires à droite comme à gauche. Alors que François Hollande s'apprête à dévoiler ses intentions pour 2017, les différents protagonistes politiques révèlent leurs intentions et leurs approches pour apporter des solutions aux crises migratoires et aux hantises sécuritaires. La droite classique menée par Nicolas Sarkozy a été lourdement influencée par les prises de positions de l'extrême droite comme le montre le contenu du livre de Sarkozy «Tout pour la France» considéré par beaucoup comme le livre programme pour la droite pour sa reconquête du pouvoir. Influence suffisamment  palpable au point que le chef de la droite se dit prêt, à titre d'exemple, à envisager un changement de la Constitution pour interdire le burkini ou alors d'envisager la rétention de tous les fichiers S, ces personnes soupçonnées de constituer une menace pour la sécurité du pays, avec le risque de créer des Guantanamo à la française. Dans cette bagarre politique qui met en scène une grande confrontation symbolique, la gauche ne veut pas être à la traîne. Longtemps accusée d'amateurisme et d'angélisme coupable, elle sait que la future bataille présidentielle se jouera sur la sécurité et l'identité. Le contexte social et sécuritaire,

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Carte et schéma du mur en construction près du port de Calais, financé par le Royaume-Uni et destiné à empêcher l’intrusion de migrants vers les ferries traversant la Manche. Ce qu’on appelle communément la Jungle de Calais va être démantelée par les forces de l’ordre dans sa totalité et sur une seule période

national et international, marqué par l'explosion du phénomène migratoire et de la menace terroriste, impose un agenda, des priorités et une certaine tonalité politique anxiogène. Elle ne veut pas laisser le monopole de la fermeté et de la détermination à l'univers de la droite. La gauche veut se montrer elle aussi intraitable sur des thématiques qui constituent les sources d'angoisse des Français. L'objectif étant de ne pas laisser ses bastions électoraux dériver vers les territoires de la droite et l'extrême droite.
Mais les solutions qu'elle propose et qui ont l'aval du Premier ministre Manuel Valls ont de fortes chances de provoquer des grincements de dents au sein de l'autre gauche qui voit dans la course sur les traces de l'extrême droite un reniement total des valeurs de la République qui n'apportera aucune victoire. Bien au contraire, cette imitation qui vaut validation pour les thèses de l'extrême droite, est la meilleure manière de baliser le terrain pour le retour de la droite. Les Français pourront toujours arguer  de l'adage selon lequel l'original est toujours mieux que la copie.
La gauche au gouvernement  est prise en tenaille entre une pression politique à droite pour étoffer son arsenal répressif et une interpellation permanente à gauche de ne pas céder sur les fondamentaux républicains. La faillite sondagière de François Hollande montre, entre autres défaut, l'incapacité du président de la République à incarner l'esprit de synthèse dont il avait le légendaire secret pendant ses longues années de premier secrétaire du parti socialiste. Aujourd'hui, le contexte mouvant lui impose des attitudes clivantes qui multiplient les adversités et renforcent les concurrences.  Au sein de ce qui est présenté comme la famille de gauche, Hollande est défié sur sa droite par un jeune ambitieux aux dents longues, Emmanuel Macron et sur sa gauche par Arnaud Montebourg, l'amer ex-ministre du redressement productif. Entre ces deux icônes, Hollande peinera sans aucun doute à exister et à être audible.

Breaking news

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Même si les médias français ont traité le renvoi en correctionnelle de Nicolas Sarkozy comme un Breaking news, l’évolution du dossier judiciaire du candidat favori à la primaire des républicains était presque prévisible. L’entourage de Nicolas Sarkozy a beau crier à la manipulation politique qui fait coïncider dans l’opinion avec l’explosion de deux affaires de corruption politique, celle de Jérôme Cahusac, le socialiste poursuivi pour fraude fiscale, et Sarkozy soupçonné d’avoir couvert le système des factures ayant entraîné le dépassement des frais de la campagne électorale de 2012. Le réquisitoire contre Nicolas Sarkozy plaide pour une impossibilité pour ce chef de la droite de ne pas être au courant de tels dépassements et donc d’être responsables de ces déclarations erronées et autres factures artificiellement gonflées. Cette situation n’a pas empêché les amis de Sarkozy de pointer un doigt accusateur vers l’Elysée et François Hollande et le soupçonner d’entretenir un cabinet noir dont l’objectif est d’instrumentaliser la machine judiciaire pour assouvir des agendas politiques. Affaiblir Sarkozy sans l’éliminer définitivement, puisque le temps judiciaire est plus long que le temps politique, serait une des ambitions de cette force occulte que le adversaires de Sarkozy, qu’ils soient au sein de la droite ou de la gauche, cherchent à réaliser pour lui barrer définitivement le chemin du retour au pouvoir.

 

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